La primaire de l'Oregon et du Kentucky, 74 et 61 délégués respectivement chez les Démocrates, nous offrent le dernier relais avant le feu d'artifice final du 5 Juin avec le New-Jersey, 142 Délégués Démocrate, et la Californie, 546 délégués Démocrates, l'occasion de faire le point car les choses bougent. A signaler en Oregon la mise en place d'un système d'inscription automatique des électeurs qui limitera la casse que j'ai précédemment évoquée.
Plusieurs questions en suspens dans les deux camps devront recevoir des réponses plus ou moins vite. Comment les candidat(e)s à la vice-présidence contribueront-ils à l'équilibre politique des tickets. Les casseroles des deux candidats vont-elles les poursuivre au-delà des conventions de Juillet ?
Républicains
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La nomination de Donald Trump étant acquise sauf surprise toujours possible dans le contexte actuel de tension et de chamboulement le camp de droite est passé à la phase suivante, celle de la campagne de l'élection générale. Le comité d'organisation de la Convention va devoir sortir de la routine établie depuis 32 ans. Je me souviens, de passage en Californie à la fin de l'été 1984, des commentateurs décrivant la convention avant la seconde élection de Ronald Reagan comme la première "run from a script" (déroulée d'après un scénario). Cette année il faudra un peu improviser.
Les Républicains doivent d'abord retrouver une crédibilité en tant que parti, reconstruire une unité mise à mal par le trublion Trump et assurer sinon la victoire que beaucoup pensent encore possible à la présidentielle et surtout assurer le moins mauvais score possible aux élections au Sénat et à la Chambre des Représentants. Il se trouve que le hasard des renouvellements partiels des chambre les met en situation un peu délicate cette année. Parmi les sièges en compétition certains risquent de basculer alors que ceux de la prochaine manche, en 2018, à mi-mandat du futur président semblent plus solidement "rouge", c'est-à-dire Républicains. Cette situation fait penser d'ailleurs qu'une partie de leurs stratèges ne misent pas particulièrement sur la victoire de Trump. La plan, tout à fait cohérent, consisterait à refaire le coup qu'ils ont fait à Obama. Une fois le président ou la présidente Démocrate élu(e) il pratiquent l'obstruction maximale pendant deux ans et empêchent toute réforme de grande ampleur. Ceci les met en bonne position pour gagner les deux chambres en 2018, repartir de plus belle et gagner la Présidence les doigts dans le nez en 2020. Dans cette hypothèse ils mettent la priorité en 2016 sur le Sénat, constitutionnellement plus important, et secondairement sur la chambre des Représentants où leur majorité craint assez peu. Les grandes manœuvres ont donc commencé. La presse de toutes tendances ne cesse de bruisser des comptes-rendus de rencontres positives entre Trump ou ses conseillers et l'appareil Républicain. La reddition en rase campagne des cadres du parti fait presque plaisir à voir. Mais la manière donc Trump fait retraite impressionne. Il a la plus grande peine à se retenir mais il sait que maintenant il est le demandeur. Il a besoin de l'organisation du parti et surtout de l'argent qu'il peut lui apporter pour faire campagne. Il ne peut plus compter sur les milliards (environ 2 selon les estimations) d'équivalents de publicité gratuite dans les médias que lui ont valu ses outrances. Le ciel s'est assombri brusquement pour les Républicains quand on a appris que les plus fidèles pourvoyeurs d'argent des dernières campagnes, les frères Koch avaient décidé de ne pas renouveler des investissements sans doute assez peu politiquement rentables. Le plus gros contributeur identifié reste donc Sheldon Adelson, le magnat de Las Vegas qui a manifesté son intérêt pour Trump. Si Adelson doit jouer un rôle majeur dans la campagne cela devrait avoir des conséquences. Il passe pour privilégier la victoire à court terme à la présidentielle contrairement à l'hypothèse évoquée plus haut. Par ailleurs il semble assez favorable à un ticket avec Newt Gingrich pour la vice-présidence. Donald