Djalila Dechache
Auteure, chercheure sur l 'Emir Abdelkader l 'Algérien et le théâtre arabe.
Abonné·e de Mediapart

71 Billets

2 Éditions

Billet de blog 12 janv. 2022

Figures algériennes

Un point commun relie toutes ses pages : ce sont des portraits de femmes, de femmes algériennes. Elles sont quarante-trois, la plupart connues (Assia Djebar, Cheikha Remitti, Djamila Boupacha...) et d’autres moins (Katia Bengana, Kadra, Lalla Zineb…),« elles ont construit l‘Algérie » dit l‘auteure, et ce du IVème siècle à nos jours.

Djalila Dechache
Auteure, chercheure sur l 'Emir Abdelkader l 'Algérien et le théâtre arabe.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Figures algériennes, texte et illustrations Halima Guerroumi, préface de Wassyla Tamzali, Orients Editions, 2021, 95 p.

Cela pourrait-être un beau cahier au papier épais que l‘on garde longtemps avec soi, où l‘on écrit ses secrets, citations, remarques, bons mots, croquis et autres traces ; plutôt un carnet de voyages empli d’aquarelles, d’arabesques, de paysages aux ocres affolants. On se dit qu‘il doit faire partie d’une collection à acquérir, à garder et à transmettre. C’est le désir concret de Halima Guerroumi devenue mère donnant à son enfant les clés du matrimoine pour que l’Histoire se poursuive peuplée de figures historiques et actuelles. Pour savoir d’où l‘on vient. En ces temps agités, flous et violents, l’entreprise est importante et nécessaire pour tous, hommes et femmes, garçons et filles de tous pays.

Un point commun relie toutes ses pages : ce sont des portraits de femmes, de femmes algériennes. Elles sont quarante-trois, la plupart connues (Assia Djebar, Cheikha Remitti, Djamila Boupacha...) et d’autres moins (Katia Bengana, Kadra, Lalla Zineb…),« elles ont construit l‘Algérie » dit l‘auteure, et ce du IVème siècle à nos jours.

Tin Hinan, la voix royale

Il s’agit de l’inaugurale du livre, celle qui a ouvert la voix  et la voie, elle serait considérée comme la reine fondatrice par sa lignée du peuple touareg, elle a traversé le désert, quittant le Maroc pour le Hoggar d’Algérie : au IV ème siècle le délimité géographique était différent, la terre était une, poreuse, immense, dangereuse et meurtrière.

En 1925 à Abalessa (Hoggar, Algérie) une mission franco-américaine composée d’archéologues ont découvert un mausolée de femme. Cette tombe royale a été estimée datant du IVème ou Vème siècle, elle serait attribuée à celle de Tin Hinan.

(Wassyla Tamzali est avocate à la Cour d’Alger après la guerre d’indépendance. Elle entre à l’UNESCO en 1979 travaillant sur les droits des femmes, avant d’y diriger la promotion de la condition des femmes en Méditerranée en 1996. Auteur à succès, elle se consacre aussi aux Ateliers Sauvages, un centre d’art qu’elle a fondé en 2015 à Alger).


En réalité, toutes ces femmes et tant d’autres sont des battantes, des résistantes face au patriarcat, au colonial, aux invasions, des pionnières aussi parce que l’Algérie est une jeune nation à l’histoire millénaire, traversée par des strates et des strates de peuples qui l‘ont convoitée, meurtrie et colonisée.

C’est beau, c’est émouvant de voir ces femmes aux couleurs intenses de ce pays aimé, idéalisé, conquis, porté en offrande ou en bandoulière sur des visages aux joues rouges parfois, au regard droit ou absent, cerné, au nez pyramidal comme une marque de fabrique.

Cette réalisation est belle, elle se lit lentement pour faire durer le plaisir de la découverte ou de la confirmation des femmes choisies. Cela fait un bien fou de savoir qu‘elles existent ou ont existé pour elles et pour nous, lecteurs et lectrices d’aujourd’hui et de demain.

Sur la page de couverture il y a un signe, une petite étoile avec un cœur rouge qui se retrouve tout au long de la promenade sur le site de la maison d’éditions Orients, des orients comme des personnages, des réalités, des paysages, des rencontres, des réminiscences, des vœux et des désirs à développer.  « Celui qui s’oriente sur l’étoile ne se retourne pas. »Léonard de Vinci.

