malakoff, Gregory Buchert, Editions Gallimard, Collection Verticales

Après Arno Bertina, c’est au tour de Gregory Buchert, édité chez le même éditeur, de livrer son vécu et son ressenti d’une résidence d’artiste plasticien à Malakoff, petite ville située au sud de Paris.

malakoff, Gregory Buchert, Editions Gallimard, Collection Verticales, 320 p, 2020.

 

Après Arno Bertina qui rendait compte dans son excellent livre « L’âge de la première passe », d’une série d’ateliers d’écritures donnés au Congo pendant plusieurs années à des jeunes filles mineures désemparées, c’est au tour de Gregory Buchert, édité chez le même éditeur, de livrer son vécu et son ressenti d’une résidence d’artiste plasticien à Malakoff, petite ville située au sud de Paris.

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Dès les premières pages, le lecteur entre dans une écriture serrée, reçoit un style maîtrisé et un humour qui perle gentiment.

On pense par moments à Laurent Mauvignier, et même à Didier Eribon. Par moments seulement. Cela pourrait être une écriture blanche, sauf que des éléments sensibles viennent s’y greffer et dénotent tout le bouillonnement maîtrisé du personnage et de l‘auteur.

Gregory Buchert, comme les auteurs cités, lit beaucoup et son récit est parsemé de références littéraires, culturelles, artistiques.

La scène du jury qui doit désigner le candidat à la résidence est tout bonnement drôle, ce n‘est plus de l‘observation c’est du vécu. Comme dans tout concours, il y a une partie de bluff, lorsque Gregory Buchert balance son projet telle une bouée à la mer  : il veut partir à la recherche de Sam Szafran et de Malakoff en Russie. C’est lui qui remporte la résidence.

 

On le sait, examens, concours et toute autre épreuve et candidature est le fruit d’une dose certaine de cran et de maîtrise de soi. En apparence.

 

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A la fois biographique et fictionnel, le livre joue sur deux tableaux : la résidence proprement dite de l‘auteur et la quête - enquête qu‘il mène pour comprendre l‘histoire du nom de la ville, de son prénom et le fameux artiste pastelliste Sam Szafran, décédé à 84 ans à Malakoff, au nom délicieusement allitéré en a et s, qu‘il cite comme un mot magique devant le jury quelque peu perdu.

C’est ainsi qu‘il compose son histoire avec un carnet de bord à la main, programme son retour aux sources chez sa mère en Alsace, qui pour lui faire « une surprise »tapisse sa chambre d’enfant avec du papier peint de rayonnage de bibliothèques en trompe l’œil, elle qui ne lit pas mais « rêverait d’aimer ça ».

Comme si cela ne suffisait pas, sa mère lui dit le matin :

« Hier soir j’ai eu du mal à m’endormir, alors j’ai repensé à ton projet, à ton histoire de Russie. Je t’avais déjà raconté ça mais tu l’as sûrement oublié. Plusieurs mois avant ta naissance et même encore deux jours après l’accouchement, tu t’appelais Gregor, à cause de Gregor Beugnot.»

Comme tout artiste, la page blanche, l‘absence, la panne arrive bien vite, alors le narrateur décide de travailler autrement : ce sera l‘écrit et le visuel ( photos disséminées dans le livre et exposition en amont de l ‘édition de son livre) qui seront ses fils conducteurs, il enquête, cherche, trouve, interroge, note, expose, reformule….

Son texte ainsi conçu comme une performance sera sa création de restitution publique de fin des trois mois de résidence.

En clôture de sa résidence à la Maison des Arts Centre d’art contemporain de Malakoff, Gregory Buchert a proposé « L’invention de Malakoff ». .« C’est dans cette ville que je me suis endormi aux environs de six heures ce matin, avec le sentiment de ne plus réellement savoir où j’étais. De Malakhov à Malakoff, de Gregory à Gregor, quelques changements d’orthographe pour maquiller les identités et traverser les frontières. » Extrait de l‘auteur« L’Invention de Malakoff ».SLASH 2020.

 

 

Archives

L’invention de Malakoff - La maison des arts, centre d'art contemporain de Malakoff

Gregory Buchert, Pont de Turbigo, 2016

Modélisation 3D

Conception : Thomas Duquet. Œuvre conçue pour intégrer l’édition du roman L’invention de Malakoff.

 

Sauf méconnaissance, il n‘y avait de retour de résidences aussi réussis, édités sous forme fictionnelle et biographique.

Le livre de Gregory Buchert respire la sincérité, la justesse, l’attention et l‘empathie aux personnes et aux lieux.

 

 

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