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Billet de blog 17 oct. 2021

L' « excellent » bilan économique de Macron

Un taux de chômage au plus bas et un pouvoir d'achat qui a augmenté comme rarement pendant ce quinquennat. Et ceci en dépit de la crise mondiale du covid. Incroyable ! Chapeau l'artiste. À moins que...

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Comment expliquer ces excellents chiffres claironnés par la macronie, alors que l'économie a tourné au ralenti pendant deux ans et que les pénuries sont encore légion? Un enfumage statistique pour dresser un bilan positif de Macron en vue de sa réélection. Une mascarade qui veut nous faire oublier que Macron est le président des riches et même nous convaincre du contraire, que les gagnants sont les pauvres. Comme disait Mark Twain, « Les chiffres ne mentent pas, mais les menteurs adorent les chiffres ».

Car rien n'est cohérent dans ces résultats. Par exemple sur le chômage, Eric Heyer, économiste à l'OFCE, remarque justement que nous produisons moins aujourd'hui qu'en 2019. Si le chômage diminue, alors les entreprises embauchent plus pour produire moins. Cela signifierait donc que la productivité décline en France. Or ce n'est ni souhaitable (ce serait une nouvelle catastrophique) ni même crédible  (notre appareil de production n'a pas été en partie détruit par des bombardements).

Mais rentrons un peu dans les détails.

1) Le pouvoir d'achat

Il aurait augmenté de 8% sur le quinquennat, deux fois plus vite que sous les deux quinquennats précédents, et les 10% les plus pauvres en auraient bien profité. Voici quelques éléments qui relativisent cette prouesse :

Cette étude ne tient pas compte de l'évolution de la démographie. En l'intégrant,  l'augmentation est de 5%, soit 1% par an, comparable aux quinquennats précédents. De plus cette étude est une prédiction à partir d'un modèle où l'inflation reste jusqu'en 2022 en dessous de 1,5%. Or elle est mesurée actuellement autour de 2,5% donc cette prédiction, même corrigée à 5%, est déjà caduque.

En découpant la population non pas en déciles mais en centiles, on s'aperçoit que les gagnants sont les 1% les plus riches. Et plus on affine, plus les gains des 0,1%, 0,01% etc.. des plus riches sont importants. Et si l'on observe les gains non pas en pourcentages mais en euros (1% de gain pour un pauvre représente peu par rapport à 1% pour un riche), alors les riches sont les ultra gagnants.

Et d'ailleurs, d'où viendrait cet hypothétique gain de pouvoir d'achat ? Pour les riches il n'y a pas de mystère, ce sont les mesures fiscales de 2017, qui ont justement valu à Macron son surnom de président des super-riches. Mais pour les autres?

Un premier volet est composé de mesures qui produisent un gain fictif. La baisse des cotisations salariales par exemple consiste à augmenter le salaire net des individus en piochant dans leur salaire brut. A terme, les salariés pourront ainsi dépenser leur gain de pouvoir d'achat pour obtenir des services autrefois "gratuits" : la santé, l'éducation etc... D'où les réformes de l'assurance chômage et des retraites .  Même chose pour la suppression de la taxe d'habitation qui en appauvrissant les collectivités obligera les citoyens à recourir au privé pour obtenir ce que les services publics n'assureront plus.

Le deuxième volet est cocasse. Il s'agit des milliards arrachés par les gilets jaunes et surtout du "quoi qu'il en coûte" qui a contraint Macron, comme tous les dirigeants du monde,  à abandonner provisoirement les dogmes sur l'endettement. Macron se gargarise donc de situations qu'il a entièrement subies et qui ont produit des gains de pouvoir d'achat qu'il n'aurait jamais concédés s'il n'avait été acculé de la sorte. C'est fort.

Jamais concédé... Pas tout à fait, soyons honnêtes. Car le troisième volet est une avalanche de cadeaux préélectoraux comme on en a jamais connu lors d'une campagne. A ce rythme, Macron pourra se présenter en avril comme le président des pauvres et des classes moyennes. Une fois élu bien sûr, la focale se portera à nouveau sur les dangers de la dette publique qu'il aura ainsi contribué à creuser. Et ceci  légitimera les saignées qu'il a promises dans la feuille de route envoyée à Bruxelles...

Une dernière remarque, fondamentale. Comme l'explique Philippe Herlin dans son livre Le pouvoir d'achat : le grand mensonge, en réalité le pouvoir d'achat régresse en France depuis au moins 30 ans. Car l'inflation est sous-estimée par l'Insee (*).  En appliquant cette correction, il est fort probable qu'il n'y ait eu que des perdants pendant le quinquennat Macron, excepté pour les 1% les plus riches évidemment.

2) Le chômage

Il serait à 7,6%, le taux le plus bas mesuré depuis 2008. Encore une fois relativisons.

Il y a bien sûr le bidouillage classique : on privilégie tantôt les chiffres de pôle emploi, tantôt ceux de l'Insee, on découpe en catégories A, B, C pour noyer le poisson, on change les règles pour créer des baisses artificielles etc... Le taux de chômage est tellement politique qu'il est trafiqué depuis longtemps.  Mais la période que nous avons traversée, avec la fermeture des pôles emploi et un chômage partiel massif, devrait nous inciter à prendre les chiffres du chômage avec encore plus de pincettes que d'habitude.

Ainsi, 200 000 personnes qui n'ont pas pu rechercher d'emploi à cause du confinement ont rejoint le "halo du chômage" et ne sont plus comptabilisés. Avec la réforme de l'assurance chômage, des milliers d'individus vont perdre leurs droits et disparaître également des statistiques. Lorsque les chômeurs seront tous SDF, on en aura enfin fini avec ce fléau qu'est le chômage... (**)

D'autre part le "quoi qu'il en coûte" a congelé l'économie. Certaines entreprises qui auraient fait faillite dans une période normale ont ainsi été maintenues à flots. Et les tribunaux de commerce,  fonctionnant au ralenti eux aussi, ont moins prononcé de liquidations. Moins de faillites= moins de chômeurs. Mais comme une bonne partie des aides publiques sont des prêts, de nombreuses entreprises sont sur-endettées et déposeront le bilan prochainement. Evidemment il serait préférable pour Macron que cela survienne après sa réélection...

(*) L'évolution du pouvoir d'achat se calcule en effet en soustrayant l'inflation à l'évolution des revenus. La sous-estimation de l'inflation a principalement deux causes : 1) le logement n'est pratiquement pas comptabilisé alors qu'il représente une part de plus en  plus importante du budget des ménages. 2) l'effet qualité : si le prix d'un jus d'orange augmente mais qu'il possède plus de vitamines, alors l'Insee considère que le jus d'orange n'a pas augmenté. Par contre si le prix du saumon baisse et qu'il perd des qualités nutritionnelles, alors l'Insee enregistre une baisse (exemples dus à Philippe Herlin).

Pour un gouvernement, cette sous-estimation possède de nombreux avantages : il peut annoncer de meilleurs chiffres sur le pouvoir d'achat, sur la croissance (qui se calcule aussi en soustrayant l'inflation), il peut baisser le Smic en prétendant le contraire (puisque le Smic s'ajuste sur une inflation fausse), idem pour le salaire des fonctionnaires (dont le salaire est en plus désindexé de l'inflation depuis de nombreuses années), etc... Mêmes avantages dans le privé où la modération salariale est plus aisée avec une inflation sous-estimée.

(**) Une des conclusions du monumental "La gouvernance par les nombres" d'Alain Supiot, est que les indicateurs mesurant des objectifs ont tendance à devenir les véritables objectifs. Le taux de chômage en est un bel exemple.

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