L’IHU Méditerranée Infection sur la résistance aux antibiotiques

L’IHU Méditerranée Infection, à Marseille,  est un institut de recherche spécialisé dans la lutte contre les maladies infectieuses. C’est un pôle de recherche important, aussi bien au niveau national qu’international. Récemment, l’IHU Méditerranée a publié une étude contredisant les prédictions alarmistes concernant les antibiotiques.

L’augmentation de la résistance aux antibiotiques, une « fake news »

Résistance antibiotiques © Didier Raoult Résistance antibiotiques © Didier Raoult

Des présages pessimistes alertent depuis quelques temps : nous serions plus résistant aux antibiotiques ces 15 dernières années.

Fin 2018, l’ IHU Méditerranée de Marseille a publié une étude effectuée sur près de 100 000 bactéries isolées chez les patients des centres hospitaliers de la ville. Les données ont été claires : il n’y a aucune augmentation de la résistance aux antibiotiques sur les 15 dernières années. Une nouvelle étude, également dirigée par l’IHU Méditerranée, vient contredire ces prédications catastrophiques.

Un partage d’informations erronées

Effectivement, ces dernières années, les chercheurs ont effectué des analyses qui se basent sur des mathématiques et des prévisions statistiques. Sans faire preuve de modération, ils accusent la résistance aux antibiotiques de provoquer un grand nombre de morts. Ils évaluent ces décès à 12500 juste dans l’Hexagone.

Les chiffres partagés ont beaucoup été repris par la presse, ainsi que par des politiques. Mais leur véracité n’a jamais été remise en cause. En 2018, une analyse a été publiée dans le célèbre média The Lancet Infectious Diseases. Dans cette étude, on apprenait que la résistance aux antibiotiques provoquait un peu plus de 5500 décès par an en France.

Mais ces études, bien qu’ayant l’air très complexes, ne sont pas en phase avec la réalité sur le terrain. Certaines estimations paraissent peu fiables. La microbiologie est un sujet complexe. Il n’existe aucun chercheur ou scientifique qui ne soit capable de se contenter de prévisions mathématiques. Afin de prévoir des estimations exactes, il est nécessaire d’utiliser des données réelles.

Les résultats de l’IHU

Résultats de l'IHU Marseille © Didier Raoult Résultats de l'IHU Marseille © Didier Raoult

Dans le but de fournir de vraies estimations, quatre membres de l’AP-HM (Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille) et de l’IHU Méditerranée ont envoyé un questionnaire à 350 praticiens en soins intensifs. Didier Raoult (microbiologiste), Jean-Marc Rolain (pharmacien), Marc Leone (réanimateur) et Yanis Roussel (doctorant) sont parvenus à des résultats formels. Sur 250 retours, 90% des réponses des services comptabilisaient moins d’un mort tous les 2 ans à cause d’une résistance aux antibiotiques. 42%, quasiment la moitié, en comptaient 0.

Les résultats ont été annoncés dans le journal The Lancet Infectious Diseases, dans la catégorie « Correspondance ». Ces chiffres sont la preuve d’une réelle déconnexion entre les analyses estimées et les analyses modélisées.

Mettre fin à cette déconnexion des résultats

Pour les équipes de l’IHU Méditerranée, le seul moyen de mettre un terme à ces contradictions est le suivant : instaurer un registre des décès liés aux bactéries « multi-résistantes ». Cela permettrait de mieux cerner les menaces authentiques, mais surtout de ne pas s’attarder sur des menaces imaginées par des statisticiens.

Les Ministres de la Santé et de la Recherche Scientifique ont annoncé un plan afin de lutter contre la résistance aux antibiotiques. Aux yeux de l’IHU Méditerranée Infection, cela serait l’occasion d’instaurer ce réseau. Cela aidera tous les scientifiques et chercheurs à définir les stratégies pour lutter, pour soigner. Cela améliorera l’état des patients, ainsi que l’état du système de santé.

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