Les antibiotiques pour lutter contre la surinfection bactérienne

« Les antibiotiques, c’est pas automatique ». Quasiment tout le monde aujourd’hui connaît ce slogan. Il fut lancé dans l’Hexagone il y a 17 ans par l’Assurance maladie dans le but de diminuer la consommation d’antibiotiques en cas d’infections dues à des virus. Les équipes l’IHU Méditerranée souhaitent modérer cette perception.

Les antibiotiques, parfois considérés inutiles, mais…

La résistance aux antibiotiques, info ou intox La résistance aux antibiotiques, info ou intox

En effet, l’argument de l’Assurance Maladie paraît irrécusable : la prescription désorganisée d’antibiotiques pourrait être à l’origine de l’augmentation de la résistance aux bactéries. De plus, les virus à l’origine de certaines infections de la respiration (comme la grippe, le rhunovirus…) ne sont en sensibles aux antibiotiques. Il n’est donc pas utile de faire des ordonnances d’antibiotiques lors d’une infection virale. Même, cela pourrait être dangereux. L’ IHU Méditerranée Infection revient sur ces arguments.

Les contre-arguments de l’IHU Méditerranée

L'IHU Méditerranée de Marseille L'IHU Méditerranée de Marseille

Les équipes de Didier Raoult commencent par avancer que rien ne prouve que la prescription d’antibiotiques par un médecin ait la moindre incidence sur la résistance à ceux-ci. La prise d’antibiotiques dans des environnements clos – comme des hôpitaux, ou des élevages – peut exercer une pression sélective. Cette pression aurait tendance à favoriser le développement de souches résistantes. Mais, dans le cadre de la médecine au quotidien, de la médecine de ville, la pression n’est absolument pas assez forte pour que ces mêmes souches puissent se développer. L’IHU Méditerranée peut le confirmer à l’aide d’analyses de terrain que les équipes étudient toutes les semaines. Cela représente des tests sur 100 000 souches.

Le risque de surinfection

La présence de virus peut favoriser des co-infections. Celles-ci sont causées par des bactéries, qui peuvent être mortelles. Par exemple, on sait que la majorité des victimes de la grippe espagnole avait été touchées par des surinfections bactériennes. Ces deux dernières semaines, 5 personnes sont décédées à cause de surinfections à streptocoque sur grippe dans la Région Provence Alpes Côte d’Azur. Cela comprend une jeune fille de 13 ans. Le fait qu’un virus soit présent n’est pas en opposition avec la présence d’une bactérie. Au contraire, cela la favorise.

Cela prouve qu’il est important de donner des antibiotiques aux patients qui ont eu une infection sévère dû à un virus respiratoire. Surtout si les patients ont des maladies sous-jacentes.

Les données épidémiologiques concernant la 5ème semaine de l’année démontrent une urgence. L’AP HM (l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille) a comptabilisé plus de 400 grippes durant cette 5ème semaine, ainsi que 24 infections à virus respiratoire, et 80 rhinovirus. Tout cela en 7 jours.

Au même moment, l’IHU Méditerranée a prélevé chez des patients de la Région un nombre important de bactéries que l’on associe aux infections respiratoires virales. Par exemple, les streptocoques, les pneumocoques…

 

Pour conclure, l’IHU Méditerranée avance que la présence d’une infection respiratoire due à un virus ne doit pas nécessairement empêcher la prise d’antibiotiques. En effet, la présence de l’infection a tendance à favoriser la prolifération des surinfections bactériennes.

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