«Mercredi, c'est le 13 mars, et c'est le jour de la sortie en salle de mon film»

J'ai eu une chance inouïe pour ce film. Si, si. J'ai beaucoup parlé des galères (financières, techniques...), mais tout compte fait, quelle chance ! D'abord évidemment, parce que la rédaction du journal a accepté de me faire confiance. J'ai eu de la chance, ensuite, parce que tout du long, j'ai été accompagnée.

Mercredi, c'est le 13 mars, et c'est le jour de la sortie en salle de mon film DEPUIS MEDIAPART.

J'ai eu une chance inouïe pour ce film.

Si, si. J'ai beaucoup parlé des galères (financières, techniques...), mais tout compte fait, quelle chance!

D'abord évidemment, parce que la rédaction du journal a accepté de me faire confiance. Cette confiance est ce qui a transformé le désir initial en projet, puis le projet en film. Les journalistes m'ont laissé les filmer, les regarder faire... me permettant de donner à voir et à entendre ce travail incroyable qu'ils et elles font ensemble, en collectif, pour ce "commun" qu'est l'information. J'ai eu de la chance, ensuite, parce que tout du long, j'ai été accompagnée.

Depuis 2015, je fais partie d'une association de cinéastes (ACID) qui se bat pour la salle et la diffusion des films en salle. Nous sommes un collectif de cinéastes, un groupe de femmes et d'hommes qui ensemble bravons l'isolement et l'impératif de compétition qui semble inhérent à notre métier, pour nous rassembler et porter ensemble une certaine idée du cinéma.

Ils et elles m'ont aidé à penser ce travail, de bout en bout. Des dépôts de dossiers aux finitions du montage, m'aidant à penser contre moi-même, et me donnant du courage quand je n'en avais plus, en vrais camarades. Malgré l'absence de financement, la production des Films d'Ici et des Films d'Ici Méditerranée, Serge Lalou et Elodie Dombre ont continué à croire à ce film. C'est si particulier, ces liens entre cinéaste et producteur, si dur à décrire! ça commence avec l'argent, of course, et sans leur soutien financier le film n'aurait pas été. Mais surtout, leurs regards, leurs bienveillantes critiques, leurs recadrages et leurs envolées enthousiastes ont fait le film avec moi.

En décembre 2016, quand le CNC a refusé le projet, dix personnes ont mis mille euros à un pot commun, pour que ce film vive... et pour pouvoir payer (un peu) celle qui a vécu neuf mois sur le film avec moi, Valérie Pico, monteuse merveilleuse et engagée. Autour du film s'est constitué une équipe, tenue par des liens politiques et sensibles. Pas moins de cinq preneurs de sons se sont relayés pour venir sur le tournage, mais aussi pour m'assister à distance dans mes difficultés techniques ou encore me prêter du matériel... Olivier Dandré, Mariette Goudier, Olivier Pelletier, Matthieu Perrot, Jocelyn Robert. A l'image, les conseils et les idées de Louise Botkay, de Sarah Blum et d'Elisa Pessoa, m'ont donné de la force et m'ont permis d'interroger ma place au cadre et hors champ dans ce film. Et pour l'étape finale de la post production, deux anges gardiens m'ont épaulé bien au-delà de leur fonction de monteuse son et de mixeur: Jeanne Delplancq et Phil Grivel, au Studio Orlando.

Mediapart, journal et espace de pensée commun, a agrégé cette équipe autant que moi. C'est l'ironie de ce film: là même où les financeurs craignaient de s'engager ou préféraient rester en retrait, celles et ceux qui ont travaillé avec moi l'ont fait parce qu'ils/elles sentaient la nécessité de prendre un risque. De faire avec moi ce film malgré tout. Un film sur notre époque, sur ici et maintenant. Depuis Mediapart parce que c'est un lieu d'énonciation unique, et parce que depuis Mediapart, rien ne sera jamais plus comme avant dans le paysage médiatique français.

Ce film sort au cinéma grâce à deux maisons de distribution, DOCKS66 puis LIGNE7. Là encore, ils n'ont pas été aidé (et sans l'aide à la distribution du CNC, c'est loin d'être simple de sortir un film en salles). Mais ils l'ont fait par amour pour un certain type de cinéma, par passion pour la salle, par envie de partager quelque chose qu'ils avaient pris du plaisir à voir. Quand on voit leur catalogue, ici ou ici, ou quand on les écoute parler de leur métier (ici) on comprend mieux ce que distribution engagée veut dire.

Ceci n'est pas seulement une liste de remerciements. C'est aussi une ode à un système qui a ses bons côtés. Chacune et chacun des artisans de ce film a pris sur son temps aussi parce qu'il/elle pouvait se le permettre. Grâce au système de l'intermittence, entre autre. Grâce aux aides publiques, aussi.

N'en déplaise au pourfendeurs d'un cinéma "non rentable" (il y a des gens qui parlent comme ça), j'ai pu faire ce film comme beaucoup d'autres cinéastes autour de moi font des films, parce qu'il y a une redistribution des richesses qui fonctionne. Elle a ses défauts, elle a ses limites. Mais mon film s'est aussi appuyé sur elle pour devenir. Il n'y a pas de film sans budget, et l'illusion de la gratuité a un coût qui dépasse l'entendement. Il ne s'agit ici en rien de chanter les louanges de la débrouille, bien au contraire.

Mais bien de reconnaître le rôle actif de la passion dans ce travail qui nous a uni.e.s autours de ce film DEPUIS MEDIAPART.

Au-delà de ces constats joyeux, de cette célébration de ce travail à l'heure où le film rencontre son public et ses salles, la vraie liste de remerciements la voici: thank you mommy, obrigada papai, merci merci merci Olivier.

La communauté Mediapart étant très présente, voici un lien vers l'entretien avec Cédric Lépine !

BANDE ANNONCE - DEPUIS MEDIAPART - EN SALLE LE 13 MARS 2019 © Docks 66

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