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Billet de blog 12 mars 2022

Sommes-nous encore en démocratie?

Depuis le référendum bafoué de 2005, cette question taraude l'inconscient français. Eléments de réflexion...

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Début 2020, Emmanuel Macron s'offusquait que l'on puisse en douter : "Aujourd'hui s'est installée dans notre société – et de manière séditieuse, par des discours politiques extraordinairement coupables – l'idée que nous ne serions plus dans une démocratie, qu'une forme de dictature se serait installée. Nous sommes une démocratie. Mais allez en dictature ! Une dictature, c'est un régime où une personne ou un clan décident des lois."

Belle tarte à la crème que voilà! Selon Macron, il y aurait donc seulement deux tiroirs où seraient triées d'un côté "les démocraties" supposées toutes parfaites et interchangeables et de l'autre "les dictatures". Evidemment, avec une telle simplification, "puisqu'il existe des régimes pires que le notre, alors nous sommes en démocratie et eux en dictature". Circulez donc braves gens, il n'y a rien à voir!

Même raisonnement chez Jadot le simplet qui considère que "La Russie attaque LA démocratie". Or l'Ukraine est un des pays les plus corrompus du monde. Et ce pays a connu en 2014 un coup d'Etat puis un gouvernement composé d'un tiers de nazis (voir Olivier Berruyer ).  Porochenko, président de 2014 à 2019 est un proche de la mafia et son successeur Zelenski n'est pas non plus le chevalier blanc que l'on décrit (Zelensky piégé par les pandora papers). Bref l'Ukraine dans le même tiroir que nous, j'espère bien que non!

Certes la démocratie parfaite n'existe pas et n'a jamais existé. Pas plus que la dictature totale. Et la frontière entre les deux est assez flou. Mais surtout, ces catégories binaires n'embrassent pas toute la réalité. Car dixit Macron "un régime où une personne ou un clan décident des lois."  c'est à la fois un bon résumé de son quinquennat, mais aussi une définition de l'oligarchie, qui lorsque le clan en question est celui des puissances de l'argent s'appelle la ploutocratie.

Voici ce qu'en dit un autre Emmanuel, Todd : "les Européens ne sont pas en démocratie mais dans une oligarchie. Pourquoi ? Parce qu’on a affaire, non pas à des citoyens, mais à des électeurs dont les voix ne sont pas entendues comme en 2005 avec le référendum sur l’Union européenne.  Or que voyons-nous en Europe aujourd’hui ? Le peuple ne décide ni des lois, ni des candidats, ni du fonctionnement des institutions, ni des limites du pouvoir de ceux à qui il donne sa confiance. Pire, il n’est pas en capacité de se débarrasser des personnes qui ont trahi cette confiance".

Citons encore Todd qui en 2018 compare la Russie et l'UE : "Il est clair que les Russes peuvent s’informer à peu près, que le niveau de liberté de l’information n’est pas parfait, mais suffisant ; ils ont le droit de vote, et il y a des endroits où des maires hostiles au pouvoir sont élus. Dans l’ensemble, le gouvernement de Poutine fait ce que les Russes veulent. Je conclus en disant que selon ces critères de définition un peu stricts – considérant que la démocratie ce n’est pas être gentil et sympa – , je suis obligé de me demander si la Russie n’est pas plus démocratique que l’Union européenne où les résultats des votes ne sont pas appliqués".

Sa position, volontairement provocante, peut sembler incompréhensible, surtout dans le contexte actuel. Mais elle le devient si on réalise que la démocratie ne se résume pas à la liberté d'expression, qui n'est qu'un de ses nombreux attributs. La réduire à la liberté d'expression ou se cantonner sur un axe démocratie/dictature ne permet ni d'éclairer ni de critiquer notre situation actuelle. De même, il est inutile et vain de rechercher la dénomination la plus précise de notre régime politique (capitalisme autoritaire?oligarchie libérale? démocratie illibérale? démocrature? etc). 

Bien plus instructif est de mesurer l'évolution dans le temps du niveau de démocratie réelle. Quels sont les attributs caractéristiques de la démocratie qui sont respectés? lesquels ont été affaiblis? lesquels sont menacés? lesquels sont devenus virtuels et n'existent plus? En ce qui concerne la France, le moins qu'on puisse dire c'est que ce n'est pas beau à voir. C'est cela qu'il convient d'analyser.

Et ce sera peut-être l'objet d'un autre billet...

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