Denys Laboutière
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Billet de blog 21 mars 2020

"Pourquoi des Poètes ?" 2/ Rilke et La Vie arrêtée

Hölderlin lança le défi: "À quoi bon des poètes en temps de détresse ?" dans son élégie "Pain et Vin" . Choix non pas anthologique et évidemment surtout pas exhaustif, de quelques textes, connus ou pas, pour se rappeler comment certains ont, par la Poésie, défié, décrit de rudes épreuves et des combats humains.

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Philippe JACCOTTET, dans sa Préface aux Vergers rêvés par Rainer Maria RILKE, expose que le poète allemand, au sortir d'une crise personnelle trop profonde, au lendemain de la 1ère guerre mondiale, entre 1920 et 1924, se laisse ensuite alors surprendre dans son travail de poète, par ces textes qu'il assemble comme pour y faire croître les fruits d'une éventuelle renaissance. Parce qu'il s'est muré dans le mutisme quelque temps, l'auteur des Elégies de Duino paraît retrouver et savoir consigner le relief des lueurs d'une lampe, la consistance d'une table ou la chaleur de ses propres mains. Sans oublier de décrire les affres de l'épreuve ainsi traversée: laquelle, quasiment cent ans plus tard, devrait nous sembler familière. Par notre obligation à nous terrer entre les barreaux de notre foyer. Duquel, cependant il serait simple de savoir explorer la chambre intérieure où veille notre stupeur: "Et quand on a retrouvé ainsi sa chambre, non plus tombe ou prison, mais abri et foyer, on peut aussi sortir dans cette autre chambre plus vaste, plus poreuse, le verger (pour le seul beau nom de laquelle Rilke dit avoir été tenté d'écrire en français); et y poursuivre avec une joie encore plus aérienne la redécouverte du grand réseau presque invisible qui tisse le Weltinnenraum, l'espace, continu entre dehors et dedans où ce fut toujours le rêve profond de Rilke de pénétrer, ce qu'il a nommé aussi ailleurs "l'espace angélique". (1)

Ce soir quelque chose dans l’air a passé

qui fait pencher la tête ;

on voudrait prier pour les prisonniers

dont la vie s’arrête.

Et on pense à la vie arrêtée…

A la vie qui ne bouge plus vers la mort

et d’où l’avenir est absent ;

où il faut être inutilement fort

et triste, inutilement.

Où tous les jours piétinent sur place,

où toutes les nuits tombent dans l’abîme,

et où la conscience de l’enfance intime

à ce point s’efface,

qu’on a le cœur trop vieux pour penser un enfant.

Ce n’est pas tant que la vie soit hostile ;

mais on lui ment,

enfermé dans le bloc d’un sort immobile.

Rainer Maria RILKE, Vergers, poème 42,  © Gallimard, Paris, 1926 et (1), 1978 pour la préface de Philippe Jaccottet. 

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