La pensée, la poésie et le politique, Dialogue avec Jack Ralite.

Il est des mises en scène qui emportent le comédien, le spectateur, l'auteure du livre et le principal protagoniste. C’est le cas de celle-ci. Il est question de Jack Ralite, l‘homme, le citoyen, le penseur et le politique engagé, l‘humaniste, l’infatigable ami des artistes, défenseur rompu à la culture.

L’image contient peut-être : 3 personnes, gros plan© Christophe Raynaud de Lage 

La pensée, la poésie et le politique, conception et interprétation Christian Gonon, (Dialogue avec Jack Ralite) de Karelle Ménine et Jack Ralite, 220 p, Studio de la Comédie française, Galerie du Carrousel du Louvre, a été joué jusqu’au 31octobre 2020, 18h 30, 1h15.www.comedie-française.fr/ Tél : 01 44 58 15 15.

 Il est des mises en scène qui emportent le comédien, le spectateur, l‘auteure du livre et le principal protagoniste. C’est le cas de celle-ci.

Il est question de Jack Ralite, l'homme, le citoyen, le penseur et le politique engagé, l‘humaniste, l’infatigable ami des artistes, défenseur rompu à la culture.

Dès l‘arrivée dans la salle du studio de la Comédie Française, la scène sombre et sobre apparaît, nue ou presque, noire, une simple table, une chaise, une lampe, un verre d’eau, du papier et un stylo, un sac en tissu posé sur le sol, adossé à un pied de la table, un éclairage central et côté Jardin et c‘est tout.

Un travail tout en finesse qui fait oublier le travail

On l'aura compris, l‘important est dans le jeu, dans la conception du sociétaire Christian Gonon, et le précieux texte éponyme de Karelle Ménine édité aux Solitaires Intempestifs.

Dans le petit fascicule distribué au spectateur, Christian Gonon avance que « Dire les mots de Jack Ralite est une résistance » ainsi que plus loin, il a écrit un « dialogue imaginaire avec Jack ». Réjouissant !

Dès son entrée en scène, le comédien interpelle, contraste dans un costume cravate de couleur sobre et chaussures aux pieds, Birkenstock deux lanières, il y a de quoi étonner. Pas tant que cela en réalité si l‘on fait le lien avec la fameuse appellation de Verlaine à son ami Rimbaud « l'homme aux semelles de vent ».

A force de côtoyer les artistes, les poètes Jack Ralite en est devenu un et ce spectacle lui est dédié, consacré.

Tout au long du spectacle, Christian Gonon avec une grande délicatesse, un grand respect pour Jack Ralite, égrène sa vie, son parcours, ses rencontres, ses combats, sa sensibilité.

Sans oublier le « communisthme », précise Jack Ralite, parce que c’est un isthme et un « isthme évoque un rapport de gens entre eux » lorsqu‘il évoque le parti qui avait donné tant d’espérances à des millions de personnes.   

Comme un long poème ininterrompu

C’est que toutes les vies de jack Ralite n‘en faisaient plus qu‘une seule, une seule vie dévolue, au service d’un seul but : Les artistes et la Culture.

La Culture dont le théâtre qui est « le bêchage incessant du terrain humain » c’est-à-direun enseignement toujours renouvelé et la poésie qui« a cette force, elle nous déplace, elle nous fait respirer ».Et de souligner le trait avec cette citation «  le théâtre est le domaine du poète » Giorgio Strehler.

 A ce titre, la mise en scène est ponctuée d’une lettre écrite et lue par le comédien, destinée aux Présidents de la République, tous, depuis François Mitterrand et jusqu‘à l‘actuel chef de l‘état. C’est dire si elle a du mal à passer cette fameuse politique culturelle digne de ce nom !

Inlassablement, Jack Ralite écrivait la même lettre avec la même conviction, la même détermination : Défense et illustration du bien immatériel le plus précieux érigé en exception française au moment des discussions avec  l‘Organisation Mondiale du Commerce. Ce bien est la Culture qui fait des hommes et des femmes libres, grâce aux artistes qui osent changer le monde. Il y a cru tellement fort au fait que «  l‘on peut déplacer en banlieue Le Collège de France » rien de moins et la Culture et la création auparavant avec le premier Centre Dramatique National Théâtre de la Commune à Aubervilliers, en 1965 en Région Parisienne. Savoir et Culture étant « des leviers de progrès social et démocratique ».

Et de se demander qu‘est-ce qu’un artiste, de prôner le rôle du dialogue, d’avoir une véritable politique culturelle nationale, la place du spectateur, d’avoir créer « Les Etats Généraux de la Culture » afin de poser la culture comme une urgence, comme une nécessité.

Cette même lettre absolument lumineuse, authentique, puissante sera lue en fin de spectacle de manière vertigineusement chorale, mêlant toutes sortes de voix, de Comédiens Français, se superposant, se répétant, variant les tonalités, créant presque un chant, un hymne à reprendre en chœur pour se terminer par un aphorisme de René Char « L’inaccompli bourdonne d’essentiel ». 

Couverture du livre

Cette lettre ainsi que d’autres documents et entretiens figurent en bonne place dans le livre. Au contenu toujours inaccompli !

Tout du long, le comédien cite Jack Ralite citant abondamment Victor Hugo, Louis Aragon, Jacques Prévert, René Char, Jean Vilar, Antoine Vitez, Saint-John Perse, Giorgio Strehler, Pablo Picasso...

Lorsqu’il lit un texte d’Aragon, « L’affiche rouge », différemment, simplement, cela apporte un écho  nouveau, une actualité nouvelle.

Le tour de force de Christian Gonon est que sans chercher à ressembler à Jack Ralite, il l‘incarne, se met à son service, il le rend vivant, proche, on reconnaît ses propos, son lyrisme, son esprit visionnaire, exigeant et bienveillant.

Avec une grande sobriété et une toute aussi grande conviction, le comédien nous conduit dans la vie des rêves réalisés ou pas de Jack Ralite, remarquablement. 

L’émotion, palpable, court dans la salle de haut en bas, de droite à gauche, traverse les corps, « chair-de-poule » à la tête : un moment exceptionnel et certainement inoubliable !  

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