Orients, la maison d’éditions fondée en 2013  n‘a rien à envier aux maisons plus anciennes, elle a choisi de « mettre en lumière la diversité des courants de pensée mais surtout leurs convergences ».

Les ouvrages édités par Orients, Ysabel Saïah-Baudis« visent délibérément le grand public. La place faite à la photo, au dessin, à la caricature, le format parfois ramassé, le prix modique : tout tend à séduire « les jeunes, les paresseux, les gens pressés ». Impossible d’ignorer ces segments de la société quand on veut jeter des ponts entre les peuples et briser des préjugés séculaires… Bref, la paix et la solidarité par la connaissance et l’estime : tel pourrait être le mot d’ordre d’Orients et de sa fondatrice ». (Extrait du texte de Marc Yared sur le site de la maison Orients Editions).

Un très beau programme !

Félicitons l‘auteure Halima Guerroumi, Wassyla Tamzali pour sa préface lumineuse et leur éditrice pour ce très bel ouvrage qui fait voyager, espérer et comprendre.

Djalila Dechache

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Diplomatie
Macron passe la diplomatie française à la sauce « libérale »
Sous prétexte d’accroître la « mobilité interne » au ministère des affaires étrangères, la réforme prévue par Emmanuel Macron permettra d’offrir des postes d’ambassadeur à des amis politiques ou des cadres du monde des affaires qui ont rendu des services. Tout en réglant son compte à un corps diplomatique que l’Élysée déteste.
par René Backmann
Journal — France
Fausse rétractation de Takieddine : sur la piste d’un « cabinet noir » au service de Sarkozy
L’enquête sur l’interview arrangée de Ziad Takieddine révèle les liens de plusieurs mis en cause avec le clan Sarkozy et leur volonté de « sauver » l’ancien président, mais aussi ses anciens collaborateurs, Brice Hortefeux et Thierry Gaubert, également mis en examen dans l’affaire libyenne.
par Karl Laske et Fabrice Arfi
Journal — Terrorisme
Les confidences du commissaire des services secrets en charge des attentats du 13-Novembre
Le commissaire divisionnaire SI 562 – le nom de code le désignant – a dirigé la section chargée des enquêtes judiciaires liées au terrorisme islamique à la DGSI, entre 2013 et 2020. Il offre à Mediapart une plongée inédite dans les arcanes du service de renseignement.
par Matthieu Suc
Journal — Justice
À Marseille, des juges font reculer l’incarcération à la barre
L’aménagement de peine, par exemple le bracelet électronique, prononcé dès le jugement, est une possibilité qui n’avait jamais décollé avant 2020. Mais à Marseille, la nouvelle réforme de la justice et la volonté d’une poignée de magistrats ont inversé la tendance. Reportage.
par Feriel Alouti

La sélection du Club

Billet de blog
Un poète palestinien : Tawfik Zayyad
Cette poésie simple, émouvante, populaire et tragique a circulé d'abord sous les tentes des camps de réfugiés, dans les prisons avant d'être lue, apprise et chantée dans toute la Palestine et dans tout le monde arabe.
par mohamed belaali
Billet de blog
La chanson sociale, comme levier d’empowerment Bernard Lavilliers en concert
Dans la veine de la chanson sociale française, l’artiste Bernard Lavilliers transmet depuis plusieurs décennies la mémoire longue des dominés, leurs souffrances, leurs richesses, la diversité des appartenances et propose dans ses narrations festives et musicales. Balzac disait que «Le cabaret est le Parlement du peuple ». En quoi la chanson sociale est-elle un levier de conscience politique ?
par Béatrice Mabilon-Bonfils
Billet de blog
La comédie des catastrophes
Au Théâtre de la Bastille, le collectif l'Avantage du doute dresse un hilarant portrait de la société contemporaine pour mieux en révéler ses maux. De l’anthropocène au patriarcat, de la collapsologie aux comédiennes mères ou non, du besoin de tendresse des hommes, « Encore plus, partout, tout le temps » interroge les logiques de puissance et de rentabilité par le biais de l’intime.
par guillaume lasserre
Billet de blog
La clique de « Kliniken » vue par Julie Duclos
Quinze ans après Jean-Louis Martinelli, Julie Duclos met en scène « Kliniken » du dramaturge suédois Lars Noren. Entre temps l’auteur est décédé (en 2021), entre temps les guerres en Europe ont continué en changeant de pays. Immuable, la salle commune de l’hôpital psychiatrique où se déroule la pièce semble jouer avec le temps. Troublant.
par jean-pierre thibaudat