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Billet de blog 9 juil. 2022

L’affaire de ma vie, film de François Gauducheau et Samira Houari

C’est une invitation au voyage, un pèlerinage sur les pas que Germaine Tillion (1907-2008) a effectué depuis sa Bretagne natale jusqu'en Algérie, par l‘intermédiaire de la combattante et amie de toujours Nelly Forget.

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L’affaire de ma vie, film de François Gauducheau et Samira Houari, des femmes dans la guerre d‘Algérie 2019, 52 minutes.

C’est une invitation au voyage, un pèlerinage sur les pas que Germaine Tillion (1907-2008) a effectué depuis sa Bretagne natale jusqu‘en Algérie, par l‘intermédiaire de la combattante et amie de toujours Nelly Forget.

Il y a l'Histoire officielle, écrite et les histoires qui existent de manière orale, vivace, dans les rues, détenues par des hommes d’un certain âge, de femmes aussi, celles qui ont combattu, n'ont rien oublié des tortures et des cris qui résonnent encore à leurs oreilles.

Une mémoire collective extraordinaire avec moult détails qui pourtant restent inconnue de la nouvelle génération de jeunes filles interrogées dans les rues d’Alger.

 Dès qu‘elles arrivent à Alger, Nelly Ferget et Samira Houari créent l’attroupement, cela signifie que tout le monde va participer à la requête et trouver ! Un nom est lancé : Marie-Thérèse Chiny, repris en un « Wayn kann Chiny »?

Nous cheminons avec Nelly Forget en Algérie, Alger pour commencer, à la mémoire étonnante, la vivacité d'esprit et de mouvements magnifiques de celle qui a participé à la création, dans les années 50, des Centres Sociaux pendant la colonisation française pour éradiquer la misère, prodiguer des soins et possiblement proposer du travail à la population démunie. L’objectif était de créer « 1000 Centres sociaux en 10 ans, 120 le seront en 6 ans » c’est dire la lenteur administrative ! Germaine Tillion ressentait « un grand bonheur de créer dans un climat très dangereux pour l'espèce humaine elle-même ».

L'Affaire de ma vie : des femmes dans la guerre d'Algérie – 24images Production  Très belle scène entre la résistante Annie Steiner vivant en Algérie jusqu'à ce jour, et Nelly Forget.

Bien sûr on pense à la guerre, à la torture par l'eau et par la gégène (l’électricité), de nombreuses femmes sont passées par là, soit à la Villa Sésini tristement célèbre par les séances auxquelles s‘adonnaient les hommes du commando politico-militaire de l'OAS, soit à la prison Barberousse.

Nelly Forget répond aux questions de Samira Houari encore émue, évoque sa torture, son emprisonnement dans cette geôle durant 4 mois elle aussi afin qu'elle divulgue où se trouve une combattante, elle devait répondre à la question répétée à l'envi : Où est Chafika ? Elle ne cèdera pas. Elle dit : « je n'ai jamais été torturée une nouvelle fois, probablement grâce à Germaine Tillion ! ».

L‘écrivain et instituteur Mouloud Feraoun en fera les frais, assassiné peu de temps avant la signature des Accords d’Evian qui marqueront la fin de la guerre et l'Indépendance de l’Algérie en date du 5 juillet 1962. 

Germaine Tillion signera dans France-Soir un article sur la fusillade intitulé « La France qui froidement assassine » en date du 16 mars 1962, que l'on voit à l'écran.

(c)Germaine Tillion, ethnologue engagée – L'Histoire par les femmes

Son engagement a commencé bien avant, de 1936 à 1940, dans les Aurès, où jeune ethnologue elle était venue étudier les structures sociales de la tribu des Chaouias.

A  plusieurs reprises, le film est entrecoupé par la voix de Germaine Tillion s‘exprimant : «  j'ai lutté passionnément contre la peine de mort et ensuite beaucoup contre la torture ». « En aucun cas on ne doit torturer, indigne de l‘humanité » lance la résistante des camps nazis, la scientifique, la militante des droits de l'homme.

 Des femmes algériennes apparaissent, rescapées de la torture, de la guerre, de beaux portraits dont Akila, Tourkia, Zohra Drif, Fatima Abdiken pleine de vivacité, Louisa au visage triste… à chaque fois en accueillant comme il se doit Nelly et Samira, des accolades, des embrassades à n‘en plus finir. Une chaleur humaine intacte. On aimerait les rencontrer, partager avec elles ce fardeau si lourd de la torture, du choc de la violence et de la prison.

Le pèlerinage conduira Nelly et Samira vers d’autres lieux en Algérie où le bouche à oreille aidant, elles vont être invitées : ainsi sont les algériens, même s’ils ont un côté grincheux parfois (ce sont d‘autres arabes qui le disent) ils ont un sens de l‘hospitalité décuplé, c ‘est un peuple qui aime les autres, qui aime recevoir, accompagner, partager.

Ce film traduit très bien l‘Algérie d'hier comme celle d‘aujourd'hui. Merci aux femmes telles que Germaine Tillion, Nelly Forget, Annie Steiner et beaucoup d'autres qui ont aimé, défendu et aiment encore l’Algérie.

C’est une constante savamment restituée de ce si beau film, qui montre l'Algérie comme on la rêve et comme on l‘aime. Parce que l'Algérie est l’affaire de notre vie à tous et à toutes.

©Commemoration-de-lanniversaire-de-lexecution-des-condamnes-a-mort-par-guillotine

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