Episode 2: quelles séries télé regardez-vous? Et comment?

Le 30 mars, je postais quelques réponses à 4 questions posées dans le cadre d'une enquête informelle sur les " pratiques sérielles ", à l'occasion d'un séminaire au Jeu de Paume (Paris) intitulé « Des chaînes — Formes et formats de la série télévisée contemporaine ». J'invitais ceux qui souhaitaient à répondre à leur tour. J'ai reçu un certain nombre de réponses. En voici le premier tiers.

Le 30 mars, je postais ici quelques réponses à quatre questions posées dans le cadre d'une enquête informelle sur les " pratiques sérielles ", à l'occasion d'un séminaire de six semaines au Jeu de Paume intitulé « Des chaînes — Formes et formats de la série télévisée contemporaine ».

J'invitais dans le même temps ceux qui souhaitaient à répondre à leur tour. J'ai reçu un certain nombre de réponses, dont je poste un premier tiers, à la veille de la dernière séance du séminaire, qui sera précisément consacrée aux nouvelles pratiques, à Netlfix et à Amazon, à ce qui arrive à la série télé quand elle passe sur internet.

Pour rappel, les quatre questions :

1. Comment regardez-vous les séries (ordinateur, télé ; fichiers, DVD ; téléchargement, VF ou VO, avec ou sans sous-titres) ? Quelle importance a selon vous ce « dispositif » ?

2. À quel rythme, à quelles heures, selon quels rituels les regardez-vous ? Pourquoi ces préférences ?

3. Quelle série récente, postérieure à 1995 — le défi est de n’en citer qu’une — a bouleversé votre vision du « genre » ? Pourquoi, en quelques mots ?

4. Quelle série en cours vous semble incarner l’avenir du « genre » ? Pourquoi, en quelques mots ?

Sense 8 Sense 8

****

Hervé Aubron Rédacteur en chef du Magazine Littéraire et critique de cinéma

1.   Essentiellement sur ordinateur et par téléchargement, en VO sous-titrée. Ce dispositif m’apparaît plus tenir à des considérations pratiques qu’à des principes. Peu importe la sophistication du dispositif général en l’occurrence, tant une bonne série me semble pouvoir tenir quelles que soient ses conditions de diffusion. Ceci dit, j’ai tout de même des limites, qui tiennent sûrement plus de la bienséance vieillotte que de la rectitude théorique : que cela se passe en intérieur et sur un écran de taille raisonnable. Donc pas de visionnage dans les transports en commun sur un téléphone portable – pratique dont le spectacle me plonge dans la plus grande perplexité.

2.    Le dispositif n’est pas simple affaire de circonstances bien sûr, il manifeste de nettes régularités : je regarde les séries en fin de soirée et au lit, à deux, avec le plus souvent un verre de vin à la main. Ce qui signale très banalement la régression domestique et l’addiction à l’œuvre dans les séries : je ne suis pas certain qu’on en soit arrivé à un âge « mûr » de la fréquentation des séries – je ne sais si cela est possible ni souhaitable.

3.    Sans doute aucun, Six Feet Under (2001-2005). Je garde un souvenir inentamé de sa fréquentation. Avant tout parce qu’Alan Ball a considérablement enrichi le syndrome régression-addiction en y introduisant la question du deuil, bien au-delà du simple enjeu thématique (une famille de croque-morts). Le deuil est la grande affaire des séries qui comptent, la plus spécifique rythmique de l’affect que la durée du format permet de creuser. Tour à tour on refuse et on accepte de quitter les personnages, un lieu, etc. En cela, une famille est bien une série – et ce n’est en rien une métaphore.

4. Je suis loin d’être une bonne vigie du genre, mais à hauteur de mes faibles compétences, je dirais Breaking Bad – en trichant à peine : la série se poursuit d’une certaine manière avec Better Call Saul et par ailleurs, elle pourrait parfaitement redémarrer (l’ultime épisode de la saison 5 reste finalement ouvert). Ceci dit, je ne sais pas si c’est l’avenir du genre, en ceci que c’est un sommet – et qu’un tel achèvement peut éventuellement être décourageant pour ceux qui viennent ensuite. Un sommet, notamment, en ce qu’il travaille et reformule l’enjeu essentiel de l’addiction, mais aussi en ce que Breaking Bad a poussé jusqu’au bout une valse hésitation entre deux puissances de la série : la famille, le foyer, et le destin ; la routine et l’événement. Si on parle vraiment d’avenir (plutôt que d’achèvement), je dirais alors Fargo – avec cette idée de la ville-série, que chaque saison ne décline pas l’existence de personnages récurrents, mais l’histoire d’un lieu. Ou dans le même ordre d’idée (une cité médiumnique), Sense8, et ses âmes flottant d’un corps à l’autre – ce qui déplace d’une autre manière la notion de personnage et affirme le principe de la série comme plateforme où transitent des êtres, plus ou moins longuement, en tout cas pas éternellement.

 

****

Mireille Berton,docteure ès Lettres et maître-assistante à la Section d’Histoire et Esthétique du Cinéma de l'Université de Lausanne, en Suisse.

