Le pauvre ministre Blanquer ne sait plus à quel sein se vouer. Il a beau faire preuve de pédagogie, changer les termes en passant de "normal" à "républicain", afficher une bonhommie de représentant de commerce: rien n'y fait. le voilà constamment renvoyer dans les cordes d'un discours décrypté comme réactionnaire et liberticide. Le brave homme cherche pourtant par tous les moyens à s'en défendre mais il se retrouve clouer au pilori victime de son âge et de son look de mâle chauve quinquagénaire. Car, évidemment, à cet endroit, il n'est question que d'apparence et d'aérodynamisme médiatique. L'exercice consisterait à épouser la courbe ascensionnelle du jeunisme bon teint qui traverse notre société essoufflée en quête de rénovation. Blanquer est dépourvu: il n'a que l'ENA comme repère et pas assez de connections dans la fashion sphère. Il faut le comprendre: question nombril il a déjà suffisamment à faire avec le sien et celui de son bon président sans s'en rajouter.
Il n'avait pas prévu non plus que sa "réforme" passerait par le crop top et la longueur de la mini-jupe ou du short unisexe. Il se retrouve donc face à un véritable problème de dimension quant au costume à endosser. Doit-il sévir ou laisser faire en se délestant auprès des chefs d'établissements habitués en la matière à un pragmatisme de bon aloi?...Le bougre pencherait bien en son for intérieur pour la seconde solution en prônant avec zèle un attachement sans frein à la décentralisation synonyme de débrouillardise des agents de terrain.
Oui mais voilà, le haut fonctionnaire d'état qu'il incarne se rend bien compte que ces histoires de longueur cachent bien plus que de simples découvertes de peau; c'est donc de la mesure qu'il faut convoquer. Et dans "ce sens de la mesure" réside finalement tout l'objet de ce pseudo débat apparenté comme le disait Camus à de la "violence confortable" n'engendrant aucun risque ni aucune remise en question de la part de celui qui la commet. Car il est comique (pour ne pas dire pathétique) de voir la bourgeoise adulte monter au créneau pour défendre ses ouailles adolescentes en proclamant son soutien sans faille à la liberté d'expression d'une jeunesse en péril malmenée par l'oppression patriarcale. Il serait question de féminisme, de protection des droits de la femme, d'aide à l'affirmation des personnalités de nos enfants...On en vient presque à se culpabiliser de rester insensible à une telle démonstration de solidarité intergénérationnelle. Ça se voudrait beau, plein d'empathie et rempli d'une lucidité de lanceuse d'alerte. Malheureusement ce n'est que démagogique et bien trop court (du point de vue intellectuel cette fois).
À l'heure où certaines militent âprement à la sauvegarde de notre monde ou aux ravages du mariage forcé et de l'excision, un certain nombre de nos adolescentes choisissent, elles, de s'agacer pour avoir le droit de sexualiser à outrance leurs tenues vestimentaires à l'intérieur de l'enceinte scolaire...Chacune son truc me direz vous. Mais cette affligeante revendication se voit soutenue par des mamans et des papas uniquement soucieuses et soucieux de copinage, ne perdant pas une occasion d'afficher avec ostentation une soi-disant "ouverture" leur garantissant une jeunesse d'esprit au travers d'une tolérance de pacotille. Ce positionnement parental s'avère néanmoins très fâcheux parce qu'il ne représente qu'une immaturité galopante et une absence de responsabilisation des adultes se traduisant par une résistance chronique à la définition d'un cadre jugé viscéralement oppressant. Bien sûr, cette "attitude" se paye au prix fort du côté de ceux qui ont pour mission d'éduquer et de continuer à tenter de sanctuariser les lieux de scolarisation en tant qu' endroits d'apprentissage et d'évolution des comportements humains.
Alors, certes, on peut taper sur l'austérité et s'élever contre l'aspect rétrograde de l'institution; il n'en reste pas moins que c'est la meilleure façon de cultiver les esprits. Il serait ainsi grand temps de réintégrer le pédagogue au milieu du village (en faisant taire les parents) pour qu'il puisse se remettre à oeuvrer dans de bonnes conditions. Car il faut bien reconnaître que c'est à lui de gérer au quotidien les dérives de tous ordres d'ados récalcitrants. Le risque encouru (et de plus en plus prégnant) est de le voir devenir démissionnaire face aux objectifs incontournables devenant insurmontables.
On évitera donc de donner un blanc seing à de jeunes apprenantes en mal de goguette. On leur demandera plutôt de se remotiver du côté du travail à accomplir et de la concentration à développer après des mois de lâcher prise. Pour cela on pourra faire référence à Barbara, Gisèle Halimi, Juliette Gréco et bien d'autres qui n'ont jamais eu besoin de montrer un quelconque nombril en public pour affirmer grâce, caractère et détermination. Autre époque dira-t-on?...Non, juste la culture d'un lien intemporel entre l'individu et l'élévation de ce qu'il est. Il faut savoir faire taire les glapissements des midinettes pour les orienter vers le "Métier de vivre".
En cela, nous les mettrons solidement à l'abri du jugement sexiste tel que le définissait Molière: "Toute l'intelligence que son esprit n'a pas, quelque malin génie l'aura placé plus bas"...et elles nous en seront reconnaissantes pour toute la suite de leur parcours existentiel. Ne pas hésiter à prendre le risque d'apparaître impopulaire auprès des esprits en formation. Plus que d'un choix, cela relève à l'heure actuelle d'une absolue nécessité.