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Billet de blog 22 janvier 2026

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L’Union européenne à l’heure des défis gaulliens.

Le seul ennemi des trois empires en cours de constitution se nomme l’Union européenne. Celle-ci est agressée par la Russie de façon militaire, par la Chine de façon économique et par les Etats-Unis de façon culturelle, pour le moins. Elle est confrontée à un choix majeur : affirmer ses valeurs en disant NON, ou être réduite à observer les conséquences des jeux développés par d’autres.

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Du fait de sa tentative de coup d’état du 6 janvier 2021, la place de Donald Trump aurait dû être en prison, comme son compère Jair Bolsonaro au Brésil. Les Etatsuniens en ont décidé autrement. Son retour au pouvoir après l’élection de 5 novembre 2024, laissait craindre le pire aux Européens, qu’il s’agisse des enjeux diplomatiques ou de sa négation du changement climatique. Les résultats après un an de présidence vont au-delà de toutes les perspectives pessimistes. Il n’existe plus aucun levier permettant de contenir les lubies du personnage. Son entourage immédiat le vénère, le Congrès est exsangue, incapable d’exercer le moindre contrôle, la justice est systématiquement piétinée et il est peu probable que la Cour suprême soit en capacité de s’ériger en outil de contrôle. Ceci est le problème des étatsuniens. Ils ont, en connaissance de cause, choisi de réélire le personnage le plus douteux de leur histoire politique. Qu’ils fassent avec... En espérant qu’ils seront capables de se réveiller avant que leur Commander in Chief ne les conduise au gouffre et qu’ils se rappelleront que tout du long de leur histoire, le respect de leur constitution et la démocratie faisaient leur fierté.

Les défis posés par cette nouvelle donne internationale sont multiples et imposent de s’opposer de manière frontale dans plusieurs registres.

Dire NON aux négociations commerciales, plus incohérentes les unes que les autres, imposées par Donald Trump. Il aurait fallu l’humour de Charlie Chaplin pour démonter le comique absurde de ses revirements permanents sur les niveaux de taxe (15 %, 20 %, 200 %, …) avec mise en scène dans le bureau ovale et deux ou trois conseillers bras croisés qui approuvent en arrière-plan. Sommet du ridicule... Face à cela, l’Union européenne a cherché à réagir de façon calme et rationnelle, en négociant un accord global, le 27 juillet 2025. Raté. La négociation d’un jour est remise en cause le lendemain, sans la moindre logique si ce n’est celle du bras de fer permanent. Il devient donc urgent d’utiliser les outils de coercition économique dont l’Union européenne s’est dotée, mais dont elle hésite à se servir. Quand ni la raison, ni le respect ne fondent les négociations, il est indispensable d’appliquer des méthodes dures, prévues dans l’arsenal légal européen, même si celles-ci auront un coût.

Dire NON aux ingérences dans la législation sur le numérique, en l’occurrence, le DSA (Digital Service Act) adopté par le parlement européen le 19 octobre 2022 et entré en vigueur le 17 février 2024. Les normes appliquées sur le territoire européen heurteraient les intérêts des grands groupes du numérique américain et limiteraient la manière dont sont diffusés les contenus sur leurs plateformes. La liberté d’expression est donc mise en avant par Donald Trump pour fustiger la manière dont les Européens édictent des règles pour leur propre territoire et sont susceptibles d'imposer des sanctions. Il est clair que dernière cet argumentaire se joue une guerre des normes, un rapport de force où tous les coups seront utilisés pour faire plier les Européens. Le sort réservé à Thierry Breton, ancien commissaire au Marché intérieur de l’UE, interdit d’accès au territoire étatsunien, est révélateur des pratiques d’intimidation mises en œuvre par l’administration de Donald Trump et de la conception même de la liberté d’expression. Celle-ci ne vaut que dans le sens de la diffusion des obsessions du gourou qui préside les Etats-Unis.

Dire NON aux revendications territoriales de Donald Trump. L’argumentaire visant à acquérir le Groenland est révélateur d’une nouvelle relation avec ses anciens alliés. Donald Trump prétend que le Danemark ne saurait faire face seul aux menaces qui pèseraient sur le Groenland. Cet argument est absurde, la défense du Groenland est déjà prise en charge par l’OTAN et les Etats-Unis y disposent d’une base, celle de Pituffik. En fait, il est possible d’en déduire que selon Donald Trump, les Etats-Unis sont dorénavant dissociés de l’OTAN. Ceci justifierait selon lui que le Groenland passe sous contrôle étatsunien. Il n’y aurait donc plus que le Secrétaire général actuel de l’OTAN, Mark Rutte pour croire encore à l’avenir de cette organisation, en ajoutant au passage quelques incompréhensibles louanges dithyrambiques pour « l’incroyable » Donald Trump. Pour résumer, soit L’OTAN existe encore et dans ce cas, l’organisation assure la protection du Groenland, soit cette organisation est moribonde et dans ce cas, c’est aux Européens d’en prendre la défense, même contre les Etatsuniens.

Dire NON au « Conseil de la paix » créé le 15 janvier 2026. Cette invention, sortie du chapeau par Donald Trump, initialement pour gérer la situation à Gaza, prétend régler les problèmes internationaux dans le monde en se substituant aux Nations Unies. Que l’ONU ait montré à de nombreuses reprises ses limites, c’est un fait. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une architecture reposant sur une Charte validée par les différents pays et sur laquelle il serait possible de s’appuyer pour renforcer le rôle de l’organisation. Quel est cet objet non identifié, nommé « Conseil de la paix » ? Décidé par Donald Trump et conçu à sa main, il ne repose sur aucune négociation préalable.  Au sein de ce pseudo organisme international, Donald Trump serait le seul à disposer d’un droit de véto. Autant dire qu’il s’agit d’un outil d’influence diplomatique à usage strictement personnel. L'initiative de Donald Trump ne contribue qu'à davantage fragiliser l'ONU, sans apporter de solution crédible. A ce jour, aucun pays de l’Union européenne, si ce n’est la Hongrie de Victor Orban, n’a souhaité rejoindre ce « machin », dont la Chine serait d’office exclue, mais pas la Russie de Vladimir Poutine. Il est intéressant de constater qu’à ce jour, les pays ayant accepté de s’associer à cette initiative ne sont pas ceux fournissant le plus de garanties démocratiques.

Les actions erratiques de Donald Trump doivent conduire les Européens à un changement de paradigme dans leur relation aux Etats-Unis. Dans leur cas, les valeurs qu’ils défendent reposent toujours sur la démocratie, l’Etat de droit, le respect des règles internationales et la confiance dans la rationalité scientifique. Ces valeurs ne sont pas devenues obsolètes du jour au lendemain et continuent à motiver de multiples populations, hors d’Europe. Que les Etatsuniens aient choisi de s’éloigner de ces repères fondamentaux en confiant leur destin à une personnalité obnubilée par son seul égo, ne peut les conduire à suivre les divagations de ce dernier. Du fait de leur propre histoire, faite de respect, mais aussi de défiance vis-à-vis des Etats-Unis, les Français sont probablement mieux armés que d’autres pour affirmer leurs refus des dérives engagées par Donald Trump. Pour l’Union européenne, ces défis engagent son existence même, mais vont au-delà de son propre sort. Des conséquences des nouveaux rapports de force résulteront les orientations globales pour le monde du XXIe siècle. La capacité de l’Union européenne à s’opposer aux errements de Donald Trump devrait par conséquent en inspirer d’autres. Tout du moins, est-ce le pari qu’il est devenu indispensable de faire.

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