1. Je les regarde en VO sous-titrée, à la fois sur mon ordinateur et sur ma télévision à écran plat, soit après téléchargement, soit sur DVD. Je choisis de les visionner sur ordinateur quand je dois travailler sur une série pour préparer un cours ou un article. Par contre, je privilégie le dispositif télévisuel lors de moments de « détente », quand j’ai envie de découvrir une nouvelle série, de me laisser emporter, sans trop réfléchir, par le récit et l’atmosphère. Ça n’est que dans un deuxième temps, dans une phase de réflexion et d’analyse, que je revois certains épisodes sur un ordinateur, ce qui me permet de faire des extraits, des captures d’écran, etc. Le choix du dispositif dépend donc du critère « travail vs plaisir », même s’il m’arrive également de prendre des notes en mode récréatif.

2. Si je ne travaillais pas à 100%, je passerais probablement la moitié de ma journée à voir des séries, mais aussi à réfléchir, écrire, faire des recherches sur celles-ci. En temps normal, je les regarde plutôt le soir, si possible chaque jour, et bien sûr le week-end. La meilleure période pour moi, c’est lorsque je donne un cours sur les séries (généralement un semestre par année), ce qui me donne une bonne excuse pour augmenter la cadence. Je suis une vraie sériephile, adepte du binge-watching ; j’ai délaissé depuis longtemps le cinéma au profit des séries télévisées, même si je fais des efforts pour suivre l’actualité cinématographique en raison de mon métier.

3. Six Feet Under, sans hésiter, pour l’originalité du ton aigre-doux, la profondeur psychologique des personnages, la bande-son hétéroclite et la thématique familiale dont le traitement – tout en subtilité – est particulièrement réussi. C’est une série qui parvient parfaitement à mobiliser à la fois l’intellect et la sensibilité.

4. Je vois deux « genres » qui pourraient constituer l’avenir des séries télévisées : la mini-série et l’anthologie saisonnière, les deux pour les avantages que représente leur format « court » (en comparaison avec les séries network traditionnelles qui produisent inévitablement des effets de lassitude), mais aussi pour l’attrait qu’elles représentent à l’égard des professionnels du cinéma. D’un point de vue thématique, des séries « socio-politiques » qui spéculent sur l’avenir immédiat de la société néolibérale et ses aléas, comme Occupied ou Person of Interest, contribuent à faire de la télévision un véritable espace de pensée, pas seulement d’évasion et de divertissement.

****

Amandine Bigler,élèveen terminale ES, 17 ans, Seine-et-Marne (77)

1. Je regarde principalement des séries américaines en streaming, qui sont la plupart du temps en VO (avec les sous-titres si possible) et qui ne sont pas encore diffusées en France. J'utilise très souvent mon ordinateur, qui est un moyen pratique pour accéder à un large éventail de séries. 

Malgré tout, il m'arrive de continuer à regarder les séries qui m’intéresent à la télévision, comme Grey's Anatomy, mais elles sont diffusées avec du retard. Je trouve trop long le décalage par rapport à leur diffusion initiale.

2. Si la série est en cours de diffusion, je la regarde au fur et à mesure de la sortie US. Dans le cas de Pretty Little Liars, les épisodes étaient diffusés le mardi aux USA et souvent disponibles le lendemain. Généralement, je me pose dans mon salon ou dans ma chambre le soir pour me détendre. Il n'y a pas de bruit, je suis tranquille, je peux regarder sans être interrompue par quelqu'un. 

3. Aucune série ne m’a encore vraiment marquée, mais en découvrant Pretty Little Liars, j'ai appris à ne pas être qu'une spectatrice passive. Je menais l'enquête avec les protagonistes pour trouver A, le personnage mystère qui torturait les gens.

4.  Étant donné le succès de The Walking Dead ou Game of Thrones, le public semble aimer les séries avec beaucoup d'action et non plus les histoires avec une intrigue prévisible ou d’un sentimentalisme dégoulinant. 

****

Laurent Blanchet, la trentaine à peine, fraîchement docteur, ingénieur R&D robotique dans une start-up parisienne, aspirant à retourner dans la recherche publique à moyenne échéance.

1. Mes critères principaux : confort de lecture, disponibilité immédiate, qualité. Idéalement : ne pas avoir à y penser avant le moment où j’ai envie de regarder un épisode, ou quand je remarque une série inconnue qui semble intéressante.

Moyens : Médiacenter (petit ordinateur dédié aux médias), sur un vidéoprojecteur, pour lire des fichiers, des replays (rare) ou la TV (rare, à part pour les séries et docs Arte), le tout servi par un système libre et évolutif, offrant le meilleur de ce qui ce fait (contrairement aux set-up boxes). Le streaming est banni : trop mauvaise qualité, confort de lecture inexistant.

Contenus et mediums de collecte : habitudes pantouflardes acquises pendant la période d'absence totale d'offres légales. Je dispose d’un logiciel collectant les nouveaux épisodes en VO et les sous-titres en VO, en continu et sans mon intervention, pour n'avoir qu'a appuyer sur « play » quand je rentre le soir. Je n'ai pas de lecteur DVD, mais j'achète ceux des séries (et films) qui m'ont vraiment plu : ça n'est pas tant pour les avoir que pour rémunérer les acteurs (au sens de participants) des réalisations qui me plaisent (tout en me sentant coupable car ça n'est pas de cette façon qu'on favorise le (re)nouveau, mais je n'ai pas encore trouvé la bonne solution – au vu des productions financées par le PAF, même si France Inter sort du lot, la redevance n'est plus une participation à la diversité culturelle). J’attends le plug-in de Netflix pour mon Médiacenter, pour plus de diversité dans mon "parrainage".

