Le Liban n 'a pas d'âge

Imaginé pendant plus d’une année pour le centenaire de la création de l’État du Liban par la France, l’ouvrage est édité par Bernard Chauveau Éditions, réputé pour ses éditions de livres d’Art.

Le Liban n'a pas d'âge : 1920-2020 = An ageless Lebanon ...

Le Liban n’a pas d’âge 1920-2020, Bernard Chauveau Editions, Sylvie Andreu coordinatrice de l’ouvrage, bilingue français-anglais,120 illustrations,208 p.

Imaginé pendant plus d’une année pour le centenaire de la création de l’État du Liban par la France, l’ouvrage est édité par Bernard ChauveauÉditions, réputé pour ses éditions de livres d’Art.

Pour cela, Sylvie Andreu s’est entourée dans une démarche pluraliste, de créateurs libanais qu’ils ou qu’elles soient auteurs, auteures et photographes de toutes générations, confessions et sensibilités confondues.

L’ouvrage est conçu, conformément à la mission de la maison, en un livre d’art évoquant l’Histoire de ce pays sans cesse morcelé, meurtri et malgré tout, toujours debout.Il compte pas moins de 18 obédiences religieuses différentes, dont les plus importantes ont occupé le devant de la scène internationale lors de conflits meurtriers.

Une fabrique de l’Histoire

Au titre du centenaire, l’année 2020 aurait dû être célébrée au Liban et même en France : en effet le 1erseptembre 1920, le général Gouraud, représentant de l’autorité mandataire française, a solennellement et publiquement officialisé la création du mandat français opérant un nouveau découpage afin de constituer le Grand-Liban, autonome de la Syrie.

Depuis la crise de 2009 qui a secoué le pays, une forte mobilisation des jeunes dans la rue et l’explosion gigantesque du 4 août 2020 du port de Beyrouth, le Liban connaît en plus de la pandémie du Covid-19 et l’absence de chef d‘État pendant trois mois, un taux de pauvreté jamais atteint et une fragilisation aggravée de sa population libanaise et syrienne réfugiée.

Comment résister à la paupérisation massive, la chute de sa monnaie la livre libanaise, une inflation significative en temps de crise, une économie dépendante des importations ? Le Liban restera-t-il livré à lui-même sans ses alliés d’autrefois ?

Un livre d’images

Bien sûr, l’intention des auteurs est tout à fait louable en notant que l’ouvrage servira aux Libanais « Ils ont besoin de nous et ce livre est la preuve que la création peut réparer les secousses de la vie » et plus loin, il « aidera nos amis du Liban, pour que tous se souviennent de la beauté du Liban et de son peuple ».

Sauf que plusieurs d’entre eux n’y croyaient pas et que plusieurs photos sont de qualité artistique inégale.

Depuis longtemps, les Libanais ont quitté leur pays créant une diaspora active à l‘extérieur de leurs frontières, envoyant des subsides à leurs familles. Ils se sont singularisés dans un bon nombre de domaines tels que l’économie, l’entreprenariat, les arts qu’ils soient musiciens, chanteurs, chanteuses, cinéastes, chorégraphie, bande dessinée, designers et créateurs de Haute couture, professorat de langue, écrivains etc.…qui font désormais les belles soirées des pays du Golfe.

Les Libanais connaissent bien leur histoire, ilssavent tous que la France a opéré un diktat lors de son mandat, se rangeant plutôt aucôtédes Chrétiens en favorisant un clientélisme quauprès d’une autre communauté présente.

Quel est le fil conducteur des artistes ?

« La commande » de départ à la trentaine de photographes était de choisir parmi leurs photos, troisd’entre elles qui traduisent un Liban révolu, un Liban d’aujourd’hui et enfin un Liban rêvé.

La direction de l’ouvrage remercie Tarek Nahas, collectionneur et promoteur des archives photographiques et Martine Bougaran directrice de la Beirut Air Fair.

Le résultat est réussi mais il n’est pas complet, voire insuffisant, on sait bien que le Liban ne se réduit pas à des photos jaunies ou plus récentes, il manque la présence encore vivante d’un bon nombre d’artistes, plus ou moins connus qui restent au Liban parce qu ils aiment ce pays plus que tout ou parce qu 'ils ne peuvent pas en partir.

C’est cet imaginaire collectif qui n’apparaît pas ici, intrinsèquement lié à l'amour incommensurable de ce petit pays, grand de sa traversée de l’Histoire, qui durera quoi qu’il arrive !

En ce sens, le Liban n’a pas d’âge parce qu’il reste une référence arabe en matière de beauté, de liberté et de métissage.

Sur un plan plus immédiat de l 'actualité suite à l 'explosion du 4 août 2020 à Beyrouth, le Conseil exécutif de l‘Unesco a adopté à l’unanimité le projet de résolution libanais « Li Beirut »qui permettra de relever la ville de Beyrouth à travers la culture, et l‘apprentissage. Madame Sahar Baassiri, ambassadrice déléguée permanente auprès de l‘Unesco a précisé en septembre 2020, que « ce n’est pas seulement une nécessité libanaise mais également une priorité nationale et internationale ».

une Histoire à suivre.

 

Ce livre réunit des photographies de Patrick Baz, Roger Moukarzel, Aline Manoukian, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige,Myriam Boulos, Cha Gonzales ou Rania Matar, Lamia Maria Abillama, Patrick Baz, Myriam Boulos, Grégory Buchakjian, Ghaleb Cabbabé, Roy Dib, Sirine Fattouh, Soha Ghandour, Cha Gonzalez, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Gilbert Hage, Ayla Hibri, Rasha Kahil, Houda Kassatly, Joe Kesrouani, Dalia Khamissy, Aline Manoukian, Rania Matar, Randa Mirza, Elias Moubarak, Roger Moukarzel, Clara Abi Nader, Serge Najjar, Hady Sy, Stéphanie Saadé, Lara Tabet, Camille Zakharia.



Djalila Dechache

 

 

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