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Billet de blog 22 oct. 2021

L'Afrique doit s'unir ou le nouveau parti de Laurent Gbagbo

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo a lancé dimanche un nouveau mouvement, le Parti des peuples Africains de Côte d'Ivoire (PPA-CI), dont la direction lui a été confiée. L'arrivée de ce nouveau mouvement sur la scène politique a crée un certain engouement au sein de l'opinion. Mais qu'est-ce qu'il a de si novateur ce nouveau parti de Gbagbo?

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"Historique" nous disent-ils en parlant du Congrès constitutif du Parti des Peuples Africains de Côte-d’Ivoire (PPA-CI). Souvent, certains mots paraissent vidés de leur essence tant ils ont été usés dans le passé. Le procès de Gbagbo était historique, sa libération l’était tout autant. Son retour en terre natale le 17 juin 2021 a été incontestablement un moment historique. Le congrès constitutif du PPA-CI qui s'est tenu le samedi 16 octobre 2021 à l’Hôtel Ivoire n'a pas été simplement historique, il a incarné une certaine renaissance. 

Rares sont les hommes qui de nos jours réussissent à captiver leur auditoire de la sorte. Retranscrit en direct sur différentes plateformes numériques, le discours de Gbagbo transcendent les frontières. Lorsque le nouveau président du Parti des Peuples Africains de Côte-d’Ivoire (PPA-CI) se tient sur son pupitre, ils ne s’adressent pas qu'aux ivoiriens mais à l'Afrique dans toute sa diversité. En effet, il se veut porteur d’un flambeau transporté autrefois par d'illustres hommes l'ayant précédés tels que Thomas Sankara, Sékou Toure ou encore J.J Rawlings. 

Comme le FPI (Front Populaire Ivoirien), le PPACI est un parti socialiste et souverainiste mais ce qui en fait un mouvement novateur, c'est la prééminence de la question panafricaine. Son logo représentant deux mains entrelacées dans une carte de l’Afrique est le symbole de la visée panafricaine du nouveau parti.

Avant même que Gbagbo évoque Kwame N’Nkrumah, l'on perçoit dans ses mots l’écho des paroles que le leader ghanéen a prononcé le 24 mai 1963 à Addis-Abeba. Lors de son discours, Laurent Gbagbo affirme que malgré leurs ressources, les états africains sont trop petits pour rivaliser avec des grands blocs comme les Etats-Unis, la Chine ou encore l’Europe. 

Le panafricanisme n’est pas une utopie tout comme "l’Afrique doit s’unir" n’est pas un slogan. Premier à introduire l’idée des "Etats-Unis d'Afrique",  Kwame N’Nkrumah écrit l’Afrique doit s’unir afin de proposer des plans d'avenir pour l'édification et le développement d'une Afrique moderne, capable de jouer pleinement son rôle au niveau international. Pour le premier président du Ghana, la solution aux problèmes des pays africains ne peut qu’être trouvé dans l’unité africaine. 

C’est après avoir quitté la Cour Pénale Internationale de  La Haye que Laurent Gbagbo s'attelle à façonner le squelette de ce nouveau parti en puisant tant dans son histoire personnelle que dans l'Histoire. Son histoire personnelle est intrinsèquement liée à celle du FPI. C'est dans les décennies suivant la naissance du jeune état ivoirien que le FPI voit le jour. Afin de lutter contre la dictature du parti unique et de promouvoir le multipartisme, Laurent et Simone Gbagbo créent clandestinement un mouvement d’obédience marxiste-léniniste: le Front Populaire Ivoirien (FPI).  Au retour de son exil, lors du congrès constitutif des 19 et novembre 1988 que Laurent Gbagbo devient secrétaire général du FPI. Il se présentera par la suite à l'élection présidentielle du 28 octobre 1990.

Le PPACI est également crée à la suite d'un exil. Gbagbo a eu le temps de prendre du recul, de lire et de s’imprégner de nouvelles idées. Il a pu analyser la politique africaine et observer le mouvement des plaques tectoniques de la géopolitique. Les enjeux d'hier n'étant plus ceux d'aujourd'hui, créer un instrument politique adapté aux nouvelles réalités devenait indispensable. En plus d’être fractionné en son sein à cause des querelles de leadership, le FPI était trop nationaliste pour réussir à tendre la main à l’Afrique dans son entièreté.   

Pendant ces dix ans d’emprisonnement à La Haye, plusieurs soutiens ont émanés parmi les peuples africains. Il n'est pas uniquement question des ressortissants de l'Afrique de l’Ouest. En effet, plusieurs sud-africains, rwandais, centrafricains ou encore camerounais ont vu en Gbagbo le symbole de la lutte contre le néo-colonialisme et la Françafrique. Lorsque l'on parle de soutien de la part des peuples africains, l'on ne peut omettre le dynamisme de la diaspora africaine qui n'a pas hésité à marcher ou à se déplacer à La Haye voir "le Woody". Enfin, comme l’a évoqué Gbagbo lors de son discours, de nombreux états africains ont fait preuve de solidarité en acceptant d'accueillir des refugiés politiques ivoiriens sur leurs territoires .

Ce congrès se tient dans une période où les populations africaines réclament plus de liberté et de justice. En effet, les états africains sont pressés par une jeunesse en qui bout de nombreux idéaux. Outre cela, les gouvernements africains sont très instables. Pour ne citer que quelques exemples, Alpha Condé a été renversé par des putschistes le 5 septembre 2021au Tchad l’incertitude règne depuis la mort d'Idriss Deby et au Mali le gouvernement est fragilisé par les terroristes. Le nouveau parti de Gbagbo propose un panel de possibilités aux africains qui avaient perdu confiance en leurs gouvernements.

Même si la visée panafricaine est au premier plan, la création de ce nouveau parti s'inscrit dans un contexte national. Laurent Gbagbo veut unir les gauches afin de permettre au PPACI de se préparer pour les élections présidentielles à venir, celles de 2025.  En réalité, sa vision ne s'arrête pas à 2025. Il s’est rendu compte que le parti qu’il avait laissé était trop fragile et qu’il y avait pas vraiment de leaders pouvant rassembler. Son discours laisse entendre que ce parti sera  un organe de formation de futures leaders. Pendant ces prochaines années, Laurent Gbagbo tentera de structurer ce nouveau parti et à le légitimer aux yeux de l'opinion publique. Il se prépare à une sorte de "passation" afin de se retirer en paix. Même si Gbagbo a affirmé faire de la politique jusqu'à sa mort, il a laissé entendre qu'il quitterait les devants de la scène politique afin d'être un simple "militant". En fondant le PPACI , il a l’espoir de transmettre un héritage aux jeunes générations afin qu’elles puissent prendre en mains le destin de leur pays et de leur continent.

Il est vrai que les contours de ce nouveau parti restent flous et que nous ne savons pas exactement quelles politiques le PPACI comptent mener avec les pays africains mais nous pouvons tenter de de combler ce manque d'informations en nous appuyant sur ce qui a été proposé auparavant par les "pères du panafricanismes".

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