Importance du dispositif : les séries sont pour moi plus importantes que les films. Je refuse la thèse du fainéantisme dans l'investissement émotionnel (que certains appellent "la plaie de notre temps"). Je pense que les films sont trop formatés (beaucoup de séries le sont aussi, mais elles offrent plus de libertés) et rarement assez creusés. De plus, le découpage permet d'être en moyenne plus investi dans la longueur d'une série/saison que dans celle d'un film. 

Ceci étant dit, je préférerais toujours un bon bouquin. Quitte à choisir entre un bouquin et une série (qui a l'avantage d’imposer des intermèdes où la raison prime et de permettre d'aller se coucher, au lieu de bouquiner toute la nuit), autant que les conditions soient idéales, proche du cinéma. De plus, j’éprouve une réticence viscérale à l’idée de visionner ce qui "fait le buzz". Il me faut attendre que l'engouement retombe.

2. Workaholic assumé, je regarde des séries en rentrant le soir, pour me changer les idées, m'ouvrir l'esprit et décompresser avant de dormir, soit généralement 1 à 2 heures par jour (ou plus de 4 heures de lecture). Dans la même veine, je suis familier du binge watching du week-end.

3. Non, je ne dirais pas The Wire : je ne suis pas fan des séries policières et n'ai jamais vraiment connu le genre que ce titre a renouvelé. Je dirais donc Sherlock, pour la réalisation résolument "millennial", qui a donné un vent de fraîcheur au métier et placé la barre haut en matière d'intégration des "nouveaux" moyens de communication (SMS). 

4. Les séries Netflix et Amazon (Daredevil, Bosch, etc) : un terme au format procédural complètement surexploité, plus proche du film looooong que de la série.

****

Anne Bormans, avocat.

1. Je regarde soit sur mon Ipad, soit sur mon ordinateur portable, via I-tunes ou Mycanal, parfois en streaming, en VO de préférence. Ce « dispositif » est destiné aux séries que je regarde seule car elles intéressent moins ou peu mon mari. Si c’est une série partagée, je la regarde à la TV.

2. Je n’ai aucun rythme particulier, ni rituel : disons que je les regarde quand je suis toute seule, souvent après des corvées ménagères, comme une sorte de pause personnelle, ou pendant une longue période de maladie. Ça m’est arrivé une fois, sur le mode boulimique, pour Damages.

3. Je dirais Sex and the City, pour la désinvolture, le principe de quatre heroïnes féminines, et l’arrivée du sexe dans les séries US. C’était un bouleversement de moeurs, il me semble. Les séries américaines étaient très prudes autrefois.

4. Je ne sais pas. Il me semble plutôt que le monde a adopté le mode d’écriture américaine des séries, et que ce qui est désormais formidable, c’est de voir par exemple des séries suédoises ou danoises avec autant de passion qu’une série américaine ébouriffante. En tout état de cause, les séries « fin du monde », comme The Walking Dead ou The 100, trouvent un écho particulier de nos jours, qui me semble au choix inquiétant ou, au contraire, cathartique.

****

Guillaume Bourgois, 32 ans, maître de conférence en cinéma à l'Université Grenoble-Alpes

1. Je regarde des séries presque exclusivement sur mon ordinateur portable en téléchargement, en VO avec sous-titres anglais. C'est une façon d'avoir un lien à la fois plus intime avec la série et d'être plus directement dans une démarche analytique. L'ordinateur étant à la fois un outil de travail et un moyen de communication sur les réseaux sociaux, j'ai la sensation d'être moins passif que si je suivais des séries à la télévision ou en DVD et de davantage m'approprier les images, notamment car je peux  faire des captures d'écran et  les partager sur Facebook. Et je trouve que le téléchargement stimule la curiosité. Il permet de voir beaucoup de choses, de commencer plein de séries différentes avant de retenir celles qu'on suivra dans leur intégralité. C'est un moyen de définir mes goûts de façon plus active et personnelle.  

2. Je regarde en moyenne 5 heures de séries par semaine, si l'on compte les formats longs (épisodes de 45 minutes à 1 heure) et les formats courts (20 minutes), plutôt le soir lorsque j'ai fini mon travail. J'ai tendance à regarder un épisode de format long, qui demande la plupart du temps plus de concentration, puis plusieurs épisodes de format court. Cependant, si j'ai du temps libre et que je décide de m'intéresser à une série dont au moins une saison est déjà achevée, il m'arrive de regarder quatre ou cinq heures en une journée.

