Ce sixième volet de notre cycle a été conçu, imaginé et composé par Vent d'autan
Je me souviens (extrait de l'album "Il francese", © éditions Pias Label, 2018).
… Je me souviens d'une terre brûlée alentour
D'une vallée de larmes où chacun cherchait l'amour
Je me souviens des frémissements les plus légers
Je me souviens
En demi conscience, j'allais au fond des ténèbres
Sous ta robe blanche la nuit est surnaturelle
Je me souviens d'une voile tendue au fond de la nuit
Je me souviens
Je me souviens de demandes dans l'univers
Je me souviens de l'appel de la lumière
D'une dame en noire qui gifle le loup des mers
Je me souviens
Je me souviens par la bride dans l'obscurité
Je me souviens de l'altitude où j'me trouvais
Je me souviens boire, boire dans un même ruisseau
Je me souviens
Je me souviens d'un assassin dans la montagne
Une digue, un pont, la bataille de Wagram
D'une milanaise et d'un qui vient à mourir
Je me souviens
Je me souviens de matins passés hors de France
Je me souviens du regard des gens de Florence
Je me souviens de savantes mains de bourreau
Je me souviens
Je me souviens que le coeur frémit d'amour
Que l'amour s'en va si orgueil avec amour
Je me souviens qu'on me déshabilla la nuit
Je me souviens
Je me souviens du parfait vassal que j'était
Pensant à voix basse "pourquoi veut-elle me tuer?"
Je me souviens comme agité de tremblements
Je me souviens
Je me souviens que le père venait de mourir
D'une armée anglaise piètinant mes souvenirs
Je me souviens de Murat aux portes de Naples
Je me souviens
Je me souviens
Je me souviens, je me souviens, je me souviens
Je me souviens, je me souviens, je me souviens
Je me souviens, je me souviens, je me souviens
Je me souviens, je me souviens, je me souviens
De par les fougères et autres frondaisons il peut arriver que l'on s'égare en des endroits demeurés si longtemps dissimulés. Je me souviens.
Sous le raffinement de cette élégance proche de l’épure, l’atmosphère si particulière d’écorchures dans le piétinement de vertiges désenchantés. Fiévreuses déchirures émaillées de sonorités poétiques alternant noirceur et tendresse, drapées de l’extase de cette mélodie, imprégnée des tourments de l’amour, de la nuit, de la vie. Amertume de tous les instants.
Baignés d’une envoutante fraîcheur, paroles ferventes et musiques envoûtantes qui vous font succomber au charme de ce paysage musical bariolé de la nitescence des aurores boréales. Autant d’arabesques brodées, splendeurs discrètes, presque fragiles, nichées dans le détail des ces petites choses qui composent le fragile équilibre des grands soupirs par temps maussade.
Entre incertitudes et tâtonnements, l’univers dantesque de Jean Louis Murat, parsemé de cette constellation de pépites éperdues dans l’obscurité buissonnière des cieux. N’ayant pas renoncé à ses rêves de solitude, son cheminement tortueux l’aura mené vers une certaine forme de libération. Comme un carnet de voyage capable de dépeindre chacune des émotions grappillées au cours de ces longues années d’errance. Un long chemin à travers les grands espaces aux horizons lointains, entre les crêtes des montagnes plissées.
Dans ce dédale nocturne, tous les mots brisés d’émotion en sont comme la trace brûlante. Toutes les cordes des paroles engourdies se mettent à frémir d’un seul chœur, d’une seule et même mélopée. Palpitations de l’âme où se côtoie, se percute, s’affronte le lamento du poète, révélant aux pèlerins qui filent vers l’inconnu, tenants et aboutissants de la nuit décisive. Comme un dernier rappel dans la liturgie du spleen baudelairien.
Comment pourrait-on oublier ?