Après l'attentat de Nice, quelles réponses ?

Huit mois après Paris, un nouvel attentat massif touche la France, dans la ville de Nice cette fois, sur la promenade des Anglais. Avec 84 morts, le bilan humain déjà tragique ira malheureusement en s'alourdissant. En ce 14 juillet, c'est aussi la République qui est symboliquement attaquée à dessein en endeuillant ce jour de fête nationale.

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Le premier mouvement face à l'horreur de cet attentat est la solidarité avec les victimes et leurs familles. Beaucoup de citoyens auront besoin de toute la compassion et de tout le soutien dont nous pourrons faire preuve collectivement et individuellement.

Mais la peine et le recueillement passés, nous devrons répondre à cette terrifiante menace. Il est inacceptable que des terroristes puissent opérer sur le territoire national en toute impunité.

D'ores et déjà, il apparaît évident que l'état d'urgence tel qu'il a été mis en place, ainsi que l'opération Sentinelle - dont les militaires sont épuisés et utilisés à contre-emploi - sont inefficaces pour assurer la sécurité des citoyens. Bien au contraire, policiers et soldats ont été inutilement épuisés dans ces opérations qui ne servent que le marketing politique et à contrôler une légitime contestation sociale contre la loi El-Khomri.

Des mesures de salut public doivent être prises le plus rapidement possible sous peine de voir la cohésion nationale gravement atteinte et la démocratie mise en danger en cette année d'élection présidentielle.

  • Des mesures préventives immédiates doivent être prises contre les djihadistes supposés les plus dangereux.
  • Renforcer les services judiciaires du contre-terrorisme et le rôle des juges anti-terroristes afin de disposer des moyens pour instruire les enquêtes et poursuivre les terroristes tout en préservant l'Etat de droit.
  • L'opération Sentinelle doit être arrêtée afin de ne pas user la troupe inutilement, permettre l'entraînement correct des unités et leur redéploiement. De manière générale, la confusion introduite entre Défense Nationale et Sécurité Nationale par la Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de Nicolas Sarkozy en 2008, repris quasi conformément par Franois Hollande en 2013 doit être banni. Forces de police et forces armées ont des rôles bien spécifiques qui doivent être retrouvés.
  • Les politiques économiques d'austérité dictées par les traités de libre-échange et la Commission Européenne doivent dans le domaine de la défense, du contre-terrorisme judiciaire et du renseignement cesser de paralyser les moyens d'action de l'Etat.
  • Les prédicateurs salafistes et takfiristes ainsi que ceux qui les financent doivent être interdits d'exercer sur le territoire national.
  • A minima, une pression diplomatique forte doit être exercée contre les inspirateurs wahhabites des terroristes, l'Arabie Saoudite et le Qatar en tête et cesser les rapports complaisants de certains de nos politiques avec ces Etats.
  • Les biens et les avoirs des grands financiers supposés du terrorisme doivent être saisis et restitués sous condition exclusive de complète coopération avec le renseignement français - et tant pis si cela froisse quelques susceptibilités princières ou nuit à quelques carrières politiques tricolores.
  • Des relations étroites doivent être nouées avec les services de renseignement contre-terroriste de Russie.
  • Une ambassade doit être ré-ouverte à Damas afin de pouvoir procéder aux échanges d'informations nécessaires pour traquer les groupes terroristes.
  • Une pression diplomatique majeure doit être exercée sur la Turquie afin que le président Erdogan mette un terme complet à ses relations secrètes avec Daesh.
  • Les ennemis sont les terroristes et les mesures les plus extrêmes doivent être prises à leur encontre, mais il est inutile, le plus souvent dangereux et criminel de mener des guerres régulières contre les Etats où se terrent les groupes terroristes. Cette stratégie étasunienne à surtout développé les foyers terroristes en tuant là-bas aussi de nombreux innocents. 
  • Il est urgent pour la France de prendre ses distances géopolitiques avec les Etats-Unis et l'OTAN et leur bellicisme.
  • Enfin rappeler que les musulmans ne sont pas les ennemis, mais qu'ils sont les premières victimes (terrifiants attentats quasi quotidiens de Baghdad, Damas, Tripoli, au Liban, au Pakistan, en Afghanistan, en Libye.)

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