3. The Sopranos de David Chase, sans hésitation. Parce qu'on se demande tous encore "Whatever happened to Gary Cooper ?" C'est une série qui m'a tout de suite fasciné par son audace, son humour féroce et surtout sa capacité à développer de grands thèmes métaphysiques, historiques et sociologiques. Elle mobilise des références cinématographiques, picturales ou musicales, tout en restant ancrée dans un récit et une forme populaires. Son geste  prolonge, et en un sens dépasse, celui de Lynch avec Twin Peaks. Il n'y a peut-être que dans The Sopranos qu'une chasse à l'homme devient une errance beckettienne, qu'on parle de Nietzsche et Kierkegaard en s'entraînant au baseball ou que la veillée d'un cheval est bercée par le chant de Dean Martin dans Rio Bravo – le tout sans snobisme ni volonté de s'adresser à des happy few. Chase est  l'un des showrunners qui a le mieux compris la singularité de la pensée qu'autorise la forme sérielle et/ou feuilletonesque : elle modélise une certaine vision du monde, notamment politique, qui se construit progressivement, au fil des saisons. Et il a su porter cette pensée à sa pleine puissance, pour produire un portrait mélancolique et poignant du mal-être et des contradictions de l'homme contemporain. 

4. À défaut de pouvoir en citer plusieurs, je dirais Horace & Pete, de l'immense Louis CK, encore plus originale et géniale que Louie. Non seulement les conditions de production, de tournage et de diffusion pratiquement autarciques (avec des épisodes écrits, tournés, montés et diffusés sur le site de Louis CK en une semaine) ont permis une réflexion profonde et en temps réel sur l'actualité politique et sociale américaine, mais surtout, la noirceur du récit et des propos, couplée à la théâtralité carcérale et presque infernale du dispositif, produisent une représentation de la cellule familiale inédite par sa violence – cellule familiale qui n'a cessé d'être le sujet principal des séries américaines. Et ce qui me semble le plus beau, c'est précisément la façon dont la tonalité presque cauchemardesque donne encore plus de grâce aux fugaces envolées lyriques (la danse de Steve Buscemi se préparant pour un rendez-vous galant, le souvenir ému d'un pilier de bar, le sourire d'Horace avant la tempête...), qui rachètent (presque) l'horreur et la banalité de l'existence humaine. Pour moi, Horace & Pete montre la voie par la démarche pratiquement auteuriste de Louis CK, l'inquiétante étrangeté de son réalisme théâtral et la radicalité de son traitement de la société américaine, de son histoire et de l'histoire de ceux qui la composent, données à voir et à penser en tant qu'éternel recommencement des mêmes catastrophes. Grâce à Louis CK, les séries peuvent et doivent maintenant refléter le monde en temps réel et se lancer dans des expérimentations formelles à la croisée entre cinéma, sitcom, performance théâtrale et art contemporain. Et nous, spectateurs, avons enfin intégré qu'un personnage principal de série se doit d'être un homme sans qualités.

****

Emeline Brule,doctorante en design

1. Toujours sur mon ordinateur (je n’ai pas de télé), en streaming ou téléchargement (pas toujours légal, mais j'ai été très désappointée par l'offre Netflix France). En VO, parfois avec des sous-titres, mais rarement (la dernière fois, c'était pour The Wire, à cause des accents à couper au couteau.)

2. Je les regarde en même temps que je fais certaines activités "bêtes et répétitives", pour rester concentrée, ou le soir, seule, entre ami-e-s ou en couple. Cela dépend des séries – par exemple, Girls se regarde entre amies, The Man In The High Castle / Trepalium / Mister Robot / Black Mirror sont par leurs aspects politiques des series de couple, Dr Who est une série sociale, etc.

3. Bonne question... Peut-être Xena et Buffy quand j’étais ado : des personnages feminins forts, capables de se defendre, brouillant la frontière entre biologie et rôle social. Dans la catégorie « séries animées », je dirais Lady Oscar, Daria et Revolutionary Girl Utena.  Plus récemment, Girls et Akta Mannistor. Une seule ? Lady Oscar, parce qu'on la regarde jeune, sans que les parents se rendent compte des possibilités offertes par le simple fait de se travestir.

4. Sense8. Pour la représentation du spectre des identités genrées / orientations sexuelles, qui devraient devenir de plus en plus diverses.

****

Mathieu Capel, docteur en études cinématographiques, traducteur, maître de conférences en LEA japonais. A publié récemment Évasion du Japon aux éditions Les Prairies ordinaires.

1. Cela a évolué avec le temps, en fonction également de ce que j’avais à disposition. Ordinateur ou télé, selon ce que ma situation permet. Actuellement, je regarde les séries de préférence sur un écran de télé, pour des raisons de confort. Je les regarde en VO, sous-titrée si les sous-titres existent, mais jamais en VF, quelle horreur. Fichiers téléchargés à 90%, mais je pique les DVD si quelqu’un que je connais les a. En tout état de cause, je n’investis pas dans les séries.

J’accorde très peu d’importance à ce dispositif, sinon, encore une fois, que l’on voit et que l’on entend mieux sur un écran de télé. Je n’ai jamais fait l’effort d’aller voir une série sur grand écran, même si je sais que certains festivals le permettent, du moins pour ce qui est des séries postérieures à 1995, car il m’est bien sûr arrivé de voir L’Héritage de la chouette ou d’autres séries « patrimoniales » sur les écrans de la Cinémathèque Française.

