Family Romance LLC / Werner Herzog

Perdu dans la foule de Tokyo, un homme a rendez-vous avec Mahiro, sa fille de douze ans qu’il n’a pas vue depuis des années. La rencontre est d’abord froide, mais ils promettent de se retrouver. Ce que Mahiro ne sait pas, c’est que son “père” est en réalité un acteur de la société Family Romance, engagé par sa mère.… »

FAMILY ROMANCE LLC

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Un film de Werner Herzog

Avec : Yuichi Ishii, Mahiro Tamimoto

2020, 1h 29 sorti en salles depuis le 19 août 2020. VOSTF

 

 SYNOPSIS

Perdu dans la foule de Tokyo, un homme a rendez-vous avec Mahiro, sa fille de douze ans qu’il n’a pas vue depuis des années. La rencontre est d’abord froide, mais ils promettent de se retrouver. Ce que Mahiro ne sait pas, c’est que son “père” est en réalité un acteur de la société Family Romance, engagé par sa mère. » 

 Cela m’est apparu comme une évidence : ce devait être une fiction, avec des acteurs et une histoire structurée ».Werner Herzog.

Beaucoup de choses et souvent les mêmes ont été  écrites sur ce film magnifique de Werner Herzog, à croire qu‘il n’ait pas plu à une certaine critique désabusée d’enfants gâtés qui préfère nous distraire de son sens profond.

 

Personne n'évoque ces personnages qui viennent troubler avantageusement le film, l‘histoire, le réalisateur et le spectateur aussi.

 

Mahiro, cette toute jeune fille, avec sa tenue noire de petite diablesse se métamorphose, devient grave, plus grande dans sa tenue traditionnelle, toujours forte et identique à elle-même lorsqu‘elle rencontre ce qu‘elle croit être son père.

Divers personnages sur leurs parcours.

A commencer par cette petite fille, remarquable, prise en affection par Mahiro, excellente et juste, qui la défend contre les méchancetés et les cailloux qui lui sont jetés. Cette petite a la peau mate dont on dit d’elle qu‘elle a été brûlée pour être aussi brune, c’est elle qui réclame un câlin à Yuichi, excellent et juste, qui s’exécute. Un câlin, une folie !dans un pays où tout le monde est dans l 'évitement physique.

Cette autre enfant qui clôt le film, lorsque Yuichi tente de rentrer chez lui, dans sa vraie vie, en vain : sa petite fille tambourine à la porte vitrée de ses petites mains blanches, lui, ne peut plus faire un pas de plus, entend et s’effondre par terre en pleurant sous le regard étonné de la petite. Tout son système s’écroule.

 L’oracle aussi, cette dame âgée aveugle qui pratique le don divinatoire, communique avec les esprits et indique la conduite à mener suite à la question posée.

 Pourquoi poser la question du professionnalisme ou non des acteurs ? Que peut une telle question ?

 Dans un film comme celui-ci, pas grand-chose ou même rien. Ce qui prime est que la société japonaise, sans doute la nôtre potentiellement, en prise avec ses contradictions entre hier et demain, ne peut plus faire marche arrière : lenteur et ralentis, temps suspendu et extrême rapidité, nature avec les cerisiers en fleurs, période spirituelle à souhait et temples très appréciés du public, agences de location de personnes humaines et impossibilité d’exprimer son amour, le mensonge érigé en business, interprétation des rêves auprès d’un ami médium, téléphone relié au vent du haut de la falaise, des lieux aseptisés, aussi lugubres et froids que des ambiances funéraires…

Où est la joie, où sont les rires, que faites-vous de l‘insouciance et de la rêverie, instances nécessaires aux âmes ? Que sont devenus les anciens avec leurs rides et leur regard vitreux? Cachés au fond d’un trou, relégués aux arrières-postes ? Relégués tout court, morts avant terme.

Et Schubert, toujours recommencé, jour un rôle important aussi …

De ce fait, il règne dans ce film une atmosphère de lévitation poétique sans aucune autre pareille, très appréciée par les temps qui courent, se transmet et demeure malgré tout.

 Faut-il se porter hors des mégapoles et autres métropoles pour recouvrer le sens primitif d’avec la nature, les ancêtres, la terre, le joueur d’instrument de musique traditionnelle, les moineaux et les bébés hérissons ?

 Werner Herzog signe un film d’une extrême sensibilité, passant d’une extrême beauté à une extrême laideur, en peu de temps, petite caméra à l‘épaule, ressent les émotions à l‘oreille : se peut-il que l’humanité court à sa perte aussi vite, aussi facilement, sans revenir? Faudra-t-il redevenir enfant pour survivre ? Vivre cette servitude volontaire robotisée ?

 

Nourfilms.com

Dossier de presse : ENTRETIEN AVEC WERNER HERZOG Propos recueillis et traduits par Anne-Claire Cieutat.

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