Le travail coute cher : avez-vous essayé l’oisiveté ?

C’est une expression qu’on trouve à profusion dans la presse : « le cout du travail ». En général, c'est pour expliquer qu'il est excessif. Pourtant, dans la vie courante, on se dit rarement à la fin de la journée qu'on a encore couté cher à son employeur...

Le mot travail a de multiples sens, et il est utile de préciser de quoi il s’agit. Dans la vie économique, il désigne une activité humaine, ce que fait une personne qui use de son intelligence, de sa forme physique pour produire un bien ou rendre un service, en coopérant avec d’autres personnes. Si le travail coute, c’est d’abord à la personne qui l’exécute : « Ça me coute de le faire, mais il faut bien… ». Parce qu’on s’engage vis-à-vis d’autrui, parce qu’on doit faire avec des contraintes de temps, parce qu’on maitrise plus ou moins bien ce qu’on doit faire, parce que ça demande un effort physique. Mais ce n’est pas cette dépense d’énergie du travailleur qui inquiète les experts. Eux se préoccupent de la comptabilité de l’entreprise. Or, c’est bien cette dépense d’énergie qui fait fonctionner l’usine ou le bureau.

Pour les collègues, pour les clients, pour les employeurs, le travail est une richesse. Il n’y avait rien, à présent il y a quelque chose, et c’est ce quelque chose qui va contribuer aux travaux des autres, qui va être vendu aux clients, qui va rendre service à l’usager : le rapport est écrit, la voiture est réparée, le caddie est encaissé, le colis est livré, le carter est assemblé, etc. Ce qui a été fait n’est plus à faire. Peut-être que ce travail est de plus ou moins bonne qualité, ça se discute. Mais il a une qualité, il crée une valeur nouvelle pour l’entreprise.

Alors pourquoi cette curieuse expression de « cout du travail » ? C’est qu’on le confond avec un terme proche, mais très différent sur le fond : l’emploi. On dit parfois « chercher un travail », alors que c’est l’emploi qui nous intéresse. L’emploi, c’est le cadre dans lequel sera utilisé le travail de la personne. C’est très simple quand l’emploi est bénévole : on travaille quand on veut, sans contrepartie (en tout cas sans rémunération). Mais voilà, l’humain ordinaire ne souhaite généralement pas travailler pour rien : il faut bien vivre. Dans le monde actuel, la forme d’emploi la plus courante est le salariat. J’accepte de travailler un certain nombre d’heures dans certaines conditions, et je reçois en échange un salaire. C’est donc bien l’emploi qui coute, qui figure dans la colonne « charges » de l’entreprise.

Quand on dit « le cout du travail est trop élevé, nuit à la compétitivité des entreprises », il ne s’agit pas de s’en prendre au travail. Sans travail, plus d’activités économiques, plus d’entreprises. Il serait plus clair de dire « les revenus des travailleurs sont trop importants, ils doivent travailler autant pour un salaire plus faible. » C’est important d’être précis, ça ne résonne pas de la même manière. À qui profite le malentendu ?

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