Révolution spirituelle ! Abdennour Bidar

Les crises économiques, sanitaires et de perte de sens comme celles que nous vivons produisent un grand nombre de dépressions mentales disent les spécialistes

Abdennour Bidar, Revolution spirituelle ! Almora, 2021,161p.

 

Les crises économiques, sanitaires et de perte de sens comme celles que nous vivons produisent un grand nombre de dépressions mentales disent les spécialistes.Il suffit en effet de regarder autour de nous pour le constater.C’est le cas depuis l‘irruption du Covid-19 dans le monde et en France.L‘écrivain Abdennour Bidar propose une réflexion sur la question qui traverse le monde et la planète« Qu’allons-nous devenir ? », en forme d’un long monologue-poème.Un point d’exclamation accompagne le titre de son essai lui conférant une tonalité d’injonction générale.

Depuis le « Indignez-vous ! » encore dans les mémoires depuis 2010, célèbre dans le monde entier, véritablephénomène d’édition del‘ancien résistant Stéphane Hessel, qui érigeât l’engagement citoyencomme postulat à toute liberté de choisir et de créer un autre monde,des auteurs ou artistes se sont lancés dans cette forme de harangue afin d’interpeller le plus grand nombre.

Puis En 2011, Stéphane Hessel a publié «Engagez-vous » comme une suite logique au précédent plaidoyer.

 

Dès la couverture de« Révolution spirituelle ! » on peut lire : « (…) Vous allez y arriver…. Vous allez finir par le créer le monde d’après ! ».L‘ouvrageest divisé en quatre chapitres : le constat, la proposition, l’avertissement et l’envolée ; En ouverture, un choeur s’exprime : « Oyez, oyez Résistants !voici venu le temps de vous battre jusqu’à l‘abattre...»par l’Esprit infini de vos âmes rebelles(…) Mais comment réveiller en vous cet Esprit ? Je m’en vais vous le dire un peu ici….».

On pense à n‘en pas douter, à l‘Ulysse d’Homère (12109 vers) dans la traduction dePh.Jacottet, commençant par :« Ô Muse conte-moi l‘aventure de l‘inventif, celui qui pilla Troie, qui pendant des années erra...».Ces chants originels de l‘aube de l‘humanité, bien avant Jésus-Christ, résonnent encore en nous.

La comparaison ne va pas plus loinparce que le ton de Abdennour Bidar esttropgrandiloquent,didactique, professoral et son propos limité.

 

A qui s’adresse Abdennour Bidar au juste ? Est-il en train de prêcher ?

Ou joue-t-il à l 'aède ?

 

Veut-il renouer avec le temps des missionnaires qui se déplaçaient et haranguaient les populations sur la place du marché, de ville en village pour apporter « la bonne parole » ?

Ila édité un bon nombre d’essais consacrés à l‘islam et à la spiritualité, avec une bibliographie conséquente, des émissions de radio, desmissionsministérielles etun blog où il se considère « méditant engagé ».

 

Que l‘on soit bouddhiste, chrétien, musulman, tous ont prôné et prônent le retour ou l‘accès à une dimension spirituelle pérenne comme contre-poids à la société de consommation sans limites mais épuisée dans ses ressources, digitale, dématérialisée et surtout déshumanisée surtout que l‘on nous assène et que l‘on nous impose.Il n‘y a plus de responsable ni de coupable, le citoyen, le sujet adulte ou enfant est littéralement disloqué dans les limbes de l’industrie numérique.

 

Révolution spirituelle ! (Carnets Almora): Amazon.es ...

 

De quelle spiritualité parle- t- on ?

 

 

Lorsque André Malraux, ministre de la culture de la 5ème république annonce que « Le XXIèmesiècle sera mystique ou ne sera pas ».Constatons q’il ne s’étaitpas trompé.Sa boutade ou son intimevérité en forme d’annonce prémonitoire n‘a pas fini que nous questionner !

C’est un politique écrivain, engagé qui parle mais il n‘en demeure pas moins qu‘ilreste un politique !

C’est là où le bât blesse : la spiritualité ne peut être isolée de la vie sociale, politique, intellectuelle ou populaire. Sinon elle est apparentée à une activité ésotérique et souterraine.

 

Elle est faite pour être partie intégrante de la vie courante comme une gymnastique intérieure individuelle et collective. C’est dans le collectif désormais retrouvé, même difficilement,que la spiritualitétrouvera sa place dans une phase nouvelle et expansive afin de faire face aux nouveaux enjeux.Pour le moment elle est l‘affaire dequelques uns et de quelques unes, de manière plus ou moins discrète et déconnectée de la sphère du politique.

Notons la réaction du citoyen et comédien Niels Arestrup lors de son passage à la télévision le 25 janvier dernier, s’étonnant de la docilité des Français à accepter toutes les injonctions émises par le gouvernement depuis le début de la crise sanitaire et humaine : «(...)Je suis un peu plus déçu de la façon dont on nous parle, et là je parle des politiques mais aussi des scientifiques, souligne le comédien.Je crois que les Français sont drôlement gentils, ils font tout ce qu'on leur demande, ils font tout ce qu'il faut, ce qu'ils peuvent.(...)il faudrait leur parler avec respect, leur expliquer pourquoi on fait ça, et ne pas leur donner des ordres aussi brutaux ».

 

Il met le doigt là où nous en sommes réduits : à marcher comme des moutons impuissants derrière une parole puissante, venue d’en haut de manière unilatéralesans aucun dialogue possible, qui change chaque semaine de direction et de stratégie sans se soucier de ce qui se passe pour la grande majorité d’entre ceux qui ne sont pas -encore - contaminés.

 

Pourtant ce qui aurait été vraiment passionnant est de faire dialoguer les spiritualités entre elles sur ce thème, a fortiori depuis que le virus mondial a fait irruption dans nos vies, nous limitant drastiquement de toutes parts, avec des conséquences non seulement dramatiques par le nombre de décès mais pour les vivants, en aggravant et laissant un monde dégradé, exsangue, sans aucune lueur sur notre advenir immédiat ni perspectives.

C’est ainsi que l‘humanité sera plus consciente et plus maîtresse de son destin, en s’engageant à la fois politiquement et spirituellement.

Le livre de Abdennour Bidar est certes intéressant davantage par son fond que par sa forme, mais semble trop en deçà pour s’apparenter à un programme de nouvelle vision du monde. Il reste au bord d’une proposition ampouléequi aurait pu trouver sa place dans le cadre d’une solution d’avenir.

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