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Billet de blog 20 mai 2014

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Reprendre la main, c'est possible, ce sont les militants des libertés numériques qui me l'ont appris

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'expansion phénoménale d'internet et de ses usages fait de la défense des droits et libertés numériques un enjeu essentiel. Le conseil constitutionnel rappelle dans sa décision du 10 juin 2009 « l’importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l’expression des idées et des opinions » et le rôle pris par les réseaux dans la géopolitique (printemps arabe, wikileaks...) ne peut plus être ignoré. Au quotidien, nous sommes confrontés à des entraves illégitimes (filtrages d'accès, DRM abusifs..) et nos données personnelles ne sont pas suffisamment protégées. Pourtant il est possible d'agir efficacement pour nous défendre dans ces domaines, comme depuis longtemps des citoyens très actifs sur les territoires numériques le font. Il est grand temps que bien d'autres citoyens et leurs représentants s'emparent aussi de ces problématiques.

Lorsque, déjà sensibilisée à certains enjeux du numérique, je me rends aux 10e Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, j'ai le privilège d'assister à une table ronde politique1 dont le thème est « Neutralité du Net, liberté d’expression sur Internet, le Paquet Télécom et la loi HADOPI ». Cette passionnante conférence, qui dura plus de trois heures, m'a bouleversée à plus d'un titre.

J'y ai appris comment de petits groupes de citoyens auto-organisés sont devenus les plus éminents défenseurs de nos libertés numériques, rien de moins. Ils m'ont montré qu'il était tout à fait possible d'apprendre le maniement des armes nécessaires pour mener ces combats : les processus législatifs. J'ai compris grâce à eux que c'était d'abord une question de courage et de ténacité, et qu'il était parfaitement possible de s'y atteler dans la bonne humeur. J'ai pu constater par leur récit à quel point notre démocratie est « malade » mais aussi que c'est bien quand même une démocratie : avec un gros effort des citoyens, il est possible que leurs intérêts prévalent.

Ce n'est pas un hasard si c'est dans le domaine numérique que cet exemple est à mon avis le plus emblématique. Technologies très récentes au développement fulgurant, peu d'hommes et femmes politiques et peu de journalistes ont une connaissance même basique de ces sujets, et l'on commence à peine aujourd'hui dans la population générale à considérer ces enjeux comme importants.

Bien sûr, beaucoup d'autres citoyens ou associations se sont battus pour faire prévaloir l’intérêt général auprès des décideurs, s'exposant même parfois bien plus (je pense aux faucheurs volontaires ou aux militants de Greenpeace par exemple), mais leurs combats ont en général un écho plus important auprès de beaucoup de citoyens. Alors qu'encore peu de « non geek » considèrent les libertés numériques comme fondamentales.

N'attendant donc que peu de relais des grands médias, les militants du numérique se sont concentrés sur ceux dont le métier exige qu'ils comprennent : nos dirigeants politiques, et particulièrement sur ceux censés représenter l'intérêt général, nos députés (nationaux et européens).

Plusieurs parlementaires de tout bord les ont écoutés, beaucoup d'autres non, mais personne n'a pu les ignorer. Utilisant tout l'arsenal des outils de communication numériques et n'hésitant pas non plus à passer leurs soirées à l'assemblée nationale ou à se déplacer à Bruxelles, c'est toute une communauté qui s'est démenée. Fonctionnant un peu comme un réseau, acentré, avec quelques « concentrateurs » et beaucoup de « périphériques », la communauté est plus résiliente, moins vulnérable. Car elle subit, corollaire de son efficacité, quelques pressions réelles (fins de contrats commerciaux mettant en péril la survie d'associations, menaces de coûteux procès en diffamation...). J'y ai participé, très modestement, et avec les outils dont je disposais, j'ai commis quelques vidéos pour faire connaître ces questions à un public plus large.

Et aussi "Libre à vous" une fiction documentaire sur le logiciel libre (16 min), visible par exemple .

Les récits de ces batailles, toujours en cours, comprennent des défaites et des victoires, sans cesse remises en cause les unes comme les autres. Cependant quelques jalons comme la reconnaissance par le conseil constitutionnel français que l'accès à Internet est indispensable à l'exercice de droits fondamentaux et le rejet massif par le parlement européen de l'ACTA en 2012 nous permettent d'espérer que l'on va « dans le bon sens », que la prise de conscience des enjeux s’opère, même s'il reste tant à faire.

La politique est l'affaire des citoyens et ils en sont capable s'ils s'en donnent la peine, comme les « geeks » l'ont démontré. Ces « citoyens-experts », connaisseurs qui deviennent « experts » parce qu'ils prennent le temps d'étudier à fond un sujet qui leur importe, s'avèrent souvent bien plus compétents que les parlementaires, même avec leurs assistants. Quel dommage qu'il soit en général si difficile pour ces citoyens d'avoir l'écoute attentive de leurs représentants.

Tant d'autres citoyens, seuls ou regroupés en associations, ont des solutions innovantes et crédibles à apporter aux problèmes de société auxquels nous sommes confrontés, et des propositions qui valent d'être sérieusement envisagées.

Aujourd'hui, l'ampleur des crises socio-économique et environnementale est telle, les mesures prises par nos gouvernants si inadaptées et celles qui devraient l'être si urgentes, que j'ai ressenti le besoin de m'engager en politique, d'abord en adhérant à ce parti résolument différent qu'est Nouvelle Donne puis en me portant candidate aux élections européennes. Afin d'agir à mon tour, pour les libertés numériques et bien au-delà, pour une Europe politique, sociale et démocratique, pour sortir de l’austérité et reprendre la main sur la finance, pour investir massivement dans les transitions écologiques indispensables. En exigeant de ses élus un strict non cumul des mandats, y compris dans la durée, afin qu'ils pensent à l'intérêt général et aux générations futures plutôt qu'à leur réélection, Nouvelle Donne privilégie l'intelligence collective et une réelle participation citoyenne. Ce qui est d'autant plus possible aujourd'hui avec un internet neutre et tant qu'il le reste, c'est donc pour moi une véritable priorité et je m'engage à y contribuer.

Signataire de la Charte des droits numériques et du Pacte du logiciel libre, Nouvelle Donne s’oppose à toute discrimination liée au support, au contenu, à l'émetteur ou au destinataire de tout échange de données sur Internet pour garantir sa neutralité, et votera au sein du Parlement européen, l’anonymat et le chiffrement, ainsi que la promotion des logiciels libres.

Merci à tous ceux qui ont défendu et défendent nos droits numériques, et qui m'ont montré qu'il ne faut pour cela que du courage et de la volonté.

1Extrait vidéo http://www.dailymotion.com/video/x9u6xq_rmll-2009-table-ronde-politique-neu_webcam Transcription intégrale : https://www.april.org/transcription-table-ronde-politique-des-rmll-2009

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