Séminaire à l'IHU Méditerranée Infection sur la rougeole, problème de santé publique

Autour de la polémique sur le vaccin contre la rougeole, Yanis Roussel interview Didier Raoult, le directeur de l'IHU Méditerranée Infection.

La première question concernant cette polémique : faut-il faire les vaccins contre la rougeole ? La réponse de Didier Raoult est, bien entendu. La question que se pose le scientifique est la suivante. Est-ce que la maladie de la rougeole qui se développe actuellement est due à des gens qui sont devenus fous à cause leur peur de l'autisme ou provient-elle de raisons plus complexes ?

Le professeur ajoute qu'il n'est pas question de revenir sur le vaccin tel qu'il est disponible maintenant. Il faut faire le vaccin contre la rougeole, les oreillons, la rubéole... 

Les épidémies de rougeole

Rougeole et santé publique : nous avons le droit d'être intelligents © IHU Méditerranée

Yanis Roussel interroge sur les épidémies de rougeole qui reviennent chaque année dans le pays. Qui sont les personnes atteintes ? Que se passe t-il ? Didier Raoult rassure : les français ont tendance à dramatiser leur situation. Les épidémies de rougeole n'ont pas lieu qu'en France. L'opinion publique avait l'espoir que la rougeole disparaisse durant le XXe siècle. Cela n'a pas été le cas. La maladie réapparaît partout après avoir quasiment disparue, en particulier du fait des migrations. Il existe aujourd'hui des cas de rougeole en Asie, en Afrique, en Europe...

Cela, y compris dans des zones où la couverture vaccinale est très élevée, comme en Mongolie ou au Portugal. La maladie n'est pas seulement due à l'hostilité au vaccin, mais au fait qu'il y a quelque chose qui est moins simple que ce que l'on croyait il y a quelques années.

Couverture vaccinale

Rougeole, quelle couverture vaccinale ? © IHU Méditerranée Rougeole, quelle couverture vaccinale ? © IHU Méditerranée

Yanis Roussel revient sur le chiffre de la couverture vaccinale "idéale" de 95%. La question est la suivante : en France, s'en rapproche t-on ? Ou s'en éloigne t-on ? Le professeur Didier Raoult répond qu'il est compliqué de baser ces modèles sur la réalité, car la rougeole est une maladie qu'on ne peut pas prédire. Par exemple, certains patients qui ont été vaccinés contre la rougeole, qui ont des anticorps de rougeole et qui développent la maladie. Cela prouve qu'on ne peut prédire cette maladie. Les gens en France atteints par la rougeole sont à 80% des personnes qui n'ont pas été vaccinées. Parmi ces 80%, 40% ont moins d'un an. Il n'y avait donc pour eux aucune recommandation vaccinale car en France, la recommandation pour les enfants est recommandée à partir de 1 an (dans beaucoup d'autres pays, cela est plus tôt).

Didier Raoult pense que l'efficacité du premier vaccin est surestimée. Nombre de personnes ne font que le premier vaccin. Didier Raoult va plus loin en préconisant que pour le personnel de soin, il devrait y avoir un rappel de vaccin tous les 5 ans. En effet, le risque est 18 fois plus important pour eux d'attraper la rougeole. Et, du coup, de transmettre la maladie aux patients avec qui ils sont en contact.

Un vaccin moins efficace que ce que l'on pensait

Le vaccin est moins efficace que ce que nous croyions au départ, y compris contre le virus même. L'autre phénomène que l'on voit apparaître est que ces virus sont vivants, un peu comme le virus de la grippe. Comme cela fait plusieurs décennies que l'on utilise la même souche, il apparaît des mutants de ce virus de la rougeole qui sont moins sensibles à la vaccination que d'autres. 

La rougeole chez les enfants

Quelles pistes pourraient-on explorer pour lutter plus efficacement contre la rougeole ? Pour Didier Raoult, le risque principal se situe chez les enfants les plus petits. 40% des rougeoles actuelles atteignent les enfants de moins de un an. Il faut donc réfléchir au problème des enfants en collectivité. Les éco-système changent (les enfants vivent en collectivité de plus en plus jeunes), il faut donc changer de stratégie.

Aussi, la rougeole se manifeste sous une forme plus grave chez les tout petits. Il faut donc se demander s'il ne faudrait pas vacciner les enfants qui vont en crèche. Le risque d'infection virale est plus fort lorsqu'ils n'ont plus la protection des anticorps de leur maman.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.