Djalila Dechache
Auteure, chercheure sur l 'Emir Abdelkader l 'Algérien et le théâtre arabe.
Abonné·e de Mediapart

71 Billets

2 Éditions

Billet de blog 17 nov. 2021

Brest-Vladivostok, journal d’un optimiste, Philippe Fenwick, Editions Equateurs.

On le connaît depuis longtemps, presque 20 ans lorsqu‘il était en  binôme avec William Mesguich, tous deux avaient entrepris « un rêve modeste et fou » de traverser la France à pied (bonjour les ampoules et le stock de chaussures) avec une représentation chaque soir pour les villages, ceux et celles pour qui la capitale est bien trop loin.

Djalila Dechache
Auteure, chercheure sur l 'Emir Abdelkader l 'Algérien et le théâtre arabe.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Brest-Vladivostok, journal d’un optimiste, Philippe Fenwick, Editions Equateurs, 2021, 157 p.

Dédicacé à son fils et à Georgette Rocton, (un nom d‘héroïne de roman semblant sortir du « Voyage au bout de la nuit »)Philippe Fenwick se lance dans sa propre aventure en reprenant le fil de celles qu‘il s’est données dans sa quête des origines.

On le connaît depuis longtemps, presque 20 ans lorsqu‘il était en  binôme avec William Mesguich, tous deux avaient entrepris « un rêve modeste et fou » de traverser la France à pied (bonjour les ampoules et le stock de chaussures) avec une représentation chaque soir pour les villages, ceux et celles pour qui la capitale est bien trop loin dans tous les sens du terme de leurs préoccupations journalières, dont le seul message est le ronronnement sournois de la télévision.

C’est de là que commence à germer dans sa tête une épopée des temps modernes qui le mènerait au fin fond de la Russie pays de sa grand-mère.

 Philippe Fenwick est au premier abord, sympathique, très cultivé, exigeant, attachant on ne sais jamais ce qu‘il veut, ce qu’il cherche, jamais à court d’une idée, d’un projet, il court tout le temps, il n’est pas là où on l’attend : comédien professionnel, il a crée une compagnie de théâtre, il devient photographe puis organise une lecture à La SACD avec Tom Novembre, puis vidéaste puis comédien chez Macha Makeïeff au Théâtre de la Criée de Marseille, il écrit, c’est son deuxième livre et plein de choses en veille, en advenir. Il échappe à toutes « les cases », n’est-ce-pas Philippe !

Là, pour ce livre-ci c’est autre chose : c’est sa vie, sa vie intime, émotionnelle de cet écorché vif, ce mélancolique romantique, qui a le sens de l’amitié, des voyages, des lectures, des rencontres, de la vie en somme.

Il lui fallait un fil conducteur, un argument narratif qui traverserait son œuvre : voilà donc Jacques Mercier au nom aussi connu que le nom d’une ruelle de province mais à la vie et la fin de vie aussi mystérieuse qu‘une enquête à la Colombo. 

Le voilà parti à la recherche de cet homme mystérieux en se posant à Brest, en questionnant en cherchant et en trouvant des éléments de vie de ce comédien solitaire et isolé de music-hall puis en décidant de partir pour Vladivostok par voie de chemin de fer, (plus de 12.000 Kms, près de 9 jours de train, 7 heures de décalage horaire) c’est long à souhait pour vivre toutes les émotions qu‘apportent les villes rencontrées, l‘accueil de leurs habitants dont il ne comprend pas la langue évidemment sinon ce serait trop facile pour Philippe.

Entre temps, il s’adresse à l’Administration publique pour finaliser un travail de création qui nécessite des subventions : là, il faut se préparer à lire des pages qui deviennent  anthologiques du Service Public, qui n’a guère beaucoup changé depuis jean Vilar ou Antoine Vitez ! C’est épiquement drôle et dramatique en même temps.  Il faut être très costaud nerveusement ou être dans les petits papiers de ceux qui tiennent les rênes des budgets.

Philippe Fenwick, il faut le dire a une belle écriture, il écrit comme il parle et inversement, sa prosodie, sa diction toujours parfaites donnent le sentiment qu’il mâche ses mots et ses pensées même si parfois il a le regard hagard : c’est qu’il est plein de pensées, de désirs, de projets comme je l’ai dit plus haut. Je croyais le connaître, je le découvre et c’est un choc !

