ANAIS S EN VA T EN GUERRE d'Anaïs Kerhoas Editions Equateurs

Ce pourrait être un titre de film*, de conte, d’une peinture ou même d’un morceau de musique, tant le titre et la couverture du livre nous inspire et nous transporte.

Éditions des Équateurs - Anaïs s'en va-t-en guerre - Anaïs Kerhoas

ANAÏS S‘EN VA-T-EN GUERRE,Anaïs Kerhoas, Récit, Editions Equateurs, 180 pages. 2020.

Ce pourrait être un titre de film*, de conte, d’une peinture ou même d’un morceau de musique, tant le titre et la couverture du livre nous inspire et nous transporte. 

Il ne s’agit pas davantage de l‘histoire d’une « sorcière »,c’est tout le contraire, Anaïs Kerhoas est une fée comme il y en a peu au XXI ème siècle avec les pieds plantés dans le réel et la tête bien faite, bien pleine dès son enfance et de connaissances rapportées du bout du monde. Sa volonté absolue de faire quelque chose d’un bout de terre, s’est posée là-bas en Bretagne enchanteresse du bout de la France.  

Composé en quinze chapitres, la narratrice nous entraine avec elle dans sa quête parsemée de questions, de doutes, sa foi inébranlable et des blocages administratifs – et oui, nous sommes bien en France ! - .

 Les débuts, l‘initiation

 Pour Anaïs tout commence dès la naissance pourrait-on dire : jumelle d’un frère en tout point opposé, elle s’évade bien tôt en se réfugiant dans le spectacle de la nature qui l‘entoure.

Issue d’une famille modeste basée à Roz-Ven puis à Saint-Malo, ville de villégiature à près de 60 %, où elle s’ennuiera bien vite, elle connaît les tourments des adultes à la vie difficile qui se disputent puis se séparent, la « différence » de son père, les difficultés financières de sa mère pourtant formée à « la culture arboricole fruitière »,l‘internat dès le collège dans une ville voisine, des grands parents proches de la terre qui lui apprendront, son Pépé surtout, les bases des quatre saisons du potager.

Dès lors « un lien étroit l‘unit à la terre » que ce soit par les plantations sauvages ou semées, le climat breton et ses bourrasques phénoménales, les marées, la bouse de vache, les fleurs toutes puissantes dont elle imprègne  déjà son être avec toutes sortes d’odeurs et de parfums. Ces éléments la font grandir plus vite. « Une psy évoque avec elle l ‘étrangeté de son enfance ».

Le tournant de sa vie s’effectue lorsque son père, séparé de sa mère déménage dans une maison fabuleuse, anciennement occupée par le gardien des lieux « un paradis » dit-elle.

 La révélation : l ‘Inde, porte ouverte au monde

 A 18 ans, son « monde la rendait triste », l‘aventurière en herbe se rend jusqu’en Inde pour six mois sans trop savoir pourquoi : elle sent un appel, une attirance, une évidence.

Le choc est terrible, la pauvreté, la population entassée, les rues encombrées, les hommes aux pieds nus  foulant la poussière de la capitale indienne, l‘odeur suffocante de « morceaux de bêtes suspendues à des crochets du marché » : elle décide d’être végétarienne sur le champ !

 Elle absorbe tout, les mauvaises comme les bonnes choses, de rencontres en paysages, la mythologie indienne, les trajets en car sur des routes difficiles et cahotiques jusqu’au Népal, de nouvelles sensations, émotions, images et partout la présence du sacré où tout devient signe : «  j‘ai réalisé alors combien voyager transformait tout mon être, physique et psychique ».

D’autres voyages suivront, la Guyane et le Brésil, lui apporteront un monde merveilleux de découvertes, d’expériences et d’avancées sur le chemin de la vie et de l‘herboristerie.

A chaque fois des rencontres particulières, des personnes chaleureuses et compréhensives comme cette indienne qui sentant sa détresse lui prend la main et la serre afin de la réconforter, avec le regard aussi.

 Une solide formation

 Lorsqu’elle rentre en France, elle est déboussolée, ce qui ne l‘empêchera pas de s’inscrire à la formation d’herboriste qui dure deux ans.

Un stage pratique est nécessaire pour valider ses acquis, c’est naturellement qu‘elle se rend près de Quimper où Gérard Bensoussan a créé la première production de plantes aromatiques et médicinales de Bretagne. C’est une autre rencontre remarquable pleine d’empathie et de soutien sans faille.

Puis tout va assez vite, Anaïs s’adonne à plusieurs tentatives de mise en pratique ce qu‘elle a appris et s’installe avec des maraîchers. Ne se considérant pas du milieu agricole et pour se sentir légitime, elle s’engage dans une nouvelle formation (Brevet professionnel responsable d’exploitation agricole).

Au niveau de son habitat et de sa vie quotidienne, et après l‘Inde, elle vit de manière quasi sauvage, frugale, avec eau du puits et éclairage à la bougie.

Moins sympathique et tout aussi rude, Anaïs se confronte à l‘administration des services sociaux afin d’exister mais il faut bien qu’elle rentre dans une case de la nomenclature des catégories socioprofessionnelles…

Elle s’installera près de Dol en Bretagne dans un lieu qui lui a fait signe et dont elle a eu un coup de cœur et où elle assure toute la chaine de production de plantes aromatiques et médicinales biologiques.

 Anaïs, Anaïs….Fille de la ville, reine des champs

 C’est une jeune femme assez rare Anaïs, elle a acquis une sorte de science innée de savoir quoi faire, quand, avec qui : tout est comme cela dans sa vie, elle est à l‘instinct, elle est touchée par la grâce alors elle est guidée, elle sait.

Les gens qui la rencontrent la comprennent immédiatement, veulent l‘aider, l‘apprécient et la suivent dans ses premiers pas, dans ses évolutions.

Lorsqu‘elle a du abattre un arbre, un majestueux cyprès planté trop près de sa maison, son sommeil sera chamboulé des jours durant. Elle « accorde aux arbres de grands pouvoirs (…)les esprits et les ancêtres s’y réfugient ».

 Elle est comme cela Anaïs, modeste et tranquille, fonceuse et passionnée aussi, elle a tout compris si jeune tout en restant ouverte et disponible dans sa tête. Sans l‘avoir rencontrée on la reconnaît dans le partage et la défense de même valeurs. Une personnalité vraiment attachante. Un livre à lire et faire lire.

 

Djalila Dechache

 

 - *Le film réalisé par Marion Gervais, « Anaïs s’en va t’en guerre » » (2013), a été visionné par plus de 800 000 personnes et lauréat du Prix de la Compétition Documentaire - Le Réel en Vue, Thionville 2014.

 

 - site d’Anaïs : lestisanesdanais.fr

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