Le confinement creuse la différenciation sociale dans nos quartiers populaires

Les inégalités sont au cœur de l’actualité, le coronavirus s’en est fait le digne catalyseur, voire le révélateur et l’accélérateur des inégalités socioéconomiques, dites de « classe » et des disparités sociales dont se plaignent de nombreuses familles.

COVID19 : le confinement creuse-t-il la différenciation sociale dans nos quartiers populaires 


Les inégalités sont au cœur de l’actualité, le coronavirus s’en est fait le digne catalyseur, voire le révélateur et l’accélérateur des inégalités socioéconomiques, dites de « classe » et des disparités sociales dont se plaignent de nombreuses familles.

Le confinement et l'école à distance rétablissent-ils les inégalités sociales au lieu de les résorber ? 

Certes, le coronavirus a frappé de manière quasi homogène, voire presque démocratique les riches et les pauvres, reléguant ainsi la lutte des classes à plus tard. Mais le confinement, quant à lui, a accentué les inégalités sociales et économiques. Même le droit à l'éducation, un droit garanti et consacré par la Constitution, se retrouve donc dévoyé et n’est plus le même pour tous.

Depuis plusieurs mois que nous sommes soumis à des confinements, des couvres-feu,  nous constatons que ceux-ci ont mis en évidence la nature tridimensionnelle des fractures béantes qui frappent de plein fouet notre société, et particulièrement nos quartiers populaires, touchant en priorité les populations les plus démunies :

⁃ Les inégalités scolaires : en effet, un certain nombre de familles n’ont pas accès aux outils numériques, rendant la « continuité pédagogique » quasi impossible puisqu’ils ne peuvent pas échanger avec leurs enseignants ni rendre les devoirs faits. Ces mêmes élèves, ne peuvent pas prétendre à une quelconque aide ou un suivi de la part de leurs parents qui eux-mêmes baignent, souvent, dans une misère pédagogique. Or, en l’absence de l’école tout ce travail de tutorat leur incombe. Il est de notoriété publique maintenant que les inégalités de départ entre les familles, plus ou moins diplômées, plus ou moins dotées de capitaux culturels ne cessent de se creuser tout au long de la scolarité des enfants. Le confinement a donc mis à nu la réalité brute de ces inégalités. Le principe de l’égalité des chances, notre marqueur républicain, tant défendu et acclamé par notre constitution, se retrouve rompu à cause de la « discontinuité pédagogique ».

⁃ Les inégalités alimentaires : assurer des repas quotidiens devient pour les familles en difficulté une vraie problématique. 

Depuis le début de la crise du covid-19, les français qui disposent de suffisamment de moyens ont acheté et stocké des produits de base provoquant une raréfaction dans les grandes surfaces. 

Des familles à revenus très modestes mais qui voit celui-ci diminué suite au chômage partiel subi, se retrouvent un peu plus encore dans la précarité chaque jour. Il est fort à craindre que ces mêmes familles se retrouvent dans l’incapacité de subvenir à leurs repas journaliers. 

⁃ Les inégalités financières : le loyer représente une partie très importante des revenus des ménages. 35% à 50% des revenus d’un foyer y sont consacrés, ce qui est énorme déjà en temps normal, alors que dire lorsque les salaires se réduisent comme une peau de chagrin eu égard au confinement et au chômage partiel de masse subi. 

La crise sanitaire met en exergue une solidarité indéniable, notamment à l’égard de nos médecins, nos infirmiers et nos soignants dont nous saluons le travail exceptionnel au quotidien auprès de nos malades. 

Nous saluons le travail des professeurs présents auprès de nos enfants durant cette période éminemment compliquée. 

Nous saluons les pouvoirs publics qui accompagnent avec bienveillance les habitants, notamment les plus précaires. 

Nous saluons les travailleurs et travailleuses qui sont sur le front bravant les dangers au péril de leur santé pour que l’activité économique ne s’arrête pas complétement et pour que nous puissions continuer à vivre quasi normalement.

Nous saluons également la solidarité associative sans laquelle la vie des habitants des quartiers populaires serait encore plus difficile.

Nous saluons la solidarité citoyenne avec des hommes et des femmes dévoués au quotidien bravant les dangers pour venir en aide aux plus démunis.

Mais cette solidarité aussi belle soit-elle ne saurait occulter cette crise sanitaire qui a mis aussi en exergue des fractures sociales et psychologiques déjà existantes qui se sont creusées au fil des mois atteignant des proportions jamais égalées. 

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