En fait, il est habité : de personnages, de textes, de sa famille au destin plutôt romanesque, sa vie est extraordinaire comme il le décrit dans ce texte, il s’est toujours gardé d’en parler devant moi, par pudeur je pense.

De plus il coche toutes les cases Philippe, parce qu‘il est foisonnant, multiple, exubérant et rieur comme le monde ! C’est cela qu‘il devrait dire lorsqu’il demandera une subvention !

Philippe Fenwick, est un auteur romantique et romanesque, un batailleur lucide du XXI ème siècle dans la pure lignée de Baudelaire, Céline et Brecht : il sait raconter des histoires par tout moyen possible, qui nous emportent, nous émeuvent et nous rassemblent.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Diplomatie
Macron passe la diplomatie française à la sauce « libérale »
Sous prétexte d’accroître la « mobilité interne » au ministère des affaires étrangères, la réforme prévue par Emmanuel Macron permettra d’offrir des postes d’ambassadeur à des amis politiques ou des cadres du monde des affaires qui ont rendu des services. Tout en réglant son compte à un corps diplomatique que l’Élysée déteste.
par René Backmann
Journal — France
Fausse rétractation de Takieddine : sur la piste d’un « cabinet noir » au service de Sarkozy
L’enquête sur l’interview arrangée de Ziad Takieddine révèle les liens de plusieurs mis en cause avec le clan Sarkozy et leur volonté de « sauver » l’ancien président, mais aussi ses anciens collaborateurs, Brice Hortefeux et Thierry Gaubert, également mis en examen dans l’affaire libyenne.
par Karl Laske et Fabrice Arfi
Journal — Terrorisme
Les confidences du commissaire des services secrets en charge des attentats du 13-Novembre
Le commissaire divisionnaire SI 562 – le nom de code le désignant – a dirigé la section chargée des enquêtes judiciaires liées au terrorisme islamique à la DGSI, entre 2013 et 2020. Il offre à Mediapart une plongée inédite dans les arcanes du service de renseignement.
par Matthieu Suc
Journal — Justice
À Marseille, des juges font reculer l’incarcération à la barre
L’aménagement de peine, par exemple le bracelet électronique, prononcé dès le jugement, est une possibilité qui n’avait jamais décollé avant 2020. Mais à Marseille, la nouvelle réforme de la justice et la volonté d’une poignée de magistrats ont inversé la tendance. Reportage.
par Feriel Alouti

La sélection du Club

Billet de blog
La comédie des catastrophes
Au Théâtre de la Bastille, le collectif l'Avantage du doute dresse un hilarant portrait de la société contemporaine pour mieux en révéler ses maux. De l’anthropocène au patriarcat, de la collapsologie aux comédiennes mères ou non, du besoin de tendresse des hommes, « Encore plus, partout, tout le temps » interroge les logiques de puissance et de rentabilité par le biais de l’intime.
par guillaume lasserre
Billet de blog
La clique de « Kliniken » vue par Julie Duclos
Quinze ans après Jean-Louis Martinelli, Julie Duclos met en scène « Kliniken » du dramaturge suédois Lars Noren. Entre temps l’auteur est décédé (en 2021), entre temps les guerres en Europe ont continué en changeant de pays. Immuable, la salle commune de l’hôpital psychiatrique où se déroule la pièce semble jouer avec le temps. Troublant.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Un poète palestinien : Tawfik Zayyad
Cette poésie simple, émouvante, populaire et tragique a circulé d'abord sous les tentes des camps de réfugiés, dans les prisons avant d'être lue, apprise et chantée dans toute la Palestine et dans tout le monde arabe.
par mohamed belaali
Billet de blog
La chanson sociale, comme levier d’empowerment Bernard Lavilliers en concert
Dans la veine de la chanson sociale française, l’artiste Bernard Lavilliers transmet depuis plusieurs décennies la mémoire longue des dominés, leurs souffrances, leurs richesses, la diversité des appartenances et propose dans ses narrations festives et musicales. Balzac disait que «Le cabaret est le Parlement du peuple ». En quoi la chanson sociale est-elle un levier de conscience politique ?
par Béatrice Mabilon-Bonfils