Naître et s’engager au monde, Frédéric Spinhirny, Editions Payot,

Comment défendre la thèse d’un tel livre lorsque l’on est directeur – adjoint à l‘hôpital universitaire Necker-Enfants malades. Et aussi philosophe. C’est tout l‘enjeu de cet essai étonnant et bien venu.

Naître et s’engager au monde, Frédéric Spinhirny, Editions Payot, 237 p, 2020.

« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience »René Char.(Citation de l ‘auteur).

 

Comment défendre la thèse d’un tel livre lorsque l’on est directeur – adjoint à l‘hôpital universitaire Necker-Enfants malades. Et aussi philosophe. C’est tout l‘enjeu de cet essai étonnant et bien venu.

Alors quoi, il faudrait cesser de donner la vie parce que le monde est dans sa perte, que l‘avenir est trop nébuleux pour que les chères petites têtes  aient matière à rêver et vivre, « à naître dans un monde en ruine »ou encore « à quoi bon donner naissance au pied d’un volcan » ?

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D’où parle-t-on pour dire et penser cela ?

Lorsque plus de moitié du monde pense et fonctionne autrement, nous sommes en pays nanti, capitalistes, faisant partie du G7, bouffés par des questions existentielles, où  l‘individualisme devient la norme et l‘anti-dépresseur la réponse aux maux les plus divers.

 

En 4 bons et bien développés paragraphes, l‘auteur, plein de bienveillance et d’empathie nous invite à revoir nos fondamentaux de vie, mis à mal par des féministes qui rejettent la reproduction, cette évidence, cette loi immanente de tout un chacun et chacune surtout. 

Donner la vie réveille une menace pour soi, une menace que de l‘enfant à venir endossera à son tour, laisse la place à un individualisme poussé, alors pourquoi succomber ?

Certes donner la vie est une responsabilité mais refuser catégoriquement d’enfanter, ce n’est plus un choix mais une punition envers soi-même.

Refuser de donner la vie devient un acte pas forcément heureux ou réussi lorsque l‘ordre établi prône la reproduction de l‘espèce. L’auteur s’appuie sur la pensée de la philosophe Hannah Arendt, elle-même sans enfant, marquée par le Philosophe Heidegger et son combat contre la mort. Elle qui  « a  fait pourtant de la naissance une catégorie centrale de sa philosophie ».

Pire encore, la rencontre homme / femme est devenue si problématique, improbable, passe forcément par l’écran interposé du mensonge de faux profils des sites de rencontres, encourageant le «  jetable »à outrance et la possibilité de choix de rencontres à l‘infini sans lendemain.

Et d’évoquer à juste titre que la « fécondité de la rencontre amoureuse » est de celle qui prolonge et métabolise l‘être à venir.  

« Prendre soin du monde passe par le fait de donner naissance ».

S’appuyant sur la thèse du livre Condition de l’homme moderne d’Annah Arendt,qui postule l‘idée que chaque naissance est un acte politique, fort, engageant, dans le sens où il implique la société, le collectif, il est bon de noter que la philosophe , est l‘une des rares femmes qui s’exprime dans un monde d’hommes, de cet univers de la philosophie politique et ce depuis Socrate.

C’est en cela que c’est révolutionnaire et qu‘il faudra bien relire son texte afin de comprendre que donner naissance c’est re - naître soi-même et s’engager dans l‘apprentissage du soin à autrui, de la « vita activa »,caractère essentiel de l‘action, de l‘agir impulsé par toute vie naissante.

Ce livre, outre son style agréable novateur mêlant philosophie et pratique en hôpital pour enfants, conduit à nous poser la question de la vie même, de la nôtre d’abord qui sommes déjà nés, en l’inscrivant dans une temporalité beaucoup plus intéressante et plus vaste que celle d’une seule trajectoire.

Frédéric Spinhirny remercie et dédie son ouvrage aux enfants qui « ouvrent le monde et viennent le transformer » .C’est si beau et vivifiant !

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