Pour nos Amis rhénans

En songeant aux jours sombres que nos amis germaniques connaissent depuis avant-hier, avec ces catastrophes d'inondations et de disparitions soudaines, comment ne pas se remémorer ce poème d'Apollinaire qui évoque les maléfices du Rhin, la divinité Fleuve aux forfaits imprévisibles ? Pour eux, nos vers se brisent ainsi que leurs destins trembleurs...

                                                              NUIT RHÉNANE

Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme

Écoutez la chanson lente d'un batelier

Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes

Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds

 

Debout chantez plus haut en dansant une ronde

Que je n'entende plus le chant du batelier

Et mettez près de moi toutes les filles blondes

Au regard immobile aux nattes repliées

 

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent

Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter

La voix chante toujours à en râle-mourir

Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été

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Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire

                                                     Guillaume APOLLINAIRE, Alcools, 1913.

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