A Lyon, les TCL adorent tracasser et mépriser les pauvres

Témoin d'une altercation très vive entre un camarade client des Transports en Commun de Lyon et deux employés (dont le manager) de l'Agence Commerciale Part Dieu des Transports en Commun de Lyon (TCL), je rapporte ici des faits véridiques.

A Lyon, contrairement à l'Ile de France (par exemple) les chômeurs, RMistes et autres titulaires d'Allocations, n'ont pas droit aux transports en commun gratuits. L'abonnement mensuel y est certes assez faible (9, 20 euros) mais augmente comme pour les autres tarifs, chaque 1er janvier.

Ce tarif spécial ne peut vous être accordé que si vous fournissez bien sûr la preuve que vos ressources sont très faibles et que vous ne vous acquittez pas de l'impôt sur le revenu.

Mais il faut renouveler cette demande deux fois par an. 

Accompagnant un ami titulaire de l'A.S.S. j'ai suivi, de loin, la scène qui s'est déroulée à l'Agence Commerciale de la Part-Dieu, ce jeudi 31 janvier 2019 à 18h 40 (l'Agence ferme ses portes à 19h). Après un temps d'attente sous la pluie, dehors (parce que des barrages filtrent les accès et ce sont des jeunes gens qui accomplissent un service civique qui sont dévolus à cette tâche ingrate) - les TCL n'auront jamais l'idée de placer un auvent pour ses clients, tandis qu'elle ne cesse de relooker, rafraîchir, entièrement revoir ses agences commerciales (il faut croire que les bénéfices sont grands et les employés choyés), nous patientons. A l'interpellation de son numéro remis par une autre personne à l'accueil de l'agence (au sourire visiblement figé dans un temps très reculé mais qui n'a plus cours), mon ami s'installe au guichet qui lui a été désigné par l'appareil aux lettres digitales rouges, comme un journal lumineux.

DIALOGUE DE SOURDS, INCOMPÉTENCES ET ABSURDITÉS

Il tend ses documents à l'employée qui prend à peine la minute nécessaire pour les étudier attentivement. Elle riposte aussitôt: "ce n'est pas le bon justificatif de Pôle Emploi". Mon ami, déjà échaudé, il y a deux ans, dans cette même agence de la Part-Dieu, par une autre employée qui lui avait aussi adressé une fin de non recevoir, tout aussi désinvolte (en nettement plus revêche et péremptoire), avait eu la prudence, depuis, de s'adresser à l'agence commerciale de La Soie où, paraît-il, les agents, au contraire de l'agence Part-Dieu sont souriants, aimables, voire affables et, surtout, accueillants. 

Un dialogue de sourds s'ensuivit, vite envenimé par l'agacement et les propos plutôt vifs de ce camarade. Car il était plus que probant que l'employée ne voulait rien entendre. Visiblement peu formée pour traiter ces demandes (il lui a fallu demander l'avis d'une consoeur) elle n'en démordait pas. Mais était incapable d'expliciter quel autre document était exigé par l'administration des TCL. Je précise que le document fourni par mon ami correspondait, en tous points, à celui qu'il avait également fourni en juillet 2018, en février 2018, en juillet 2017, à l'agence de La Soie. Et qu'aucune contestation sur la validité du document, dans cette autre agence, ne lui a été signifiée.

Mon camarade demanda alors, comme il y a deux ans, à s'adresser à un supérieur lequel lui avait donné raison contre l'opinion de l'agente qui s'obstinait à décréter que le papier en question n'était pas le bon. Incrédule face à tant de volte-face et s'échinant à démontrer que:

-oui, le document Pôle Emploi mentionnait bien le nombre de jours indemnisés

-oui, le document Pôle Emploi daté du 21/01/2019 (soit il y a dix jours et expédié via une messagerie) spécifiait bien le montant et le type d'Allocation: l'A.S.S.

Mais, ô surprise, cette fois, le supérieur (ou simplement le manager, ne rêvons pas) avait, ce soir, un tout autre avis: non, non, jamais ce document de Pôle Emploi n'a été considéré comme valide. Lequel manager n'a sûrement pas non plus été formé au préalable aux rudiments de la courtoisie (il ne regarda pas une seule fois mon camarade dans les yeux et répliqua sèchement).

Et puis... non! pour ce manager - qui semble avoir été aussi bien formé aux techniques d'accueil et d'écoute de la clientèle que dans un goulag - resta ferme et refusa que l'abonnement de cet ami soit renouvelé. Pour donner raison, sans doute, à sa subalterne et, ainsi, essayer de démontrer qu'il était solidaire d'une absurdité.

