Gilbert Sinoué, Le Faucon, Editions Gallimard

Avec une remarquable bibliographie aussi longue qu 'un bras du Nil, Gilbert Sinoué nous offre son dernier opus, enfin a-t-on envie de dire !

Gilbert Sinoué, Le Faucon Editions Gallimard, 2020,281p.

 

Avec une remarquable bibliographie aussi longue qu’un bras du Nil, Gilbert sinoué nous offre son dernier opus, enfin, a-t-on envie de dire !  « Le Faucon » dédié au Cheikh Zayed qui fut l‘homme, l‘émir qui a façonné l‘émirat d’Abu Dhabi, signifiant le père de La gazelle en arabe.

Ce mot, gazelle, faisant partie du langage amoureux ou de séduction, de la prosodie et de la poétique traversant le golfe arabique à l‘océan atlantique ! C’est dire son importance. Tout arabe qui se respecte vous le dira…

 

 

Comme il se doit comme dans les contes au souffle long, le roman commence en donnant la parole à l‘intéressé s’exprimant à la première personne du singulier. Cela donne une tonalité d’adresse à quelques uns, des intimes, à quelques lecteurs, à quelques témoins. Immédiatement.

« Me voici au couchant de ma vie. Je suis né le 6 mai 1918. J’ai quatre-vingt-six ans. Une certitude : j’ai mille ans de souvenirs ».Dans cette seule phrase, le lecteur ressentira tout de cet art du conte, l‘art de conter, de raconter, de narrer consumé, consommé, faisant partie de l‘imaginaire de tout arabe et bien plus encore, au delà de cette seule sphère géographique, cet art édicté de Shéhérazade. Comment peut-il en être autrement pour ces hommes et ces femmes qui ont pratiqué l‘art de la parole, de la poétique, oral, immanent, véridique à Souk Okaz où ils et elles s’élançaient chaque année dans des joutes, des boucles oratoires afin de s’élever encore et toujours vers le divin, avec une économie de mots, une multitude d’images, la vie tribale, nomade face à l‘océan sans rivages du désert. Ainsi, il ne peut en être autrement pour cet homme exceptionnel au parcours exceptionnel dans un lieu exceptionnel.

 

Sa vie son œuvre

 

Cheikh Zayed Ben Soultan Al Nahyane (1916 - 2004) est celui qui a donné naissance aux émirats, cette terre lointaine sans histoire, avec son esprit constructeur, novateur et visionnaire hors pair, sans répit, il s’est vite tourné vers  le développement de son pays dans une vision stratégique d‘avenir avec la construction d‘écoles, d’universités, symboles du savoir pour son peuple, d’hôpitaux, d’égalité envers les femmes et c’est à souligner, et encore plus fort, a instauré la liberté de culte. C’est aussi reconnaître qu‘il n‘y a qu’un seul dieu, rejetant le paganisme et le polythéisme. Peu importe la manière de vénérer Dieu, de le prier, de le solliciter. Tous les chemins mènent à Lui. En un mot, l ‘avenir est du côté de la jeunesse, d’autant qu’il a su se faire apprécié à l‘échelle française et internationale. Les principes fondamentaux de toute société ne sont-ils pas réunis pour vivre loin de l‘ignorance, en sagesse, en harmonie et en prospérité ?

 

Cheikh Zayed, incarné par Gilbert Sinoué, raconte beaucoup de choses suite à ses recherches et à ses rencontres, comment il a eu notamment, connaissance de l‘existence de faucons extraordinaires, aux confins d’Islamabad au Pakistan. Il y fera la rencontre de sa vie.

Gilbert Sinoué a été bien inspiré de titrer son roman comme il l‘a fait, parce que ce n‘est pas seulement un titre, c’est bien plus que cela ; à travers ce rapace diurne, à la vue perçante, à la stratégie infaillible devant sa proie, le faucon, symboliquement parlant jouit d’une aura remarquable depuis les Egyptiens à aujourd’hui. Cet animal séduit, intrigue, fascine. Il incarne la réussite et la victoire. Et langue et culture arabes sont chargées de symboles, d’images, de paraboles, d’aphorismes, de messages codés. A un moment donné, l’animal et l‘homme se confondent, l‘un se métabolisant par l‘autre.

Frédéric Mitterrand éternel amoureux et rare défenseur du monde arabe, ne s’y est pas trompé : il a réalisé un documentaire sur l‘homme, le Cheikh Zayed.

C’est qu’il faut bien laisser trace pour ceux qui viennent, qui viendront ! Et qui auront à cœur de parcourir, de prendre en compte l‘œuvre bienveillante et humaniste de cet homme à la bonté et l‘intelligence particulièrement rares.

 

Pour toutes ces raisons et celles que nous n‘avons pas signalé : Merci Monsieur Sinoué ! Le lecteur quitte votre livre les larmes aux yeux, vous nous faites beaucoup de bien, vous réparez des manques, vous colmatez des lacunes, vous réduisez la distance réelle et symbolique Machrek-Maghreb et vous élargissez l‘univers de votre amour communicatif !

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