2/5: Les orthodoxes contestent le détournement !

                 

(les articles qui suivent sont largement inspirés de mon dernier livre : « Libérez-vous ! de l’économie contre le travail » Éditions Le Manuscrit Paris 2011)

 

Deuxième partie


 

Du travail au capital : 2/5

Les orthodoxes contestent le détournement !

En fait ils n’en parlent pas. Ils contestent une baisse de la part des salaires proche de 10%. J’ai eu l’occasion (et la chance) de rencontrer un ancien élève de Maurice Allais, ancien conseiller du CNPF à l’époque et auteur de livres économiques. Il m’explique les conditions de la croissance. Il me présente la courbe de l’évolution de la masse salariale et celle de l’excédent brut d’exploitation qui lui est opposée.

 

                        On y constate que la part de la masse salariale est en moyenne de 70% entre les années 1950 et 1973, elle monte à plus de 75% en 1982 pour descendre à 65% en 1988 et atteindre un plus bas en 1998 à moins de 64%.  Lorsque les économistes hétérodoxes disent qu’en France la part des salaires a perdu 9,3% c’est en prenant en compte la valeur entre 1982, point le plus haut, et 1998 point le plus bas. Si l’on prend en compte les évolutions moyennes, les points médians, la part des salaires a bel et bien chuté d’un minimum de 5% par rapport à celle du capital en passant de 70% en moyenne à 65%.  Il est aussi constaté que les experts ne sont pas tout à fait d’accord sur ce qu’il convient d’intégrer dans la part salariale, comme par exemple, les impôts sur les salaires.

Mais, orthodoxes, hétérodoxes et experts peuvent se mettre d’accord sur un glissement minimum de 5% de cette part des salaires vers le capital ce qui représente tout de même 100 milliards par an.

Pour donner un ordre d’idée à ces chiffres qui dépassent notre quotidien, 100 milliards c’est en France l’équivalent de 4 millions d’emplois par an, payés au SMIC, charges comprises. C’est la fin des déficits publics. C’est le retour à l’excédent des comptes sociaux. C’est le maintien d’une retraite décente. C’est une société plus équilibrée où les très riches seront toujours très riches et pourront continuer de l’être sans générer la précarité, le chômage et la misère, germes de toutes les violences. Un seul milliard, c’est par exemple la création des 40 000 emplois qui manquent à l’hôpital pour son fonctionnement.

Le constat est même aggravé en Europe si l’on observe cette courbe reprenant les données de l’OCDE.

 

Ce n’est donc pas la seule politique d’un pays, mais le résultat d’une volonté des conservateurs du monde entier de privilégier la rente du capital au détriment du travail.

Il est donc normal que le patron d’une entreprise du CAC 40, ou son alter ego, soutienne les politiques qui encouragent ce transfert. Il développe la prospérité non seulement pour assurer le surnuméraire de son existence, mais aussi, celle de ses enfants, petits enfants et arrières petits enfants. (Figaro reste pertinent[1]). En libérant ainsi les descendants du travail nécessaire, en privilégiant la rente du capital au détriment de la valeur travail qu’ils défendent en public, ils peuvent paraître en pleine contradiction. Il n’en est rien. La féodalité des seigneurs chassée par la révolution pour libérer le capitalisme, réapparaît aujourd’hui. Le seigneur du passé est aujourd’hui «actionnaire ». Il va reproduire pour ses descendants, ce que les seigneurs ont réalisé pour les leurs.

Pour eux, le travail des salariés n’est que le bénéfice qu’ils peuvent en tirer ; Ils ont raison ;

L’humain est une vraie ressource ! Il y a même des directeurs pour cela.

 

 prochain article 3/5: Comment font-ils ??

 


[1] Figaro de Beaumarchais, " Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela vous rend fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître !"

     

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