FIN AVRIL JE VAIS PEUT ÊTRE ENCORE ME DÉCOUVRIR DES FILS (de commentaires)

Perplexité peut-être trop personnelle: je ne comprends pas, actuellement, les focus accordés par Médiapart à certains sujets, tandis que d'autres lui paraissent non essentiels.

Il en est peut-être des journaux ou médias qu’on a longtemps affectionnés, comme des camarades qui sont, peu à peu devenus amis : à force de les fréquenter, on a tenté de s’apprivoiser, de mieux se connaître, de réviser ses jugements à l’emporte-pièce. Passé le moment de l’engouement sans réserve, on se jauge mutuellement de façon plus attentive et on détecte de plus en plus souvent les défauts et limites de ces nouveaux alliés. Lesquels, indubitablement font de même.

 Bien sûr, il y a des périodes de grand froid qui s’étendent jusqu’à l’envie de prendre de vraies distances eu égard à celui/celle qu’on adorait plus que tout (croyait-on).

Mais on revient parfois, plus ou moins vite, sitôt que l’effet du manque de l’autre se durcit. Et on se rabiboche.

 Jusqu’au renfrognement suivant.

 On a beau avoir appris qu’une liaison est indubitablement cousue de ces effilochages, rabibochages, quand la trame du tissu finit par devenir élimée au point de voir par transparence, il est grand temps de mieux accuser encore la distance qui mesure et augure mal d’un avenir en commun possible.

 Ainsi fut, depuis 10 ans, je crois (je n’aime pas compter dans ce domaine) ma façon de vivre ma relation à Médiapart. Il y eut des périodes plus critiques que d’autres.

 Mais, comme si, une nouvelle fois, ce journal participatif auquel j’accordais beaucoup de crédits et que je considérais bien plus inédit et original que d’autres initiatives – grâce à son patron qui n’est pas un perdreau des rotatives fussent-elles virtuelles – me désarmait par ses choix rédactionnels, il me semble qu’en ce début avril, l’envie à nouveau de déserter mon engagement par mon modeste abonnement se fait plus fort.

 J’ai toujours écrit – parce que c’est vrai – que ne m’importait pas tellement le fait qu’un de mes articles figurent en bonne place dans les colonnes de la Une du Journal ou du Club. Ne soyons pas hypocrites non plus : il est toujours satisfaisant pour l’ego de voir sa prose hissée un peu plus haut que d’habitude. Et si j’ai écrit cela, souvent, c’est parce que, jusqu’ici, mes billets concernaient plutôt une actualité ou des réflexions esthétiques ou éthiques, relatives aux milieux artistiques et culturels. Que je savais que cette actualité n'avait rien de si important.

 En revanche, constater que Médiapart ne considère pas tellement que l’aggravation des expulsions locatives jetant de plus en plus souvent à la rue des milliers de personnes, (sans compter le sort des Migrant)s, ce qui, depuis le 31 mars est une actualité brûlante, mériterait d’être un peu focalisée, me laisse perplexe et m’irrite.

 Non que les finasseries délétères d’un gouvernement qui cherche à tout prix à prendre en embuscade un nombre infime de chômeurs percevant soi disant des allocations supérieures à leur précédent salaire ne me semblent pas dignes d’intérêt. Non que les films documentés de l’artiste François Ruffin ne m’intéressent pas (il bénéficie pourtant déjà de l’intérêt de bien des médias télévisuels médiocres, où il se rend pour porter sa parole, celle des autres, mais aussi vanter son nouveau produit cinématographique, puisqu'il joue sur divers tableaux: député, artiste etc). Non que la réforme des retraites qui va abîmer encore bien des avenirs ne me paraisse essentielle.

 Mais que le sort de démunis de plus en plus nombreux, à l’aube de ce printemps et jusqu’au 31 octobre prochain, semble figurer en option, me met en garde envers Médiapart qui me paraît devenir, régulièrement, le porte-paroles, surtout, des gens non pas aisés, mais encore suffisamment intégrés, quand bien même ils déplorent et fustigent une politique qui les insulte, les exclut, les déconsidère.

 Le danger, je le connais fort bien, est grand, en effet, d’oser effectuer des hiérarchies sur l’échelle du mal-vivre : on sait que cette audace est la porte volontiers ouverte à tous les amalgames et à diverses politiques douteuses et nationalistes.

 Mais enfin, pour avoir quitté la partie, un temps, de l’espace médiapartien, au moment même où ce média pressait ses lecteurs, ses abonnés, de voter pour La République en Marche afin de barrer le Front National à l’accession à la propriété présidentielle, je trouve que la rédaction n’a pas suffisamment tiré les leçons, encore maintenant, de cette erreur. Laquelle est pardonnée mais pas forcément oubliée. Puisque, depuis des mois, elle n’hésite pas à tirer à boulets rouges contre les mesures prises par LREM.

 La crainte de continuer à contribuer de dialoguer, écrire, échanger, sur un média qui ne comprend pas encore que son sort, tout de même enviable, puisqu’il réunit des gens encore à l’abri des catastrophes humanitaires qui se multiplieront et qui pourront concerner de plus en plus de citoyens, avec l’étrange impression que ce journal refuse de bien voir d’autres réalités en face, me fait envisager, une nouvelle fois, de me désolidariser de ses lignes de mire pas toujours inspirées. Comme c’est le cas actuellement.

 Evidemment, je suis aussi au courant: les listes et quotas d’abonnés, comme les cimetières, sont remplis de personnes réputées indispensables.

 La mienne autant qu’une autre…

 N'empêche... qu'il n'est jamais agréable d'être trop souvent déçu par ceux qu'on estime...

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