2. Ni rythme, ni heures, ni rituels. Commencer une série est une pratique essentiellement dépressive. J’estime avoir toujours quelque chose de mieux à faire. Si j’en regarde une, c’est que 1 ) je n’arrive pas à travailler, 2) j’ai trop bu la veille, 3) j’ai des envies de meurtre (pas forcément les trois en même temps). Il se peut que cette envie ou ce besoin soit aussi une revanche dérisoire, la revendication d’un « rien foutre » opposée à l’urgence d’un boulot que je n’ai pas envie de faire.

3. J’ai  l’impression que cette question s’entend doublement : un sens très littéral, et un autre qui reviendrait à me demander quelle est ma série préférée. Comme j’ai une certaine aversion pour les hit-parades et les top ten, je me contenterai du sens littéral.Je suis passé au travers de la première salve du nouvel « Âge d’Or » (j’utilise ce terme par commodité, même si je ne l’aime pas beaucoup) : Lost, 24, Prison Break, d’autres encore sans doute. J’en avais fondamentalement une idée très péjorative. A ce titre, celle qui m’a convaincu qu’une série pouvait présenter un intérêt, la première dont j’ai regardé toutes les saisons (pas les spin-off, faut pas pousser non plus) c’est Battlestar Galactica. Le pilote de 2x90 minutes est une merveille de SF, genre passablement sinistré au cinéma.

4. Avenir multiple, évidemment : il ne saurait donc y en avoir qu’une. Je suis certain qu’un étron du calibre de Section zéro représente un pan de l’avenir des séries (les fictions Canal+ représentent, dans leur médiocrité d’ensemble, l’avenir des séries que nous sommes amenés à voir ici). De même, je veux pouvoir me dire qu’apprécier une série de la qualité de Peaky Blinders, que je regarde actuellement, sera toujours permis – ces séries très sérieuses, tirées au cordeau, impeccables dans leur souci de réalisme : rien ne dépasse mais on se dit qu’ici, le temps sert à autre chose qu’à délayer le récit.

Si cela ne tenait qu’à moi, l’avenir des séries appartiendrait à celles qui tordent le coup aux causalités simples, s’en amusent ou les exaspèrent – à des niveaux d’ambition et selon des modalités très différentes : The Wire, The Leftovers, The Walking Dead, Breaking Bad, Twin Peaks, Fargo. C’est un vœu pieu, sans doute. Mais la religion du twist qui domine aujourd’hui le cinéma hollywoodien, celle des Fincher et des Nolan, ou son inverse, la ligne aujourd’hui claire d’un Spielberg, me désolent passablement. L’avenir rêvé des séries serait plutôt, pour moi, The Assassin.

****

F. Chaix,cadre-informaticien à EDF, 53 ans.

1. Je les regarde à la télé, avec ma femme le soir (et en replay quand nous loupons certaines soirées), plutôt des séries grand public qui passent sur M6, TF1 ou autre, en VF forcément (récemment Person Of Interest, Blindspot, Murder, dont la diffusion a été honteusement arrêtée à l'épisode 7, faute d'audience, mais aussi Peaky Blinders (merci Arte).

Je télécharge les séries que je souhaite voir en VO sous-titrée sans attendre leur diffusion à la télé. Je les regarde sur mon ordinateur (en faisant du vélo d'appartement par exemple, un épisode par soirée) ou à la télé, quand je suis seul (récemment DaredevilGotham, The Expanse, Agent Carter, ou la nouvelle saison d'X-Files.)

Je récupère des séries auprès de collègues de boulot (copie de disques durs à disque durs). Je tarde souvent à les regarder, ou ne les regarde finalement jamais.

J’achète des DVD d'occasion sur Price Minister (plus rarement neufs à la Fnac) pour mes séries préférées, que je désire garder (The Good Wife, Buffy, American Horror Story), ou des réédititions de qualité (Angela 15 ans, ou Profit, Blu-ray de Chapeau melon et bottes de cuir ou de Twin Peaks).

Les séries ont pris une telle importance dans ma vie que je vais de moins en moins au cinéma. J’ai toujours une série à voir, qui me motive en général plus que la majorité des films (et globalement, je regarde beaucoup moins de films en DVD ou à la télé).

2. Je les regarde le soir, en direct à la télé ou en replay, ou sur mon ordinateur si ma femme regarde la télé (des séries françaises que je ne regarde pas en général.) 

J’en regarde aussi en fin d'après-midi, lorsque je fais du vélo d'appartement (puisque je suis diabétique et très peu sportif, une bonne série m'aide à trouver la motivation pour faire du vélo tous les soirs).J’en regarde enfin pendant la journée le week-end, parfois tout un après-midi si je suis seul. Je peux ainsi voir des séries que ma femme ne regarde pas (elle en regarde moins que moi).

3. J'aurais dit sans hésiter Twin Peaks, mais malheureusement, elle est sortie avant 1995... Je dirais donc Buffy. C'est à partir de cette série que j'ai commencé à en voir beaucoup (X-Files y est aussi un peu pour quelque chose).

