Gilets jaunes : vrais héros Avengers !

Noire, la misère de millions de sœurs et frères, Rouge, la honte sur ces mercantiles ministères, Vert, pour qu'enfin se manifeste l'espoir populaire, Jaune, lumière d'un nouveau matin révolutionnaire ?

Depuis quelques temps, comme un bon nombre de Français, je roule avec un gilet jaune bien en vue derrière mon pare-brise. Ce petit « geste » anodin est en fait un réel engagement. Et quand je bats pavillon jaune, je mets un point d’honneur à être exemplaire dans ma conduite, anticipant et respectant les traversées de piétons, les priorités à droite, laissant passer les autres usagers bloqués dans les files encombrées… Bref, j’essaie de rendre le monde meilleur, d’opposer une action bienveillante et un sourire aux situations compliquées, aux visages fermés. Parfois en retour je n’ai rien, parfois un regard interrogatif – tiens, peut-être les gilets jaunes ne sont-ils pas ces ignobles barbares qu’on nous dépeint à la télévision ? – quelquefois un signe de la main, d’un camarade sans doute, et plus rarement, mais quand même, quelque chose dans les yeux qui ressemble à une certaine gratitude mêlée d’encouragement et d’admiration, un message sans mots qui dirait en substance « Merci pour ce que vous faites. Continuez ! ». Et dans ces moments-là, de manière fugace et certes assez bêtement, je me sens je l’avoue un peu comme un Avenger… Un héros du quotidien. De ceux qui n’ont aucun super-pouvoir, si ce n’est l’amour et l’espoir. De ceux qui se tiennent debout malgré la peur au ventre quand ils savent la cause juste, quand ils reconnaissent l’oppression.

Car ce mouvement des gilets jaunes, quelle que soit son issue, est et aura été un mouvement insurrectionnel d’ampleur pour et par les citoyens de la République, relevant bien sûr de la multitude complexe qui fait la richesse d’une Nation, parfois gangrené par des idéologies identitaires que l’on préférerait laisser au sombre passé auquel elles appartiennent, mais surtout porté par les grandes valeurs humanistes, celles des Lumières, qui constituent notre devise, et dont l’essence a par trop été sacrifiée, oubliée. Pour beaucoup dont je suis, ce gilet jaune, davantage que le drapeau tricolore, sera désormais le symbole de l’appartenance à un Peuple. Un Peuple guidé par ses idéaux, sa volonté à se rassembler autour d’un horizon commun, cet horizon fût-il simplement le droit à un monde plus juste, à une vie digne et à un lendemain décent… Un Peuple qui peut se montrer violent, mais après tout, aux héros hollywoodiens n’autorise-t-on pas la force et la violence quand la cause l’exige ? Qui irait fustiger Captain America parce qu’il a envoyé valdinguer un adversaire à coups de poings ? Dans notre réalité plus glaçante que celle du cinéma, seules les institutions en place peuvent utiliser la force avec la conscience tranquille du devoir accompli et pour argument suprême celui de l’ordre public. Si l’ordre règne, pourquoi enfin se soucier de la Liberté, et qu’aurions-nous à faire de folies comme l’Egalité et la Fraternité ?

Ce Peuple et son symbolique gilet jaune incarnent la résilience qui nous caractérise, et la foi en un avenir meilleur que notre humanisme saura faire naître. Celles qui ont fait se lever les Résistants, l’armée des ombres, celles qui ont fait que notre Histoire n’est pas qu’une quasi-succession de hontes inavouables. Celles des citoyennes et citoyens qui ont, et pas seulement à l’occasion de discours ou bien d’élections mais au plus profond de leurs cœurs et de leurs tripes, en eux les principes sacrés de la République, jusqu'aux larmes s’il le faut.

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