Djalila Dechache
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Billet de blog 17 juin 2021

Ma mère, Aldo Naouri, mon analyse et la sienne

Peu de livres suscitent un tel émoi, un tel bouleversement dans la compréhension de ce qui caractérise une vie : l‘enfance, la mère, la vie. Plus connu des parents et de leurs jeunes enfants, Aldo Naouri livre ici un témoignage d’une rare sincérité, d’une rare vérité, d’une rare mise à nu.

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Peu de livres suscitent un tel émoi, un tel bouleversement dans la compréhension de ce qui caractérise une vie : l‘enfance, la mère, la vie.

Plus connu des parents et de leurs jeunes enfants, Aldo Naouri livre ici un témoignage d’une rare sincérité, d’une rare vérité, d’une rare mise à nu.

Il (se) pose des questions, nombreuses mais plus particulièrement celle de qu’est-ce qu’une mère ? Qu’est-ce qu‘un père ?

Nous croyions tout savoir depuis Freud, Lacan et d’autres professionnels sur l‘inconscient, sauf qu’ici il s‘agit d’une mère juive grandie au Maghreb en Lybie et en Algérie. Une mère pratiquante, illettrée bien que savante, une mère très présente et très seule, très tôt veuve, une mère pleine de sagesse à mi-chemin entre croyances ancestrales, proverbes et aphorismes, intuitions et psychologie, oniromancienne, une mère attachante, manipulatrice…et aimante aussi.

En somme, la mienne, la vôtre, la leur, la mère de tout le monde !  Aldo Naouri est tout en bonté bien que lucide lorsqu‘il évoque la sienne malgré tous ses travers.

Rien n‘est plus pénible que d‘entendre des adultes ressasser, critiquer leur mère, leur père aussi mais dans une moindre mesure. Il faut vraiment comprendre ce que sont nos parents et cesser de les interpeller a fortiori lorsqu‘ils sont partis. Il faut grandir !

Il me semble qu’il est difficile d‘écrire vraiment sur ce lumineux livre, sauf à rester en surface, c’est une autre affaire !

De ce fait, j‘invite les lecteurs à savourer ce livre, même s’il peut heurter parfois, il n‘en demeure pas moins salutaire, nécessaire pour devenir un fils ou une fille pour de bon, sans ressentiment.

Et le père ? ce n’est ni plus ni moins que la manifestation d’un organe reproducteur !

«(…) Si on représente les sept millions d‘années de l‘histoire de l‘humanité par vingt-quatre heures, il y a eu des mères depuis vingt-quatre heures et des pères, au sens plein du terme, depuis seulement une vingtaine de minutes. Ce n‘est pas sans avoir laissé de traces» p 68-69.

Et aussi

«Le nouveau-né vient au monde avec ce que j’ai appelé un alphabet élémentaire qui réfractera pour lui le monde en lui permettant de le lire. Or cet alphabet lui vient de sa mère et seulement…p 69.

C’est une découverte aussi importante que de savoir que la terre tourne autour du soleil !

Lui qui a l‘habitude de dire que « Tous ses livres ont fait hurler » par leur audace et leur caractère iconoclaste, avec « Ma mère », il aurait tendance à nous faire pleurer !

Par son amour immodéré, clairvoyant, juste, calme, patient envers sa mère, lui le petit dernier d’une fratrie de dix enfants, l’a accompagnée sans mot dire ou presque dans toutes ses demandes jusqu‘en France où elle a fini sa vie.

Une psychanalyse, pour quoi faire ?

Aldo Naouri n‘était très favorable à en faire une comme tous ses collègues et amis autour de lui le pressaient. Enfin, lors de sa recherche, il en rencontre un qui sera le «  bon », celui qui l‘accompagnera dans sa cure et la réussira.

Ce médecin de l‘écoute «  tbib ettasnit » comme le nommera sa mère avec intelligence.

Il aura suffit d’un regard, sur le pas sa porte lorsqu‘il se rend chez lui : «  son regard était en moi depuis toujours » p 21.

Quelle force, quelle puissance ! on peut se demander si c’est l’analysé ou le méditerranéen qui parle, ou les deux, mais cette évidence transperce, bouleverse, celui qui la pense et celui ou celle qui la lit et la reçoit.

C’est donc en faisant sa psychanalyse et en visitant sa mère plusieurs fois semaine où elle l‘éclaire sur ses incompréhensions et ses souvenirs d’enfance, qu’Aldo Naouri va dénouer les fils et les entrelacs, selon son mot, de ses langues. Cette approche est rarement faite à l ‘écrit, comme deux vases communicants, lui et sa mère, sa mère et lui, le résultat bénéfique est double voire davantage si l‘on inclut les plus proches parents et enfants.

Un livre magistral, éclairant, nécessaire…une chose est sûre et immuable : nous sommes toutes et toutes à la recherche de l‘amour sous toutes ses formes « cet ingrédient qui circule dans cette agitation et qui fonde aussi bien l‘égoïsme que l‘altruisme ou la solitude de chacun de nous » p 38.

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