C'est l’une des rares séries, avec Twin Peaks et Chapeau melon et bottes de cuir (avec Emma Peel & Tara King), que j'ai vue plusieurs fois (trois dans le cas de Buffy : à la télévision, puis en VHS et en DVD).C'est une série grand public mais d'une grande finesse, avec plusieurs niveaux de lecture et une intelligence rare.

4. L'avenir des séries est multiple. Il m’est impossible d’en donner une qui incarne l'avenir du genre, mais je dirais peut-être le duo Daredevil / Jessica Jones, toutes deux excellentes, qui partagent un univers sombre et réaliste, des saisons courtes, pensées comme un tout. L’idée de les relier à d'autres séries du même univers (Luke Cage, Iron First à venir) jusqu’à les faire fusionner en une seule me semble une piste à suivre, pas seulement dans le monde des supers héros.

****

Jean-Vic Chapus,rédacteur en chef de So Film et reporter à Society.

1.Pour ma part, et j'en ai honte il faut me croire, mon visionnage passe très souvent par du téléchargement disons illégal. Mais comme il y a un peu de purisme derrière cette démarche de voleur, je me suis équipé d'un rétro-projecteur que je raccorde à mon ordinateur pour me faire des sessions intensives de séries sur grand écran.

2.Comme je suis parfaitement insomniaque, la vérité m'oblige à dire que je regarde des séries la nuit, généralement entre minuit et 3h du matin. Je ne suis pas trop adepte du binge watching : trois épisodes à la suite d'une série ou trois de trois séries différentes suffisent à calmer la faim.

3.La première, la plus importante sans doute, reste Six Feet Under,  découverte à la fin des années 90 à la télé française (Canal Jimmy, je crois). Le choc a été immédiat, car pour la première fois de ma vie, j’ai découvert une série qui racontait l'ambiance un peu idéaliste et existentialiste que je ressentais dans beaucoup de disques de rock sortis à la même époque, comme ceux de Nirvana ou de Pavement.

Mais même si Six Feet Under est vite devenu l'attrape-coeur total pour moi, j'ai ressenti le même type de sursautement quand je me suis enquillé The Sopranos, The Wire et l'indispensable Friday Night Lights. Là, c'est le début de la fin : le moment où je me dis que le cinéma a perdu la partie contre la série. Récemment, j'ai eu le même choc avec la série Looking, ou encore avec l'excellente série d'espionnage The Honorable Woman. Je suis désormais devenu beaucoup plus critique et exigeant envers le cinéma car la concurrence est rude avec la télé. Je sais, c'est con, mais c'est comme ça.

4.Certainement les séries construites comme des anthologies : True Detective, l'immense et pas encore assez connue American Crime, l'incroyable série anglaise Black Mirror. Là, on sent que le bon vieux temps des séries lentes et bergmaniennes à la Sopranos ou Six Feet Under, six saisons de douze ou treize épisodes chacune, a disparu. Le consommateur de série veut des histoires qui se bouclent sur une seule saison. Il veut retrouver les codes du grand cinéma de genre à la télévision. On n'a plus tellement le temps de laisser un personnage vivre sur cinq, six, sept saisons ou plus. En cela, quoi qu'on en dise, Game Of Thrones reste une des dernières résistances à cet état des choses.

****

Christophe Charbonnieras, 24 ans, doctorant-ingénieur en 2ème année dans le domaine des télécommunications, à Toulouse

1. Je regarde les séries généralement sur ordinateur (téléchargement ou streaming), de préférence en VO avec des sous-titres, afin d'éviter les doublages désastreux. Ce mode de visionnage permet de suivre les séries à domicile, ou en déplacement. Il ne procure néanmoins pas la qualité visuelle des Blu-ray par exemple.

2. Généralement, j'évite de regarder plusieurs séries en parallèle. C'est pourquoi lorsqu'une série me plaît, je regarde un ou plusieurs épisodes par jour, de préférence en fin de soirée. Ce rythme est bien sûr dépendant de la série en question et peut varier selon l'intrigue, selon le genre (SF, comédie, policier, etc.)

3. Je ne pense pas qu'une série en particulier ait bouleversé ma vision, peut-être parce que je n'ai pas suivi énormément de séries. J'ai toutefois été marqué par Friends et autres séries de ce type. Je trouve que, contrairement à ce qui s’est passé pour d'autres séries, le grand nombre de saisons n'a pas eu d'impact négatif sur l'audience et le plaisir des téléspectateurs. C’est d'autant plus remarquable qu’il n’y pas beaucoup de personnages principaux. Elle m'a au fond plus marqué par sa longévité que par ses qualités intrinsèques.

4. True Detective et globalement, les séries d'anthologie. Comme je l’ai dit, j'ai la sensation qu'une grande partie des téléspectateurs se lasse au milieu des séries trop étalées dans le temps. Le principe d'une intrigue/un contexte par saison me semble être le seul moyen pour conserver de l'audience à long terme.

****

Martial Cravatz, doctorant en Histoire contemporaine à l’Université de Franche-Comté

1. Comme je n'ai pas la télé, je regarde les séries sur mon ordinateur, toujours en VOST, quelle que soit la langue. Je trouve sympathique de visionner une série danoise ou islandaise en langue originale. Par ailleurs, je trouve comme beaucoup que la VF massacre les séries ou les films, au point de les trouver mauvais sous cette forme. J'ai eu cette révélation en regardant par hasard The Big Lebowski en VF. J’avais trouvé le film très mauvais, et lorsque je l’ai revu plus tard en VOST, je l'ai trouvé exceptionnel. J'ai fait plusieurs fois le test avec des séries pour en arriver toujours aux mêmes conclusions. 

