L'histoire du Furet

L’affaire du népotisme, après bien d’autres qui ont émaillé notre quotidien politique depuis la fin août aurait-elle trouvé une fin ? Certains cherchaient depuis quelques jours ce terme honorable car le sujet dérange et dérangera encore, à droite comme à gauche. Ce renoncement sous forme d’un « dégagement en touche » fait sans doute taire les hurlements de certains…mais pour combien de temps ! Il passe par ici, il repassera par là…
L’affaire du népotisme, après bien d’autres qui ont émaillé notre quotidien politique depuis la fin août aurait-elle trouvé une fin ? Certains cherchaient depuis quelques jours ce terme honorable car le sujet dérange et dérangera encore, à droite comme à gauche. Ce renoncement sous forme d’un « dégagement en touche » fait sans doute taire les hurlements de certains…mais pour combien de temps !

 

Il passe par ici, il repassera par là…

Le furet repassera lorsque les morsures des pièges seront suffisamment rouillées pour gripper les mécanismes étrangleurs. La fusion des établissements publics de la Défense sera vraisemblablement une occasion rêvée pour servir une nouvelle fois le plat encore fumant.
Les conseillers spéciaux de l’Elysée ont testé jusqu’à quel point de rupture, ils pouvaient pousser le curseur ; mais la communication politique élaborée et peu naturelle a échoué sur une donnée qui vraisemblablement avait échappé, dès le début, à ces grands manipulateurs.
Plus que le népotisme, c’était l’inexpérience et la non qualification qui heurtait l’opinion et rendait au fil des jours l’opération impossible. Deux contre-feux ont été tentés ; le premier en valorisant la légitimité du cursus électoral sur toute autre moyen d’accès coercitif à la tête d’un exécutif d’aménagement territorial ; le second en tentant une méthode comparative au regard de places attribuées, à gauche, dans un contexte familial un peu différent.
La leçon déduite de cet échec relève, quand même, d’une grande naïveté. Il est vrai que depuis juin 2007, le processus des nominations, promotions, distinction, attributions, missions ne s’est pas spécialement embarrassé des qualifications, compétences, titres universitaires et formations. L’esprit de « culture de résultat », et de celle du chiffre avait très largement dominé les divers périmètres de notre gouvernance publique.
Il faut donc de l’expérience par l’apprentissage. Chose dite, chose faite…et lorsque la présence au conseil d’administration de l’EPAD sera relativement conséquente, les mêmes conseillers du conseil d’empire estimeront que l’on peut passer de la régence à la plénitude de la fonction exécutive.
L’histoire n’est peut-être pas terminée car nous ne sommes qu’à la fin de l’année 2009…et que dans sept ans, le jeune homme dont on parle aura trente ans ! Entre temps, il aura atteint la terre promise avec la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine et dans le nouveau projet des conseillers territoriaux, l’année 2014 pourrait bien nous réserver quelques surprises en Ile-de-France.
Il y a du Bush père et du Bush junior dans cette histoire de furet à la française et lorsque les Bertrand, Copé, Wauquez et autres quadra ou cinquantenaires actuels de l’UMP s’étriperont pour les présidentielles de 2017, la boîte à pandore pourrait bien faire surgir, à l’extrémité de son ressort, l’héritier…
Echec au roi et victoire de la démocratie de proximité
Patrick Devedjian - nous rapporte, cette semaine, le Canard Enchaîné - a le « culte de Chateaubriand ». Les « Mémoires d’outre-tombe » offrent une multitude de portraits satyriques de celui qui fut un empereur et il faut toujours demeurer prudent lorsque l’on évoque un peu prématurément les génies ; Chateaubriand trouvait des « lacunes dans le génie » !
Mais puisque génie, il y-a, selon des proches tuteurs du furet, les Français y ont, sans doute, discerné quelques lacunes. Le corps universitaire aussi ! Comment faire durablement admettre à des parents mais encore plus aux étudiants qui ne trouvent pas d’emploi à la sortie de leur parcours universitaire…qu’à 23 ans, seulement au commencement d’une deuxième année de droit - et donc sans diplôme - on peut passer sous l’Arche de la Défense, cape au vent et glaive vainqueur. Cette arrogance et ce défi lancé au peuple ont été rejetés.
Parallèlement, un réveil citoyen est né : l’initiative d’un conseiller municipal Modem de Puteaux et des milliers de signatures à une pétition, au demeurant courtoise, demandant au conseiller général de Neuilly de ne pas se présenter à cette présidence qui nécessite grande expérience et connaissance en gestion, a atteint son but. Ne faut-il pas, d’ailleurs, rapprocher ce comportement populaire de la participation de 2 millions de citoyens à un référendum sauvage sur les dangers du projet postal ?
Serions-nous aussi sortis du politiquement correct pour découvrir, enfin, un retour à la dignité politique lorsque les citoyens rappellent que les urnes ne délivrent pas seulement un droit mais aussi des devoirs. Il est remarquable que la gauche parlementaire n’a pas été d’une virulence coutumière et que la droite présidentielle s’est comportée plus critique au regard de cette dérive.
Durant cette dernière quinzaine, les moquettes et tapis des lieux de pouvoir servaient de miroir aux yeux baissés de certains dont la place n’était due qu’à un innocent lien de parenté, à gauche comme à droite ; dont la rémunération de leur statut puisait sa source dans l’incolore « argent public » ; dont le mérite cherchait vainement des certificats de connaissance autre que des satisfécits de bonne conduite.
S’il fallait retenir quelques leçons de la démocratie en Amérique, ne devrait-on pas mettre en évidence cette constante surveillance des devoirs qui oblige ceux qui détiennent une légitimité élective ou une légitimité administrative à ne pas user de leur fonction et de leur pouvoir à des fins de favoritisme familial ou de proches. L’intérêt général passe d’abord par ce serment à la République… qu’on la sert et que l’on ne se sert pas.
Denys Pouillard
Directeur de l’observatoire de la vie politique et parlementairewww.vlvp.fr

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