LA RÉPUTATION TENACE DE L'HUMEUR EXÉCRABLE DES AGENTS TCL ET L'INSOLENCE DE LEURS RIRES

A Lyon, l'abonnement mensuel coûte 64, 90 euros. Soit plus de 400 francs. Pour un service souvent médiocre (ce soir, bus et tramways étaient tous bondés et accusent, généralement, des retards de plus en plus fréquents).

Et, demain, on sera le 1er février. L'abonnement de 6 mois ne sera plus valable. 

Je ne sais d'où vient cette réputation pugnace que, chez les TCL, les agents administratifs sont perçus comme étant souvent odieux, inefficaces et surtout peu à l'écoute. J'entends cette réputation - et ai pu la constater - depuis 30 ans sans qu'aucun progrès notoire n'ait lieu. Mais elle perdure, immanquablement et invariablement, apparemment.

Quand, à bout de nerfs et trop excédé, ce camarade finit par jeter un mauvais sort dérisoire à l'ensemble du personnel qui n'avait aucune envie d'étudier de près et non pas de manière automatique et lassée, son dossier, un éclat de rire de la part des agents a retenti.

C'est vrai: c'est tellement comique, le sort d'un démuni, en ces temps glorieux! Un démuni (ou loin s'en faut) qui n'aurait que cela à faire: falsifier des documents et réclamer un abonnement réduit indu alors que celui-ci lui est renouvelé depuis... 10 ans!

A l'heure où l'on alerte le monde entier sur les dangers encourus par la planète si on ne diminue pas la pollution, LYON fait le choix de continuer à spolier la population en la découragent d'emprunter ses transports en commun, c'est encore une belle France solidaire par l'entremise de ces agents TCL qui oublient un peu trop vite qu'ils doivent leur salaire, entre autres, grâce au bon vouloir de ses abonnés (mon ami n'a jamais fait l'objet d'aucune amende). Compte tenu de leur incompétence (du manager jusqu'aux employés, incapables de se mettre d'accord depuis 2 ans sur la validité du bon document émanant de Pôle Emploi), de leur absence totale d'empathie, de leur absence totale du sens de l'accueil.

LA TENTATION DE FRAUDER CONTRAINTE PAR UNE POLITIQUE DÉLÉTÈRE

Bouleversé et surtout très contrarié par cet épisode fâcheux et inepte et par le manque total de compréhension et d'attention (il suffisait de lire attentivement le document fourni pour constater qu'aucune fraude n'était possible), ce camarade finit par me confier, sur le trajet du retour qu'il finirait par renoncer, car ces humiliations finissaient par lui peser, surtout qu'elles étaient motivées par une mauvaise foi et des caprices notoires, et qu'il frauderait sans doute, désormais. Qu'il n'avait plus aucune envie d'être honnête puisque, en face, une entreprise de transports publics le SYTRAL, n'hésitait pas à le mépriser et à le tracasser de mauvaise guerre. (Les contrôleurs TCL s'aventurent évidemment rarement dans les quartiers chauds de l'agglomération lyonnaise: c'est un constat, parce qu'il vaut mieux réglementer des gens de bonne foi que des individus qui n'ont pas le choix de faire autrement que de frauder). Quand je lui ai objecté qu'avec ces amendes, il y perdrait beaucoup, un sourire à peine provocant fut sa dernière réponse avant que de lâcher: "tu crois qu'ils oseraient, en plus, me retirer le peu de subsides qu'on m'accorde? cette allocation est inaliénable, je me demande d'ailleurs pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt, je finirais presque par regretter, depuis 10 ans d'avoir réglé honnêtement 10X12X9 euros soit 1080 euros soit, l'équivalent de 3 mois d'A.S.S.) au SYTRAL, aux TCL, à ces agents peu compétents et bien peu formés. C'est d'ailleurs eux qu'il faut plaindre: d'officier ainsi à un travail dénué de tout sens commun, dénué de toute humanité. Je ne les envie vraiment pas. Et ils ne méritent, vraiment, pas mieux que ce travail abrutissant. La politique globale des transports, à Lyon, est délétère. Mais ils ne me contamineront pas: je ne serai jamais aussi abrutis qu'eux, même si on m'y forçait".

Avant qu'il me quitte, il accepta néanmoins le billet de 5 euros que je tenais à lui remettre afin que, une fois la nuit passée, il puisse envisager demain ou après demain de payer un ticket à bord d'un ou deux bus pour le week end afin qu'il ne se sente pas davantage prisonnier d'un sort qui s'acharne et l'empêcherait de bouger.

La pluie, glaciale, elle, continuait de tomber drue. Comme une fin de non recevoir d'un agent et d'un manager TCL aveugle, sourd, et, sans doute, analphabète ? 

 

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