2. Je regarde les séries plutôt le soir, mais certaines peuvent permettre de faire des pauses dans la journée, quand elles ne durent que 20 minutes (The Big Bang Theory, Don't Trust The Bitch, You're The Worst, etc.). 

3. J'ai été très marqué par Angela 15 ans. Je joue sur les dates, car la série n'a été diffusée en France qu'en 1995. Au moment où TF1 était envahie par les série AB Productions, cette série qui passait à l'époque sur Canal Jimmy traitait de l’adolescence de manière réaliste. L’adolescence, au cinéma comme dans les séries, est souvent mal traitée. Cette série m'a d'autant plus marqué que je l'ai regardé étant moi-même adolescent. Elle me semblait plus proche de mon quotidien et de mes préoccupations que le reste de ce que je pouvais voir. La série me semble encore aujourd’hui remarquable.

4. La série que je considère la plus fine actuellement est The Americans. Nous sommes sortis de la guerre froide : les agents du KGB peuvent désormais être représentés avec beaucoup de finesse.

****

Marie Cuillerai, 51 ans, mariée,  2 adolescents. Professeur de philosophie à l'université, Paris

1. Je regarde les séries sur ordinateur après téléchargement, et en binge watching, même les séries françaises, sauf celles d'Arte que je regardé à la télé. Le dispositif est très important. On peut aller jusqu’à "épuisement" de suspens ou de sa propre envie de suivre. On découpe, on scande autrement le récit.

2. Binge watching. Essentiellement le soir après 22h et jusque tard. Je les regarde rarement le jour. J’ai un rituel d'installation : je les regarde sur le divan, le plus souvent seule, sauf là encore quelques séries Arte (Trepalium, Ainsi soient-ils).

3. Tout a commencé avec West Wing.

4. Scandal, et The Divide, séries "politiques" plus crues que House of Cards, dont de nombreux épisodes sont directement reliés à l'actualité US, et généralement  aux problèmes sociaux, notamment raciaux mais pas seulement. Scandal est une série qui n'a pas la prétention de parler de Washington, mais qui traite de pouvoir et de politique d'une façon moins convenue que bien d'autres plus estimées. 

Les personnages sont eux aussi en phase, en dépit de leurs aventures. Suspense, appax, musique et rythme, images de cinéma. Son trait majeur est l'intense activité en live tweet, avec un million  de suiveurs. Le relais Twitter et les fans constituent un phénomène de partage qui politise les spectateurs. L’actuel retournement des fans contre la créatrice, par une stratégie de boycott efficiente, met en demeure Shonda Rhimes et le casting de réagir.

The Divide est une série à part, centrée sur Innocence Project, en lien avec l'association du même nom qui milite pour la révision de certaines condamnations pour meurtre (preuves ADN). 

****

Arnaud Damelincourt, 49 ans. J'ai longtemps été musicien, intermittent du spectacle.

1. J'ai découvert Oz et The Sopranos par hasard, vers 1999, en zappant à la télé en fin de soirée. Je regarde les séries uniquement en VO sous-titrée. La VF, c'est du massacre. Il faut dire que j’ai assisté dans les années 80 à une scéance de doublage de Happy Days qui était une vraie fumisterie.

Je n'ai plus de télé depuis 2007,  donc je regarde les séries sur un ordinateur, certaines sur un support compressé provenant de copies ou de téléchargements, d'autres sur DVD achetés ou venant d'une médiathèque.

2. Au début, en 1999, The Sopranos passait le dimanche vers 22h sur une chaine câblée, Canal Jimmy. J'ai accroché tout de suite et j'attendais avec impatience l'épisode suivant. A partir de la 3ème saison, ils diffusaient deux épisodes à la suite, que j’enregistrais sur un magnétoscope VHS pour les montrer à des amis. Ma copine a accroché, mais mes potes pas du tout. Certains étaient dans le genre "tarentinophiles" et le concept de série les rebutait. D'autres trouvaient que c'était trop ironique, trop second degré. En fait, personne n'accrochait. J'étais vraiment déçu de leurs réactions.

J'ai fait la même chose ensuite avec Six Feet Under. On regardait sur la télé cablée au début, mais ma copine a tellemment flashé qu'on avait acheté les DVD.

Plus tard, j’ai regardé The Wire, qui est pour moi la meilleure série, sur des fichiers compressés divix sur ordi, puis DVD.

Le rythme est souvent de deux épisodes à la suite, le soir, avec ma compagne. Nous avons revisionné plusieurs fois l'intégrale de The Wire et Six Feet Under.

3. Quand j'étais jeune, j'aimais bien regarder Les Mystères de l'Ouest, Chapeau melon, Le Prisonnier,  dans "Samedi est à vous", mais ça n’avait rien à voir avec les séries de la chaine HBO apparues vers la fin des années 90.