Trump préférerait sans doute choisir et le plus tard possible son colistier. Il risque de ne pas avoir le choix. Une femme ou un hispanique pourrait constituer un premier effort pour contrer ses handicaps dans des secteurs du corps électoral où il est pour l'instant particulièrement mal vu. Enfin reste à Trump de se débarasser de la casserole qu'il traine depuis quelques jours : ses déclarations d'impôts. Depuis 1976 tous les candidats les publient avant l'élection bien que ce ne soit en rien une obligation légale. Mitt Romney avait souffert de sa publication tardive. Trump refuse de le faire en arguant de prétextes à l'évidence fallacieux. Les commentateurs se perdent en conjectures sur les raisons. Il se pourrait que sans dévoiler d'éléments illégaux ces déclarations mettent à mal le personnage. S'il se révèle qu'il est moins riche qu'il ne le prétend le mythe de la réussite du gagnant qui va sauver l'Amérique en prend un sacré coup. De la même manière cela peut montrer l'activité réelle du groupe Trump, peut-être moins reluisante qualitativement qu'il ne le laisse croire. l'activité caritative démesurée dont il se targue pourrait également apparaître bien pauvre. Enfin il se pourrait que des pratiques limites ou pire en matière d'optimisation/évasion fiscale ou de non-transparence en contradiction avec le programme proclamé se fassent jour. Voilà un point à suivre. Cela a bien servi à Hillary Clinton qui en a profité pour publier ses propres déclarations des dernières années, bien certaine que personne chez les Républicains n'irait relever le niveau de fortune de celle qui veut se présenter comme la candidate progressiste.
Démocrates
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La campagne des primaires continue et se durcit entre les candidats. La convention Démocrate du Nevada a donné lieu à des affrontements qui dénote la tension croissante entre les deux groupes. La campagne de Clinton, en général assez proche de l'appareil du parti, devient très autoritariste. La campagne de Sanders emportée par l'enthousiasme militant réagit au quart de tour. Les deux savent pourtant être condamnés à s'entendre s'ils veulent avoir une chance de gagner en Novembre. La récente proclamation de Bernie Sanders de tout faire pour battre Trump n'a pas suffi à calmer le front. La question souvent posée de savoir quelle serait la véritable victoire de Sanders, devenir président ou infléchir pour de bon la pratique politique dans le pays n'a pas encore reçue de réponse formelle bien qu'il n'y plus de grand mystère sur le sujet.
Paradoxalement la question du colistier semble assez peu discutée. Julian Castro qui passe pour une sorte de Barack Obama hispanique de 2016 fait la course en tête. Ce serait le choix de la jeunesse et d'une minorité par ailleurs déjà assez largement acquise aux Démocrates plus que d'un politique expérimenté comme Joe Biden l'a été pour Obama et qui l'a bien servi en coulisses. Ce serait en quelque sorte le ticket Obama à l'envers : la vieille politicienne aguerrie à la Présidence et le jeune loup derrière. L'hypothèse Elizabeth Warren est revenue en force ces derniers jours, un geste envers les soutiens de Bernie Sanders. Non qu'elle soit sur les mêmes positions mais comme je l'ai lu "qui a gauche peut refuser Elizabeth Warren ?". Je ne crois pas à cette hypothèse pour deux raisons. Clinton et le parti ne prendront pas le risque d'un ticket 100 % féminin, beaucoup trop dangereux électoralement. Par ailleurs le Sénat où siège Warren est beaucoup trop précieux pour gâcher un siège. Si Warren, dont le siège n'est pas en jeu cette année, devait quitter son poste le gouverneur Républicain de l'état la remplacerait par quelqu'un de son camp.
Enfin l'épée de Damoclès, en fait plusieurs, menace toujours le cou de Clinton : l'affaire des e-mails non-protégés. Sans compter l'affaire de Benghazi et quelques broutilles. Il est possible que l'enquête en cours débouche avant l'élection. Le plus catastrophique pour les Démocrates serait que cela se produise après la Convention et la désignation de Clinton comme candidate. Ici encore affaire à suivre.