"Stop et encore"

Ce devait être un grand moment et ce ne fut qu'un long, très long moment ; paradoxalement ce ne fut pas un moment trop long ! La droite applaudit, l'opposition aboie ; rien de plus classique. Certains voient dans cette ode de lundi soir le retour à la raison, la modestie incarnée, un « nouveau président », calme et serein : le président du second demi mandat.

Ce devait être un grand moment et ce ne fut qu'un long, très long moment ; paradoxalement ce ne fut pas un moment trop long ! La droite applaudit, l'opposition aboie ; rien de plus classique. Certains voient dans cette ode de lundi soir le retour à la raison, la modestie incarnée, un « nouveau président », calme et serein : le président du second demi mandat.

Or ce président plus calme - il est vrai - avec ses onze invités qu'avec Laurence Ferrari s'est fait jeter dans les cordes à chaque fin de partie par ce rappel à l'année 2012 comme si la petite phrase de sa troisième épouse à l'automne dernier hantait les couloirs des médias et de la République ; énervé par ce calendrier que Laurence Ferrari s'est plu à détailler en conclusion, le président subit, encore un assaut final, cette fois du gentil Jean-Pierre Pernaut. Une fois de trop ou était-ce une stratégie de communication politique de manière à placer un « stop ou encore » salvateur ? L'animateur de TFI, d'ailleurs, a justement cadré le contexte de 2012 : ou les réformes sont terminées dans deux ans et demi...ou elles ne le sont pas et un second quinquennat devient nécessaire.
Au fait, qui était l'invité de TFI, le président ou ce « onze de France » habitué aux micro-trottoirs ? Onze Français invités, en réalité du président ; onze Français dont les préoccupations personnelles devaient recevoir une réponse correspondant à une fiche standardisée apprise par cœur. Le président était imbattable sur le prix du lait, le chauffeur polonais, la production délocalisée de Renault et de Peugeot, jonglant remarquablement avec « les deux tiers » de l'un ou « le tiers » de l'autre et toujours cet aplomb qui fait plus naturel « vous me corrigez si je me trompe.. ; ». Il s'est d'ailleurs trompé à de nombreuses reprises, préférant, en réplique, se rabattre sur une moyenne ou en ajoutant sur l'un des plateaux de la balance des tonnes de lait en poudre. Un président n'a, au demeurant, jamais tort ; pas besoin de faire de grandes et longues études : « ça ne m'a pas empêché de devenir président de la République » a-t-il répété trois fois. Pour ceux aussi qui ne le savaient pas, « j'aurai 55 ans dans deux jours ». Vite que Roselyne Bachelot se prépare pour un petit cadeau au conseil des ministres de mercredi ! Il y a des réflexes de Pavlov chez le président ; par exemple ce dialogue un peu surréaliste entre lui et « dame laitière » : il parle de contractualisation...la dame fronce les sourcils puis plus tard le reprend en avançant le mot de « régulation » : aussitôt dit, le président saute sur l'occasion ; quelle chance, ce mot magique qui fit flores lors de la crise bancaire. En revanche, lorsqu'un invité lui expose tous les déboires qu'il a connus dans sa vie d'artisan, le président, désemparé s'adresse à Jean-Pierre Pernaut : « pas de chance » avec vous, manière de dire « j'avais pas prévu toutes ces réponses à faire dans mes fiches apprises par cœur ». A une invitée qui cumule tous les handicaps sociaux et financiers, le président lui propose de faire des heures supplémentaires (réponse classique que les banquières assènent à leur client dont les comptes sont dans le rouge) ; à une autre « bac plus 5 et sans emploi », le président imperturbablement lui suggère « la réponse à vous c'est la croissance » ! Les fiches sont très bien faites...
Toutes les Nathalie, Bernadette, Martine, Sophie et autres auront apprécié le maniement de la langue française car deux heures durant on eut droit à des « où est-ce que je le trouve »... « on se les récupère » ... « on s'est pris x chômeurs »... « c'est reparti là »... « qu'est ce qui fait que l'autoentrepreneur a marché »
A part ce Monsieur Lemenez, syndicaliste CGT qui est parvenu à faire échapper le président du récit de ses fiches, on a rien appris...sauf que le « chômage va reculer » et que les consommateurs vont relancer les marchés en faisant leurs courses le dimanche ! Défi que les économistes n'augurent pourtant pas et qui pourrait bien engendrer des difficultés conjoncturelles s'enchaînant à celles déjà structurelles et de gouvernance des trois derniers mois. Obsédé par les conjoints ou les familles qui ne se parlent pas - ce qu'il asséna une fois avec Laurence Ferrari et une autre fois avec Jean-Pierre Pernaut - le président se plait dans ces « brèves de comptoirs » qui veulent ressembler à de la politique mais qui n'en sont qu'un pâle reflet.
Débat inutile...mais, à ce point, est-ce bien nécessaire de le comptabiliser dans les temps de parole consacrés par le CSA au président. Par compassion, faisons lui crédit de ces deux heures qui n'auront pas convaincu !
Denys Pouillard
Directeur de l'observatoire de la vie politique et parlementaire
Site de l'observatoire : www.vlvp.fr

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