Combattre le voilement Fatiha Agag-Boudjahlat

Après un premier livre « Le grand détournement » édité chez le même éditeur, Fatiha Agag-Boudjahlat, algérienne née en France, professeure des collèges à Toulouse s’atèle au voile que certaines femmes musulmanes portent, mais aussi au voilement des esprits, des pensées, des actes.

Combattre le voilement, Fatiha Agag-Boudjahlat, préface d’Elisabeth Badinter, Editions du Cerf, 2019, 214 pages.

 

Ce qui peut surgir très vite à la lecture de l‘essai de Fatiha Agag-Boudjahlat c’est un sentiment de révolte, de colère, de refus, à commencer par son titre qui débute par un verbe fort. En sous-titre Entrisme islamisme et multiculturalisme.

Son enquête passe au crible les situations de la vie quotidienne où les femmes musulmanes voilées sont confrontées, analyse l‘envers et l‘endroit de la parole médiatique, de certains militants, de la justice aussi lorsqu‘elle est rend des arrêts insuffisamment impartiaux. Fatiha Agag-Boudjahlat est une femme forte comme il en est peu, elle se confronte «  à un système, un cadre mental rigoriste, un symbole orthodoxe et le signe d’une hiérarchie des rôles et des dignités entre les hommes et les femmes ».

Une femme devenue libre

Il est juste de dire que nous acceptons sans bouger ni réagir ou si peu,les compromissions, les amalgames, les mensonges, les reculs, les demi-teintes tous domaines confondus…. Fatiha Agag-Boudjahlat refuse tout cela. Heureusement, elle est bien entourée au sein de l‘équipe pédagogique du collège où elle enseigne notamment, à commencer par son Principal d'établissement.

Comme le souligne Elisabeth Badinter dans la préface, il y a 30 ans maintenant que la question du «  foulard », devenu voile islamique, a fait irruption au sein de la société, alimente Presse et débats en France, sans que la moindre correcte solution ne soit proposée ou trouvée. Cela signifie quelque chose. Que l‘affaire, puisqu’elle est qualifiée ainsi, est montée d’un cran, emparée par les politiques et du religieux. Manipulée ? Transfigurée  par quelques extrémistes ? dévoyée de son sens premier ? C’est fort possible. D’autant que la question du voile associe désormais celle du corps des femmes touchant les facettes de leur aliénation et de leur libération dans une convergence des luttes avec les femmes du monde entier.

Ce qui saute aux yeux en lisant ce livre qui nos concerne tous, femmes et hommes, c’est sa détermination, sa foi inébranlable de la recherche de vérité, de justice, à la manière d’une Antigone d’aujourd’hui qui ne cherche pas une sépulture pour son frère, c’est – à – dire une dignité, qui s’élève contre l‘autorité abusive d’un Créon, une Antigone qui cherche des réponses en dépit de ses frères qui ont fait d’autres choix de vie, diamétralement opposés. En pareille circonstance, la solitude accompagne la décision.

Je parle de cette solitude identique à celle du coureur de fond, de la passionaria sans protection, où chaque pas la transforme et nous aussi par la même occasion. Elle fait face à la violence inouïe de notre société où qu‘elle soit sur cette terre, qui avance mue par une force vitale, exceptionnelle en elle. Cela se ressent à chaque page. Elle affiche un sourire qui en dit long et donne de sa quiétude apparente. Elle va loin Fatiha Agag-Boudjahlat. Elle avance sur la voie royale de la libération.

Pour son livre précédent « Le grand détournement », elle a été finaliste du Prix politique de l‘Assemblée nationale en 2017.Un cheminement à suivre.

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