Dipa Arif

Collaborateur de Justice et Paix France, militant des droits humains, observateur indépendant et autodidacte passionné de la vie politique indonésienne.

Abonné·e de Mediapart

485 Billets

0 Édition

Billet de blog 8 juillet 2025

Dipa Arif

Collaborateur de Justice et Paix France, militant des droits humains, observateur indépendant et autodidacte passionné de la vie politique indonésienne.

Abonné·e de Mediapart

Ne jamais être complice de l’injustice

Refuser toute complicité avec l'injustice est un devoir éthique et politique. Dans un monde marqué par l'oppression et l'indifférence, choisir de ne pas se taire, de résister, d'agir en conscience, c’est préserver notre dignité commune et tracer la voie vers une société plus juste.

Dipa Arif

Collaborateur de Justice et Paix France, militant des droits humains, observateur indépendant et autodidacte passionné de la vie politique indonésienne.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ne jamais être complice de l’injustice : une exigence de dignité et de liberté

“Ce n’est pas parce que les choses sont injustes qu’il faut les accepter, mais précisément parce qu’elles le sont qu’il faut les combattre.”

— Simone Weil

La complicité silencieuse : une trahison morale

Face à l’injustice, la première tentation est souvent celle du silence. Ne pas se mêler. Ne pas réagir. Ne pas se positionner. Pourtant, le silence n’est jamais neutre : il est toujours interprété, et souvent exploité. Comme l’a démontré Hannah Arendt dans son analyse du totalitarisme, le mal ne triomphe pas uniquement par la violence, mais par la passivité de ceux qui regardent sans agir. Être complice ne signifie pas nécessairement commettre l’injustice ; c’est parfois simplement permettre qu’elle se produise, en détournant le regard.

L’histoire du XXe siècle regorge de tragédies qui auraient pu être évitées si davantage d’individus avaient refusé d’être complices. La Shoah, l’apartheid en Afrique du Sud, les génocides au Rwanda et au Cambodge, ou plus récemment les nettoyages ethniques en Birmanie ou la répression coloniale en Palestine ou en Papouasie occidentale — tous ces crimes ont été facilités par des majorités silencieuses, paralysées par la peur, l’indifférence ou le conformisme.

L’injustice systémique : quand la société fabrique la complicité

Nous ne vivons pas dans des mondes neutres. Les institutions, les États, les médias, l’éducation — tout peut être instrumentalisé pour normaliser l’injustice. Le racisme systémique, la colonisation, l’exploitation économique ou l’exclusion des minorités ne sont pas le fruit du hasard. Ce sont les conséquences de choix politiques, souvent maquillés en nécessité ou en ordre naturel.

Dans de tels systèmes, refuser la complicité devient un acte de résistance, car cela signifie remettre en question ce que beaucoup prennent pour acquis. Dire que des vies valent moins que d’autres. Que certaines voix peuvent être ignorées. Que certains peuples peuvent être dominés au nom du progrès. Résister à l’injustice systémique, c’est dénoncer ces logiques profondes qui permettent au pouvoir de se maintenir au détriment de la dignité humaine.

Albert Camus écrivait dans L’Homme révolté : « La révolte naît du spectacle de l’inhumanité. » Celui qui se révolte, loin d’être un fauteur de trouble, est au contraire celui qui restaure la vérité du lien humain. Il refuse de participer au mensonge collectif, à la négation de l’autre. C’est un acte profondément politique et éthique à la fois.

La responsabilité individuelle dans un monde globalisé

Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes témoins de l’injustice à l’échelle mondiale. Grâce aux technologies, aux réseaux sociaux, aux médias transnationaux, nul ne peut prétendre ignorer ce qui se passe en Ukraine, à Gaza, au Congo, à Haïti ou en Papouasie occidentale. L’argument de l’ignorance ne tient plus.

Mais la mondialisation nous confronte aussi à une nouvelle forme de complicité : celle qui se manifeste par notre consommation, notre vote, nos choix économiques, notre silence sélectif. En achetant certains produits, nous finançons parfois des entreprises qui exploitent des travailleurs. En soutenant certains gouvernements, nous validons des politiques discriminatoires ou répressives.

Dès lors, la vigilance éthique est un devoir quotidien. Ne pas être complice de l’injustice, c’est poser des questions. Qui souffre pour que je vive ainsi ? Qui est exclu de cette prospérité apparente ? Quelles voix sont effacées dans le récit dominant ? C’est aussi accepter l’inconfort d’un monde complexe, au lieu de se réfugier dans le confort du cynisme ou de l’apathie.

Refuser la complicité : un engagement pour la justice

Refuser la complicité, c’est avant tout choisir de se tenir du côté des opprimés, des invisibles, des sans-voix. Cela ne signifie pas nécessairement devenir militant à plein temps, mais plutôt vivre selon des principes cohérents : écouter, dénoncer, soutenir, éduquer, agir.

Ce refus n’est pas une posture morale abstraite ; il est profondément libérateur. Car l’injustice corrompt non seulement la société, mais aussi l’âme de ceux qui s’y résignent. Comme l’a écrit Martin Luther King : « L’injustice, où qu’elle se produise, est une menace pour la justice partout dans le monde. »

Chaque époque a ses complicités honteuses. Il y a ceux qui ont justifié l’esclavage. Ceux qui ont toléré le colonialisme. Ceux qui ont fermé les yeux sur l’apartheid. Aujourd’hui, quelles sont les injustices que nous acceptons sans les nommer ? Quels peuples abandonnons-nous à la violence, sous prétexte qu’ils sont loin, pauvres, ou sans influence géopolitique ?

Refuser la complicité, c’est déjà tracer un autre avenir. C’est poser les fondations d’une société où la justice n’est pas un mot, mais une réalité vécue. C’est refuser la paix des cimetières pour embrasser le tumulte de la solidarité.

Le courage de dire non

Dans un monde saturé d’informations, traversé par les conflits, les hypocrisies diplomatiques et les injustices sociales, il faut du courage pour ne pas être complice. Le courage de voir. Le courage de comprendre. Le courage d’agir.

Mais ce courage est aussi une forme d’espérance. Car tant qu’il y aura des femmes et des hommes qui refusent de coopérer avec l’injustice, alors une autre histoire reste possible. Celle de la dignité, de la liberté, de la justice pour tous — et non pour quelques-uns.

« Quand l’injustice devient loi, la résistance devient un devoir. »

— Bertolt Brecht

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.