Des vies noires mais des fêtes à venir…

Ces victoires et défaites, on les sent poindre à l’horizon. Victoire sur l’ancien monde, possible défaite face à ce qu’il aura engendré. Réflexions exploratoires et extrapolatives.

Le monde change, il l’a probablement toujours fait, mais pas toujours avec une telle vitesse. Parmi ces changements, certains seront à célébrer comme il se doit. Et peut-être au premier rang de tous faudra-t-il fêter la mort de l’ancien monde, de l’ancien ordre. Cette civilisation globalisée qui hiérarchise les individus, qui les discrimine, les catalogue, comme des marchandises.  Ce monde dans lequel la vie des uns a plus de valeur que celle des autres, dans lequel je ne te respecte pas car tu n’as pas réussi, parce que tu as moins d’argent que moi, que tu n’as pas eu ma chance. Celui dans lequel je ne peux pas t’aimer parce que ma famille et moi n’avons pas le même Dieu que toi, dans lequel je te méprise parce que tu es homosexuel ou parce que tu es une femme, en fait simplement parce que tu es différent, et que j’ai été programmé pour te détester… 

Et bien, n’en déplaise à certains, ce monde, ce havre des soumissions acceptées, est en train de crever. Il crève à petit feu, mais il crève. Cette société ultra-capitaliste, ultra-compétitive, ultra-inégalitaire, ultra-dogmatique, est en train de se disloquer, elle va imploser de sa propre folie. Partout sur la planète, des mouvements naissent, des initiatives, individuelles ou collectives, voient le jour et se développent, des étincelles subversives, comme une traînée de poudre. Les consciences s’éveillent, les esprits s’ouvrent, les paroles se libèrent. Les exemples sont légion et ces exemples créeront de nouvelles légions, celles d’une Humanité digne. Chaque fois qu’une personne se dresse face à l’injustice, chaque fois qu’une claque rougit la joue de l’intolérance, chaque fois qu’on aime envers et contre tout, chaque fois qu’on décide d’agir pour le bien, la lutte progresse. Elle sera longue et douloureuse à n’en point douter, pleine de retours en arrière et d’incertitudes, mais remplie aussi d’innombrables petites victoires et donc de petites ou de grosses fêtes, selon le goût de chacun. Les signes sont forts et j’ai de plus en plus la conviction que l’Humanisme triomphera, par l’accès au savoir, l’éducation, et le bon sens partagés. Les prochaines générations seront moins bornées, elles renverseront les élites et les doctrines asservissantes, les barrières des différences, et autant d’obstacles qu’elles le devront sur le chemin d’un meilleur vivre-ensemble.  

La question inquiétante est : en auront-elles le temps ? Car cet ancien monde, encore dramatiquement vigoureux, a semé les graines, non uniquement de sa propre destruction comme il aurait été de bon ton, mais d’une potentielle destruction totale. Que ce soit par les honteuses et ignobles armes d’annihilation massive aux mains déraisonnables des puissants ou bien par le dérèglement climatique global que notre débile soumission au Dieu Croissance a engendré, les années à venir pourraient voir le futur de l’Humanité basculer dans le néant. Et il ne s’agit pas ici d’élucubrations d’obscurs complotistes ou de scientifiques fous, les faits sont là et les dangers sont bien réels. Ceux qui viennent des puissants, de leur soif de pouvoir et de leur mépris pour la Vie, ont parsemé les siècles et n’ont plus à être démontrés, il faudra compter avec ça jusqu’à leur extinction, naturelle ou provoquée d’ailleurs. Et les dangers qui viennent de la Terre, ou plutôt de ce qu’on en a fait, sont déjà bien palpables. Il faut vraiment avoir des putains d’œillères pour ne pas voir que ça part en vrille à grande vitesse. Les Hommes pourrissent leur planète et vivent à crédit sur son dos, de ces dettes exponentielles qui ne se remboursent pas. Ou quand la bêtise suprême a pu faire croire que l’on peut jouer avec la réalité comme on joue avec la virtualité de l’argent, faire croire que dans le monde réel aussi on peut tout acheter, tout racheter, tout produire, toujours plus. Mais non, bientôt les ressources manqueront, les nappes se tariront, les étals seront dégarnies, et l’eau ne coulera plus de tous les robinets. Il faudra s’adapter, ou disparaître. Et que restera-t-il alors de ces progrès humanistes si durement acquis ? Que feront ces générations plus tolérantes, plus ouvertes aux autres et au monde ? Retourneront-elles à l’âge de pierre des comportements, laisseront-elles se déchaîner les démons qu’il aura fallu pour enfin les museler affronter des millénaires durant ? Ou bien au contraire se serviront-elles de ce pour quoi elles se sont vaillamment battues ?

Car après tout, quand ces temps viendront, quand la survie sera l’enjeu, ne suffira-t-il pas d’être un humain, quelles que soient sa couleur de peau, ses origines, ses convictions, ou ses orientations, pour être une sœur ou un frère ? Et la tolérance, la solidarité, et le partage ne seront-ils pas nos plus grands atouts ?

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