Ironie de l’Histoire : un vote néo-nazi pour contrer la domination allemande ?

Certains, dont je fais partie, avaient écrit à l’entre-deux-tours de la présidentielle 2017 qu’Emmanuel Macron n’était en rien un barrage à l’extrême droite mais plutôt un tapis rouge, à terme… Le terme vient-il d’échoir ou n’est-ce qu’un avant-goût ? Bien piètre barrage en tout cas s’il en était, la digue a vite cédé face à la flamme.

Est-il possible que ce que certains avaient évoqué en 2017 – à savoir que ce qu’on appelle la norme capitaliste ultra-libérale est en fait aussi extrême dans sa doctrine et ses applications que les soi-disant autres extrémismes, ignominieusement populistes ceux-là, et qu’elle est la cause principale de toutes les dérives car elle génère intrinsèquement des millions de laissés-pour-compte qui n’ont d’autres choix que de se tourner vers d’autres voix, parfois tout aussi diaboliques et mielleuses, mais différentes – eh bien oui, peut-être est-il possible que tout ça ait pu contenir un peu de vrai finalement ?!

Et à ce stade il serait facile de lancer un satisfait « Je vous l’avais bien dit » car après tout, je l’avais bien dit. Mais d’une part l’heure n’est pas à la satisfaction, bien au contraire, et d’autre part, l’analyse pour ces élections particulières mérite sans doute d’être un peu plus poussée. Penser que la France n’est qu’un putain de pays de racistes, d’antisémites notoires, que les collabos ont enfanté et répandu leurs gènes pathétiques d’ordures fuyardes serait en effet chose aisée. Peut-être est-ce le cas ? Mais le message n’est-il pas plutôt « nous sommes dégoûtés de cette Europe et nous votons pour ceux qui nous semblent en être les plus farouches opposants » ? Dégoûtés de cette Europe de la thune, tu marches ou tu crèves, de cette Europe soumise à l’économie de marché mondialisée, cette Europe des lobbys, des pesticides, de la mort de la Planète, cette Europe du nivellement social par le bas… Et puis dégoûtés de cette Europe dirigée par l’Allemagne un peu beaucoup quand même : incroyable ironie de l’Histoire, un vote résistant, un vote néo-nazi en France pour in fine contrer les Allemands dans leur domination ! 

Ce qui est dramatique au-delà des seuls résultats est que la participation à ces moments de vie démocratique soit si affreusement faible. L’enjeu de ce rendez-vous était pourtant évident, c’est l’Europe qui fait la politique générale des Etats vassaux, et le grand intérêt par rapport aux élections présidentielles ou législatives est que dans ce cas presque chaque voix compte puisque c’est un scrutin à la proportionnelle, comme cela serait souhaitable pour l’Assemblée Nationale. Ceci étant dit, cet échec de la Démocratie n’est ni surprenant ni illogique. Pour que le Peuple puisse exercer son pouvoir, car c’est bien le principe de cette dernière, il doit être composé d’individus libres, égaux et éclairés. Or la flambée récente, mais pas nouvelle, des lois, des violences, des forces liberticides, la flambée des manipulations, des mensonges, des privilèges, la flambée des inégalités, des misères, des précarités, la flambée de ce que coûte la vie, tout ça a un prix. Le maintien de l’ordre public sociétal dans cette immense injustice à ciel ouvert a un prix. Et ce prix c’est l’extinction de l’essence même de l’Individu.

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