FEMMES SANS MERCI DE CAMILLA LACKBERG ACTES SUD

Trois femmes suédoises d’origine ou d‘adoption, pourraient venir d’ailleurs dans le monde, connaissent et subissent la maltraitance de l‘homme, physique, morale, sauvage,  toujours violente.

FEMMES SANS MERCI, CAMILLA LÄCKBERG, TRADUIT DU SUEDOIS RÉMI CASSAIGNE, ACTES SUD, COLLECTION ACTES NOIRS,144 PAGES, 2020.

Familière du genre dans son pays d’origine, traduite en plusieurs langues, présente d’autres univers d‘écriture, Camilla Läckberg ne se lasse pas de surprendre les lecteurs de tous pays.Avec Femmes sans merci( titre original  Kvinnor utan nåd )nous avons à faire aux violences conjugales, version homicides.

Elles sont trois femmes suédoises d’origine ou d‘adoption, pourraient venir d’ailleurs dans le monde, connaissent et subissent la maltraitance de l‘homme, physique, morale, sauvage,  toujours violente.

 

 Dans ce pays où  la grande partie de la population se situe au niveau médian en terme de cadre de vie, le « Sweden way of life » basé sur le bon milieu en toutes choses, la simplicité, la modération des sentiments comme le reste, afin d’éviter les excès,en prend un sacré coup. Ce thème de la femme qui reprend sa vie en main, avait été brillamment développé dans la pièce de théâtre « Liberté à Brême », tragédie bourgeoise de R.W.Fassbinder, où la brave Geesche règle ses problèmes en tuant tout humain qui lui résiste sur son passage. L‘action se passait en 1820 et offrait une vision de la société brêmoise assez terrifiante tenue par des hommes au cerveau gras.

C’est un peu ce qui se passe en 2020 avec ces trois femmes. Elles sont arrivées à un point de non retour, qu‘elles aient des enfants ou pas.

Naturellement, toutes femmes qui subissent des violences répétées ne tuent pas leur compagnon ou leur mari. C’est hélas plutôt l ‘inverse qui se produit en Europe et dans le monde. « Femmes sans merci » est une fiction, avec des airs de faits divers.

Victoria

Ce que semble dire l‘auteure Camilla est que la femme est devenue une marchandise, comme Victoria, la russe qui a fui son pays, pensant trouver en Suède un homme «  doux etgentil » selon sa mère, qu‘elle rencontre via un site dédié. Elle a été achetée en quelque sorte, interchangeable sans problème par son mari odieux homme plein de graisse, de bière et de potes, toujours entre deux gueules de bois. Au lieu d’avoir une relation normale avec sa femme, il lui ordonne «  Pipe ! », on entend par ricochet l’ordre «  Schnaps ! » du  mari de Geesche.

Ingrid est dans unesituation fréquente, classique. Elle  se fait doubler par une jeune aux dents longues dans l‘agence de presse de son mari qui bénéficie d’une bonne réputation : journaliste reconnue, décorée par de nombreux prix, elle met sa carrière en veilleuse pour celle de femme au foyer avec enfant. Prise de panique, elle tentera de le tuer lui et sa maitresse, sans réussir. Ce n‘est pas si facile de tuer quelqu’un ! il en faut du courage, de la haine, de l‘énergie, de la fermeté !Il faut trouver un autre moyen parce que le désir d’éliminer son mari est bien là, bien vivace. Ingrid est une femme humiliée, qui a renoncé à une autre vie, sacrifiée, pour un homme ingrat, égoïste qui n‘en vaut pas la peine. C’est lui qui profite le plus de son renoncement et qui brille en société.

Reste Birgitta : malade, battue, la plus âgée.

Elle seule sait qu‘elle a un cancer à un stage avancé, elle ne peut se rendre à ses visites médicales parce que son corps est trop meurtri, il faut sauver la face. En plus, elle sera à la retraite sous peu de l‘Education Nationale.

Elle découvre bientôt que son mari est criblé de dettes et songe à l‘avenir de ses jumeaux, sans elle, sans un père décent. Une vision insupportable pour cette femme aimante, sensible, silencieuse. Comme le dit l‘auteure :« il faut tuer un homme pour sauver une femme ».

Un style particulier

L’auteure développe leur histoire en même temps, passant de l‘une à l‘autre, rapidement en de petits textes parfois très courts, comme pour brouiller le contexte et démontrer que finalement, c’est la même histoire qui frappe aux portes de toutes les familles .

Pour écrire comme elle le fait, Camilla Läckberg adopte un style assez épuré, à la manière d’Elfride Jelinek ou la fameuse « écriture blanche » d’ Annie Ernaux.

Elle pose les principaux éléments de compréhension sur la table, puis ajoute, retire, façonne le décor et les personnages comme un scénariste le ferait.

Justement, des séries télévisées ont été réalisées en Suède, comme si elle avait préparé le terrain à cette finalité. 

Une auteure déjà accomplie, engagée, pleine de potentialités et d‘avenir. Ce qui frappe c’est son visage, quiet, tranquille, au regard soutenu, on lui donnerait le bon dieu sans confession. De toute manière, plus personne ne se confesse aujourd’hui !

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