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Billet de blog 11 mars 2019

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Ne pas fumer tue la démocratie

L'herbe à Nicot, on le sait, n'a plus bonne presse depuis environ 20 ans. Mais le nombre de fumeurs (de cigarettes, pipes, narguilés, cigares) n'a pas tant baissé que les divers gouvernements l'ont prétendu. Au-delà de la polémique qui divisera toujours les hygiénistes et les suicidaires conscients, comment ne pas aussi dénoncer la politique d'augmentation sournoise voulue par Macron et consorts?

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C'est une activité bête, idiote, insane, inculte. Fumer. La belle affaire. Signe, désormais d'improductivité manifeste, de volonté de polluer atmosphère et dîners en ville. Ce geste et cette manie quasi automatiques qui consistent à porter à sa bouche un petit tuyau de papier enroulant une dose de tabac, ou une pipe en terre, un barreau de chaise, sont devenus les signes manifestes d'une volonté, chez celui qui s'y adonne avec trop d'empressement, d'un désoeuvrement à proscrire. D'une addiction sale et malfaisante. On a tous connu d'irréductibles fumeurs à 20 ans qui, la trentaine passée, ont écrasé leur dernier mégot en jurant qu'on ne les y prendrait plus. Ils devinrent dès lors des compagnons ou des compagnonnes moins fréquentables. 

On fumait dans les avions, les trains, jusqu'à la fin des années 80 puis 90. On fumait dans les salles de cinéma (avec cendrier incorporé à l'accoudoir du fauteuil, sans compter que l'alerte vendeuse de confiseries à l'entracte, entre documentaire et fiction, n'oubliait pas de glisser dans sa besace en osier, quelques paquets de Gauloises brunes ou de tabac blond américain). 

En 2007, l'austérité volontaire voulut qu'on interdise la production de toute fumée dans les bars, restaurants et quasi tous les lieux publics. On augmenta bien sûr, sous couvert de politique sanitaire, le prix des cigarettes régulièrement, faisant croire que l'augmentation progressive du paquet de tiges allait décourager les masses de s'adonner à un tel vice. C'était sans rappeler qu'au passage, les gouvernements successifs, forts des taxes perçues par la vente de cette denrée désormais réputée ultra nocive (après qu'on a ignoré pendant trois décennies des alertes fustigeant des lobbyes), se servaient largement surtout dans le portefeuille des citoyens qui s'obstinaient à fumer comme des poêles à bois.

Année après année, depuis 2007, on nous fit croire que la consommation de tabac baissait au fur et à mesure des... mesures prises par tous ces gouvernements pour s'attaquer à cette diabolique pratique. On oubliait juste de prendre en compte la vente importée depuis des pays limitrophes ou des sites Internet, de cigarettes achetées ainsi au rythme d'un marché qui s'obscurcissait de plus en plus. Et qui n'a pas fini de se noircir. 

Fumeur invétéré (ni fier ni honteux de l'être), il ne m'est jamais venu à l'idée d'encourager qui que ce soit à commencer de tirer sur le moindre tuyau renfermant cette herbe à Nicot désormais diabolisée. Mais j'aimerais néanmoins qu'on foute la paix à mes finances qui ne sont pas si prodigues en évitant désormais qu'on les spolie soi disant pour des raisons sanitaires. Si l'Etat avait une réelle conscience que le tabac constitue un danger réel, il commencerait par interdire, en son propre pays, l'ouverture des officines agrémentées, au surplomb de leur devanture, de cette curieuse carotte rouge qui fit office de point de ralliement pour des drogués impénitents. Cela aurait le mérite d'être une politique claire et sereine et, surtout non hypocrite. Car qui peut penser avec sérieux que l'Etat ne se réjouit pas de continuer à percevoir de plus en plus, des subsides dus à cette addiction, tout en faisant croire qu'elle la condamne? Evidemment, aucun gouvernement n'interdira la vente de cigares, de tabacs à rouler, de cigarettes: il aurait bien trop à perdre (sans compter que, même s'ils sont de moins en moins nombreux, il faudrait compter avec le chômage de bien des buralistes).

Le plus indécent, chez Macron et ses ministres, fut ce coup de grâce supplémentaire asséné ce lundi 6 mars: car fut ainsi votée une énième augmentation du paquet de cigarettes de 0,50 cts d'euros. Sans que personne, pas même un média de presse ou télévisuel, radiophonique d'habitude prompt à relayer l'information, n'avertisse les consommateurs. A moins que ces mêmes médias soient complices de ce silence, pour complaire au Château? Car c'est devenu maintenant, depuis un an et demi, depuis l'avénement de la REM un réflexe: on ne communique surtout pas à l'avance la décision d'augmenter le prix des clopes. Journaux, radios, télévisions sont donc main dans la main avec les gouvernants: ce petit événement évident finit par le démontrer. 

Mes amis buralistes m'ont tous confirmé qu'eux-mêmes ont été informés au dernier moment. Voire?

Qu'est-ce donc que ce régime qui impose, ainsi, sa spoliation régulière des revenus de citoyens à qui la liberté est encore (à moins qu'une loi ne soit passée qui m'aurait échappé) sans que ceux-ci puissent protester de ce qui s'apparente réellement à un vol? Un gouvernement vous fait les poches et l'on ne devrait pas s'en émouvoir?

Qu'en pense le Conseil Constitutionnel?

On se doute bien qu'aucun Député (même s'il part en douce griller sa cibiche entre deux débats à l'Assemblée) n'ira défendre une politique en faveur de l'intoxication des citoyens. Mais pourquoi diable Edouard PHILIPPE, Agnès BUZYN opèrent-ils donc ainsi librement de cette façon? 

N'est-ce pas là le signe d'un mépris supplémentaire des populations que d'opérer à ce braquage éhonté de nos revenus ? 

Je demanderai aux ennemis irréductibles du tabac (c'est leur droit mais je ne m'adresse pas à eux, c'est inutile) de ne pas venir polluer le fil des commentaires de ce billet) et les remercie par avance de... s'abstenir (il est grand temps qu'ils apprennent eux aussi l'abstinence).

En attendant, je trouve que, même si elle paraît dérisoire, cette énième façon d'empêcher les libertés - comme celle de manifester - est la preuve que ce régime autoritaire pollue bien plus l'atmosphère de démocratie qu'il ne le croit. Qu'il demeure incohérent comme ses prédécesseurs en n'interdisant tout simplement pas la consommation totale de tabac (mais au risque de se priver de copieuses taxes qui le nourrissent) et qu'il use d'une autorité méprisante, humiliante qui semble être devenue sa marque de fabrique préférée. Avec l'arrogance, la désinvolture qu'on lui connaît désormais. 

Car c'est bel et bien désormais dans cette ambiance empuantie par un cynisme qui ne connaît aucune réserve, que nous vivons. En France. 

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