Erdogan, un pas de plus vers la dictature

La lumière reste encore à faire sur la nature réelle et le déroulé du coup d’Etat du 15 juillet en Turquie, mais il apparaît clairement que le grand vainqueur en est Recep Tayyip Erdogan. Il en profite pour déclencher une répression ultra-violente et sans précédents contre tous ses opposants qu'ils soient Kurdes, kamélistes, pro Gulen, de gauche, qu'ils soient réels ou fantasmés. Topkapi renaît.

Ce texte a été initialement publié sous cette forme sur le site du Parti de Gauche.

Erdogan alors qu'il vantait les bons aspects du régime hitlérien Erdogan alors qu'il vantait les bons aspects du régime hitlérien

Profitant de son nouveau statut de « gardien de la démocratie et des institutions », un peu trop vite accordé par les chancelleries occidentales peu regardantes, Erdogan se livre à une répression brutale suite à une tentative pourtant limitée du coup d’État enclenché par une fraction de l’armée.

 

Si le commandement militaire est décapité - dont des colonels n’ayant pas participé au soulèvement – Erdogan se livre à une purge drastique de l’administration conduisant entre autres à l’arrestation de près de 3000 fonctionnaires et juges du ministère de la Justice, de plus de 6000 fonctionnaires d'autres ministères, de 30 gouverneurs de provinces sur 80, de 47 sous-préfets, de 39 généraux de plus de 3000 militaires.

Une répression d'une telle ampleurs en à peine trois jours ne saurait être spontanée. Qu'Erdogan ait laissé des pieds-nickelés de l'armée organiser un coup tragiquement amateur pour saisir sa chance une fois le méfait commis ou qu'il ait lui même organisé un faux coup d'Etat, l'Histoire nous le dira. Mais il apparaît indéniable aux vues du professionnalisme de la répression qui s'abat sur les instigateurs du coup, mais surtout sur toute l'opposition et des pans entiers de l'administration non encore aveuglément obéissantes, que Edogan a, lui, minutieusement préparé son coup d'Etat et de longue date.

Les fonctionnaires libres ont été sommés de ne pas quitter le pays. L'ordre a été intimé aux universitaires et aux chercheurs actuellement hors des frontières de rentrer au plus vite en Turquie. Chacun devra montrer patte blanche et prêter allégeance au sultan en devenir Erdogan 1er sous peine de finir en prison. Bien entendu, compte tenu du fait qu'Erdogan est devenu par la manne de l'impuissance géopolitique, en particulier européenne, un ange de la démocratie, aucun Turc ne pourra demander l'asile politique.

Or, comme plusieurs fois cette année, des partisans de l’AKP et de l’extrême droite turque commettent parallèlement et en toute impunité de nombreuses exactions contre les communautés Kurdes et alévies et leurs centres culturels ou locaux associatifs, contre les militants de la gauche turque, contre les journalistes indépendants ou même contre des militaires. Les détentions se font dans des conditions d’indignité absolue ; on assiste à des lynchages en pleine rue, et ce, d’autant plus que la police laisse complaisamment faire.

 

Dans la rue, les cadres militants de l’AKP encore plus déterminés que lors du scrutin législatif du 1er novembre intimident toute personne qui ne montrerait pas assez de ferveur à glorifier le régime, jusqu’à demander le retour de la peine de mort, chose qu’Erdogan se promet d’envisager.

 

Un climat de terreur s’installe un peu plus en Turquie. Après les purges de la police de 2013, avec ce nouveau tour de vis et les menaces pesant sur l’opposition, en particulier sur le HDP, Erdogan se créé les conditions pour enfin réaliser son projet de modification constitutionnelle visant à concentrer tous les pouvoirs entre ses mains. Jusqu’alors il n’était pas parvenu à ses fins bien qu’il n’ait pas hésité à relancer la guerre civile contre les Kurdes dès après l’attentat de Suruc.

 

Nous devons nous opposer à la dérive autoritaire et aux atteintes aux droits de l’homme qui menacent dangereusement la démocratie en Turquie. Les gouvernements européens doivent retirer leurs œillères et faire pression sur Erdogan sous peine de voir naître aux portes de l'Europe une entité géopolitique particulièrement dangereuse.

 

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