Toni Negri. Travail vivant contre capital

Pour penser l’agency des classes subalternes, Toni Negri part du capital. Au cœur de ce concept se trouve « un rapport qui implique – dans et contre le capital – le développement, la rupture et la recomposition permanentes du commandement capitaliste (le capital constant) et la résistance des sujets mis au travail (le capital variable, le travail vivant) ». Compte rendu.

https://journals.openedition.org/chrhc/14351

Si l’œuvre d’Antonio Negri est connue et débattue en philosophie, en sciences politiques ou encore en économie, le constat de son faible écho s’impose dans le champ de l’histoire. Cette réception absente est pourtant paradoxale, tant certains problèmes abordés par Negri offrent des pistes à explorer pour une lecture renouvelée de l’histoire, notamment celle des rapports de domination et des luttes pour l’émancipation.

Couverture du livre publié aux Editions sociales, 2018. Couverture du livre publié aux Editions sociales, 2018.

Ce livre offre en ce sens une introduction stimulante à une œuvre qui tente de saisir la problématique de l’agency révolutionnaire, c’est-à-dire de la capacité de sujets historiques à agir pour l’émancipation. Composé d’un entretien et d’une conférence au séminaire « Lectures de Marx » à l’ENS-Ulm en 2018, ce livre revient sur de nombreux thèmes présents dans l’œuvre de Negri. L’entretien retrace le parcours intellectuel et politique d’une figure-clé de l’« opéraïsme » italien des années 1960, alors que la conférence condense son analyse de la phase actuelle du capitalisme et des traits spécifiques des luttes de classes contemporaines. Des photographies en noir et blanc accompagnent l’entretien pour illustrer ce parcours. Le travail éditorial des Éditions sociales fournit des ressources importantes : une bibliographie riche et commentée pour des prolongements possibles et des notes en bas de page utiles, donnant accès aux personnages, aux concepts et aux événements discutés.

Pour penser l’agency des classes subalternes, Negri part du capital. Au cœur de ce concept se trouve « un rapport qui implique – dans et contre le capital – le développement, la rupture et la recomposition permanentes du commandement capitaliste (le capital constant) et la résistance des sujets mis au travail (le capital variable, le travail vivant) » (p. 102).

À l’encontre des philosophies de la liberté, Negri montre que la lutte des classes est déterminée historiquement par des rapports de production, de même qu’inversement, les formes et l’issue des luttes restent ouvertes aux contingences de l’agir, sans téléologie ni certitude. En actualisant ainsi l’approche marxiste de l’histoire et de la conflictualité politique, Negri offre une alternative féconde aux oppositions exclusives qui irriguent les débats des sciences sociales : déterminisme/contingence, processus/événement, classes/individus, etc.

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Toni Negri et Michael Hardt à Madrid, 2011. Source: Wikimedia Commons. © DarkMoMo Toni Negri et Michael Hardt à Madrid, 2011. Source: Wikimedia Commons. © DarkMoMo

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