Le Liban, d’hier à demain.

Le monde se pose la question de la renaissance du Liban, a fortiori depuis l‘explosion du 4 août 2020, qui a laissé le pays exsangue. Et cela ne fait qu‘empirer... Avec un style raffiné et cultivé, entre le passé et l‘avenir, l'auteur Nawaf Salam n‘occulte pas le présent et c’est tant mieux, parce que c’est maintenant que demain se construit.

Le Liban, d’hier à demain, Nawaf Salam,Editions Sindbad Actes Sud, collection L‘Orient des livres, 2021, 175p.

Le monde se pose la question de la renaissance du Liban, a fortiori depuis l‘explosion du 4 août 2020, qui a laissé le pays exsangue. Et cela ne fait qu‘empirer s’y ajoute la chute de la livre libanaise, les pénuries de médicaments, d’essence, d’alimentation, un pays sans dirigeant, une inflation de plus de 120 %...

Comment vivre dans ces conditions, dans ce pays aux 18 confessions religieuses, ce pays méditerranéen qui était le symbole de la douceur de vivre pour lui et pour l‘ensemble les pays arabes ?

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Nawaf Salam est libanais, Docteur en sciences politiques, ambassadeur et représentant du Liban auprès de l‘ONU jusqu‘en décembre 2017, il a représenté son pays au Conseil de sécurité en 2010 et 2011 et il assuré deux fois la présidence du Conseil. Il sait de quoi il parle et de plus il fait une analyse poussée de la situation géo - politique de son pays et de la région. C’est toujours plus intéressant de lire des textes de ceux qui peuvent et savent en parler.

Son ouvrage est composé de trois chapitres Les fondements, Guerre et paix et Vers une troisième République, où huit articles se trouvent rassemblés et réactualisés sur le système politique libanais. C’est dire si la situation ne s’est pas améliorée voire dégradée.

« Un Etat inachevé depuis sa création… »

C’est le postulat posé par l‘auteur qui revient  sur l‘histoire du pays, occupé par ottomans, puis sous la main - mise de la France qui pose son protectorat comme système politique et de la Grande – Bretagne.

Ce système, imposé comme une solution, a démontré depuis longtemps ses limites, son échec, son inefficacité. Pourquoi alors l ‘avoir imposé ?

Depuis la première guerre de 1975 à 1990 qui a dévasté le pays, reconstruit pour partie par Rafic Hariri, ce sont les communautés religieuses qui dirigent le pays à l‘aune des puissances voisines étrangères.

Les accords de Taëf en Arabie Saoudite, le traité libanais de 1989, ont validé un système politique pluriconfessionnel, afin de mettre fin à la guerre civile libanaise.

Les principaux points traités de l‘accord sont restés inactivés ou activés tardivement, tel le désarmement, la présence du Hezbollah au sud du pays, l‘évacuation des militaires et services secrets syriens…

Loin de faire l’unanimité, là encore des désaccords ont émergé, où les chrétiens libanais se sont sentis défavorisés par rapport aux syriens ; les chiites par rapport aux sunnites…et ainsi de suite, occasionnant des morts, des attentas, des explosions dans un pays en état traumatique permanent.

Aujourd’hui, comme l’explique l‘auteur et comme on peut l‘entendre sur les réseaux sociaux, la population aspire à un état démocratique de citoyens libres en opérant la rupture confessionnelle qui a fait tant de dégâts, tant de pertes humaines et de stagnation civilisationnelle. Parce que « la dynamique des communautés ne repose plus sur la dévotion religieuse et de leurs membres »p 21.

Nawaf Salam préconise un nouveau tournant du Liban afin de sortir de cette crise qui dure depuis si longtemps : « Ce que j'appelle la “troisième République”, c'est une république qui devrait être fondée sur la raison des institutions ».

Et de citer l‘historien Ibn Khaldoun (1332 -1404) : « Sache que le pouvoir est une fin naturelle de la ‘assabiyya (cohésion du groupe) qui ne se produit pas selon une volonté subjective mais procède de l‘économie même de l‘existence » (Discours sur l‘histoire universelle, traduction Vincent Monteil, Pari, 2ème édition, 1978 p.398).

Avec un style raffiné et cultivé, une profondeur dans la pensée, entre le passé et l‘avenir, l‘auteur n‘occulte pas le présent et c’est tant mieux, parce que c’est maintenant que demain se construit.

Son livre est, à juste titre, dédié à Abdallah et Marwan... et la génération de l’espoir.

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