Le choc a été The Sopranos. Au tout début, ça faisait penser à du Scorcese période Affranchis, Casino,mais ça allait beaucoup plus loin ; les personnages, tous ou presque des salauds, devenaient fascinants ; on les voyait en famille, chez le psy, ils étaient souvent monstrueux, parfois drôles, se retrouvaient dans des situations absurdes ou d'une banalité incroyable. Les auteurs étant nombreux et je pense assez libres, il y avait des ambiances très différentes d'un épisode à l'autre, c'était surprenant. J'avais des enfants du même âge que ceux de Tony S., qui jouaient au mêmes jeux vidéo, écoutaient le même genre de musique, et je découvrais des auteurs américains comme Howard Zinn.

Ces mafieux sont montrés comme des purs symboles de notre époque qui met la cupidité en exemple. La différence avec des investisseurs, des assureurs ou des banquiers, c'est leur extrême violence physique (plus télégénique qu'un conseil d'administration). Ils sont les dignes représentants des winners monstrueux du marché capitaliste. 

C'est une vision non romantique et matérialiste du monde des gangsters, très différente de tous les films comme Le Parrain ou Scorcese et Cie. 

En fait, c’est une version, dans le New Jersey contemporain, de La Fable des abeilles, de Bernard Mandeville.

4. J'ai adoré l'humour et l'humanité (pour le pire et le meilleur) des personnages de Six Feet Under, Carnivale (pour son coté onirique mais qui a malheureusement été arrêtée) et surtout The Wirele sommet ! Un témoignage implacable, une analyse politique digne de Balzac et Karl Marx, ni plus ni moins. 

J'ai ensuite été déçu par des séries comme Fargo ou True Detective. Je préfère ne même pas essayer d'analyser le racolage d'un True Blood ou la balourdise d'un Trepalium d'Arte. 

J'avais aussi essayé au début de regarder les grosses productions comme Rome ou Game of Thrones,mais je trouve que ça n'a plus rien à voir, il n'y a aucune originalité, c'est juste une surenchère de violence et de cul avec des rebondissements grotesques... plutôt écoeurant que vraiment dérangeant. Bref, on retourne au conformisme hollywoodien.

Vu leurs succès, je crains que ce type de séries spectaculaires soit dorénavant privilégié par les chaînes de télévision... Le renouvellement apparaîtra sûrement sur Internet.

J'ai trouvé la série Breaking Bad pas mal, même très bien faite, avec des personnages intéressants, mais elle n'a pas à mon sens d'autre aspiration que d'être un divertissement de qualité, le cynisme malin prenant la place de la critique sociale, et je la classe bien en dessous des séries comme The Wire, Six Feet Under ou The Sopranos.

Sinon Treme m'a beaucoup plu. Il faut dire que j'ai été musicien professionnel et que c'est une représentation très juste de ce milieu ; il est rare de voir la vie de musiciens sans les clichés systématiques du genre biopic. En plus, j'adore la musique syncopée de la Nouvelle Orléans, et j'ai découvert dans cette série les Indiens de Mardi gras, qui m'a fait vraiment fait penser aux sorties sauvages des masques bobo en Afrique de l'Ouest.

****

Yann Dourdet, professeur de philosophie

1. Sur mon assez grand écran, dans le salon mostly, via Netflix ou OCS. Parfois sur mon écran d'ordi Apple, assez grand aussi dans ma chambre, en ayant préalablement acheté la série comme un gros boloss au prix fort, sur I-Tune-Store.

Cette seconde solution est moins simple, car j'aime à méfu le soir quand je regarde une série (je n'en regarde jamais dans la journée),  et que je n'aime pas enfumer ma chambre.

2. Après dîner ou en rentrant d'une sortie (jamais la journée donc).

Il faut quelque chose de bien, ou de clairement divertissant selon mes inclinations (Walking Dead, mais aussi Daredevil, moins évidemment qualitatif), soit en cours sur OCS ou Netflix (abonné, mais je ne fais pas dans le streaming, j'achète même des séries sur I-Tune-Store).Faute de quoi, je ne regarde pas de séries pendant des semaines, voire des mois, et du coup, je lis un peu.J’ai une pratique très ritualisée, avec clopes, whisky (ou thé parfois quand même). Plus récemment, sur The Knick, avec cigares.

3. Celles de tout le monde j'imagine, et difficile qu'il n'y en ait pas deux, ni ces deux-là : The Sopranos et The Wire. À choisir, et c'est chaud : The Wire. Pourquoi ? Tu as écrit deux livres sur l'un et l'autre. Je t'y renvoie. Je les aime beaucoup tous les deux, mais plus celui sur The Wire. The Wire donne tellement, méthodiquement, à comprendre par le ciné une société et les rapports de domination, de consentement qui la rendent possible, que c'est une expérience totale.

4. Que Sense8 accomplisse quelque chose d'assez inouï et radical, synesthésique, phénoménologique, ne signifie pas du tout que ce soit "l'avenir du genre" en fait.

L'avenir commercial du genre est un modèle d'intégration au marché par les niches sans doute, genre Jessica Jones (pas nul, mais pas bon, mais prisé par le jeune) et par le mainstream d'un autre côté (Game of Thrones).

Merci à Pauline Soulat.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.