Metoo, George Floyd et les gilets jaunes.

Les Etats-Unis ont atteint une telle hégémonie culturelle qu'ils ne se contentent plus de nous exporter leur coca-cola et leurs séries, voilà qu'ils nous imposent les préoccupations qui traversent LEUR société. Il aura fallu Metoo et George Floyd là-bas pour que l'on s'interroge sur le harcèlement et le racisme ici. Bonne nouvelle ou imposture?

Qui se souvient du livreur Cédric Chouviat, mort lors d'une interpellation le 3 janvier 2020 à Paris? Même technique de plaquage au sol que dans l'affaire George Floyd, même vidéo insoutenable, même bavure ignoble. Mais pas la moindre manifestation ni le moindre policier suspendu . Car encore hier, les violences policières n'existaient pas. Elles ne deviennent réelles qu'aujourd'hui, grâce à un évènement surmédiatisé, survenu à des milliers de kilomètres. Idem pour le harcèlement sexuel, invisible en France avant Metoo.

Le traitement de l'information est-il à ce point délabré dans ce pays qu'il nous faille à présent des médias américains et un emballement des réseaux sociaux planétaires pour nous dessiller les yeux sur nos propres tares? Un dessillement de façade, probablement aussi éphémère que spectaculaire (comme tout buzz) et toujours aseptisé. Car tout le monde retiendra le calvaire de George Floyd, personne celui de Cédric Chouviat (ou d'Adama Traoré). La poutre là-bas, chez Trump, la paille ici.

La schizophrénie de nos médias est ubuesque. Avec bienveillance, ils relatent l'incendie du commissariat de Minneapolis ou le saccage de l'assemblée nationale à Hong Kong, justifiant ces révoltes par le racisme ou le fascisme d'Etat. Partout dans le monde, ils traquent à nouveau les oppresseurs, redorant ainsi leur blason de contre-pouvoir. Partout? Non. Lorsqu'il s'agit de la France, les chiens de garde du pouvoir resserrent les rangs. Spécialement si les révoltés ont le mauvais goût de brandir sans équivoque le seul drapeau réellement subversif : celui de la lutte sociale. Voilà pourquoi, à la moindre vitrine brisée, les gilets jaunes sont disqualifiés en ultra-violents racistes et fascistes, qui menacent la république et la démocratie. En vérité, c'est bien l'ordre établi qui, à défaut de l'être réellement, se sent menacé.

Discréditer un mouvement social en l'accusant de racisme ou ne pas voir derrière les discriminations raciales la composante sociale sont les deux faces de la même supercherie, du même non-dit. Jamais un noir ne serait contrôlé s'il se baladait en costard cravate à la Défense. De même, jamais une actrice au sommet de sa gloire -ie une actrice dont la position sociale est dominante- ne sera harcelée par un producteur-prédateur. Car les luttes sociétales, légitimes par ailleurs, ont la fâcheuse habitude de masquer la constante historique qui les englobe : la lutte des classes. Pire, elles éparpillent les revendications en affaiblissant la contestation, fournissent des contre-feux bien commodes et servent de soupapes au pouvoir pour faire redescendre la pression de la cocotte minute sociale.

 

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