L’axe du bien

Le démocrate l’a emporté sur le républicain…et c’est tant mieux. Le nouveau président est jeune et noir…mais il est avant tout démocrate. Au lendemain de cette victoire, on oublie, en Europe, l’aspect essentiel de ce choix, particulièrement de la jeunesse américaine qui a tourné le dos au conservatisme social et évangélique de l’Amérique « profonde »

Huit années d’administration « Bush fils », et douze années « républicaines » de 1980 à 1992 avec l’administration Reagan et « Bush père », en vingt-huit ans, ont pesé sur le monde plus que sur l’Amérique, elle même !
En France, les vingt trois années continues du gaullisme et du giscardisme ont pesé plus, de 1958 à 1981, sur la France que sur le monde ! En 2011 (veille des élections présidentielles), grâce à trois cohabitations, droite et gauche se seront partagées le pouvoir à temps égal (quinze ans), en trente ans…mais à saut de mouton…et sans avoir apporté à la nation le bonheur national brut, et au monde sa capacité et sa volonté, à conduire les peuples sur le chemin de la paix.

Nous avons suivi, à l’exception du président Chirac, et encore plus, de juillet 2007 à juillet 2008 la « politique Bush » dans une attitude d’allégeance, au point de brouiller la lecture de notre diplomatie chez certains de nos anciens partenaires, en Asie, au Moyen-Orient et en Russie.
Nous avons, aussi, suivi la politique des républicains en matière de mondialisation de l’économie et de libéralisme sans brides, avant de se rétracter, récemment, au nom du pragmatisme.

Qu’allons nous faire, aujourd’hui ? Le président de la République va sans doute saisir la chance du succès de la discrimination positive, au sommet de la pyramide, outre-atlantique, pour guider nos pas vers ce destin. La France n’a rien à apprendre d’une telle conduite.
Des vingt-sept pays européens, nous sommes vraisemblablement le territoire le plus proche des principes d’égalité qui circulent dans les veines de ce pays des droits de l’homme.
Des vingt-sept pays de l’Europe actuelle, nous sommes aussi le pays où le nationalisme extrême a le plus reculé et où il n’a jamais participé à la gouvernance, en soixante ans.
Des vingt-sept Etats de l’Europe, nous sommes encore le pays où la tolérance est la fille aînée des Lumières ; nous sommes l’un des rares pays où l’on ne prête pas serment sur une bible, où les sectes n’ont pas encore pris le chemin de la direction de nos consciences.
Nôtre patrimoine n’est pas celui seulement des cathédrales, des châteaux et des hôtels particuliers ; il est la culture, l’Histoire, qui n’ont pas encore transformé notre sol en vaste Zénith pour prédications évangéliques.
Notre effort demeure pour que cette égalité, dans les paroles, se concrétise davantage dans les actes quotidiens des quartiers, des zones urbaines, des emplois.
Mais de grâce, arrêtons de culpabiliser, de s’émerveiller devant ce que viennent d’accomplir les Américains, lorsque nous-mêmes avons - sans l’émerveillement d’autres pays occidentaux - et sans se poser de grandes questions métaphysiques nommé et promu des ministres, des hauts fonctionnaires, des professeurs, des élus métropolitains, un président du Sénat, dont l’appartenance à la diversité honore la République.

Que va faire le président des Etats-Unis, aujourd’hui ? Le président Obama n’est pas Kennedy et ne tentons pas de comparer deux rêves : celui des années soixante n’était pas une parade miraculeuse à un échec de la gloire américaine ; celui de 2008, plus difficile à réaliser, plus intérieur qu’extérieur, doit remettre le pays sur le chemin d’une gloire à conquérir, en dehors de West Point, en dehors, des bannières et des « vétérans ». L’égalité, la solidarité sont aujourd’hui des droits, aux USA, auxquels il faut donner un sens. Le nouveau président reconsidérera-t-il la politique d’intervention extérieure, dans un cadre ouvert et non plus hégémonique ?

C’est au démocrate que nous devons faire confiance ; que cette alternance permette, en France, de regarder à l’ouest, sans y voir briller un modèle, mais simplement aider un homme à triompher, d’abord, de l’injustice dans son pays et à gagner, ensuite, le cœur des hommes de bonne volonté dans le monde. Le contraire des républicains et de certains vassaux européens.

Denys Pouillard
Directeur de l’observatoire de la vie politique et parlementaire

Site :
www.vlvp.fr ou www.vielocale-vie-publique.fr

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