L'épreuve de force à Bourièges, dans l'Aude

Les riverains du petit hameau de Saint-Sernin, commune de Bouriège, dans l'Aude campent jour et nuit de part et d'autre du pont du Rec sur la départementale 52, pour empêcher un convoi éolien de «passer en force», au mépris des opposants, de la justice, et avec la complicité active des pouvoirs publics.

Les riverains du petit hameau de Saint-Sernin, commune de Bouriège, dans l'Aude, campent jour et nuit de part et d'autre du pont du Rec sur la départementale 52, pour empêcher un convoi éolien de « passer en force ».

Depuis dix ans deux collectifs, les Amis de Saint-Sernin et le collectif anti-éolien de Tourreilles et de Bouriège s’opposent à l’implantation de six éoliennes en haut de la colline qui surplombe la commune. Face à eux, les vigiles de Enercon, entreprise allemande de fabrication d'éoliennes, les chauffeurs portugais d’une entreprise sous-traitante et le groupe Valeco, spécialisé dans le développement et l'exploitation de projets d'énergies renouvelables.

Cette affaire dure depuis plus de 12 ans, 4 promoteurs successifs s’étant succédés, depuis 2004. Chaque fois, la question des voies d’accès avait été soulevée. Dans son rapport du 13 octobre 2005, le commissaire enquêteur avait émis un avis défavorable, fait assez rare pour être souligné. Cet avis avait entre autres été motivé par l’évidente impossibilité d’accès au site d'implantation des éoliennes, en l’état actuel de la voierie que l’on peut constater sur le 
terrain. Lorsque le permis de construire modificatif a été accordé le 14 décembre 2016, Valeco a immédiatement démarré les travaux de génie civil, en dépit des mises en garde écrites des « Amis de Saint Sernin » quant au problème des voies d’accès.

Les propriétaires des parcelles qui bordent la route sont opposés à ce projet et n'ont pas hésité à mobiliser pour faire respecter leur terrain. La société Valeco a même été condamnée à une amende par le tribunal de grande instance de Carcassonne en mars dernier qui lui reprochait déjà d'avoir empiété sur une propriété privée pour accéder au site en début d'année. 

Le 6 juin, deux camions et deux grues transportant les socles d'éoliennes, 13 tonnes et 4,70 m de largeur, ont tenté de franchir la D52 pour rejoindre le parc de St Pierre Le Clair. Alertés, les riverains, les zadistes installés à proximité et plusieurs membres d'associations anti-éoliennes se sont mobilisés et ont décidé de se positionner de part et d'autre de la route, sur des terrains privés, formant ainsi deux chaînes humaines impossibles à éviter. «La société Valeco a expliqué à ses sous-traitants qu'ils pourraient passer. Cela fait 10 ans que nous répétons que les voies d'accès ne sont pas légales. Nous sommes même allés au tribunal administratif pour cette raison», explique Agnès Roy, de l'association «Les amis de Saint-Sernin».

Résultat de ce cafouillage, les camions restent sur le bord de la route. Et certains chauffeurs aussi, obligés de dormir dans la cabine de leur véhicule. « les transporteurs ont voulu faire demi-tour, mais le promoteur refuse de les laisser partir», expliquent les opposants qui ont proposé des solutions pour permettre au camion de faire demi-tour, propositions qui auraient été repoussées.

Jour et nuit donc, ils se relaient, riverains, sympathisants, pour éviter que les camions ne passent par surprise. Les soutiens affluent de toute la France.

Mais, le 21 juin, les vigiles ont immobilisé les personnes qui veillaient sur place pour protéger les propriétés privées, se sont emparé de leurs téléphones portables qu'ils ont jetés dans le fourré. Le convoi éolien est passé, détruisant les barrières posées depuis 10 jours par les riverains en limite de propriété. Un constat a été établi par la gendarmerie et des plaintes ont été déposées.

Face à l’obstination déraisonnable des promoteurs, les pouvoirs publics font preuve d’une complicité coupable : le président du conseil départemental de l’Aude, a tenté de procéder à un alignement illégal de la portion de voirie départementale au niveau du pont du Rec, et a publié un arrêté interdisant la circulation sur la D52 – route qui donne accès au site du projet éolien –fondé sur le motif que des véhicules privés occupent la voie publique.
Or, depuis plusieurs jours, les seuls véhicules stationnés sur la chaussée à la hauteur du pont du Rec sont les deux véhicules lourds des entreprises et ceux des services de sécurité privée.

La gendarmerie est d’une passivité déconcertante : elle passe 
régulièrement sur les lieux mais n'a pas demandé à ces sociétés de dégager la voie 
publique afin de rétablir une circulation normale pour les habitants du voisinage. Ils veulent faire croire que ce sont les riverains qui font obstacle à la libre circulation sur cette voie publique alors qu'ils se contentent d'être présents en bordure de chaussée sur des terrains privés, à nouveau délimités après passage d’un géomètre-expert ?

Le Collectif Toutes Nos Énergies/Occitanie Environnement (qui réunit 140 associations œuvrant pour la protection de l’environnement, du patrimoine et de la qualité de vie des habitants et, à ce titre, opposées à l’invasion de l’industrie éolienne dans les milieux naturels et les espaces ruraux de la région Occitanie) soutient cette mobilisation et dénonce les agissements violents des entreprises industrielles éoliennes. « Nous ne nous satisferont jamais de la prétendue légalité derrière laquelle ils s'abritent, abusant d'une législation et d'une réglementation qu'ils ont façonnées à leur convenance par un lobbying éhonté. Nous tenons à réaffirmer que la transition énergétique ne pourra réussir qu'avec les citoyens, dans le respect de la démocratie, de l'économie générale et de l'environnement. »

Aujourd’hui, 29 juin, les évènements se précipitent. Voici le message que le collectif des résistants du pont du REC fait circuler : « Au 22e jour de ce blocage pour faire respecter la propriété privée qui se trouve à droite et à gauche du Pont du Rec nous voilà 11 ruraux, à recevoir ce matin par huissier, une assignation en référé avec une convocation au tribunal de Carcassonne pour vendredi matin 10h.

Dans le droit fil de ce que nous savons de ces compagnies éoliennes les voilà qui demandent à ce que l’arrêté temporaire départemental n°2017T285 - frappé d'irrégularité par ailleurs soit appliqué en argumentant que nous « occupons abusivement la chaussée au mépris des dispositions de l’arrêté sus visé » et « démultiplions les dénigrements par voie de presse et les appels à mobilisation dans le but de faire obstacle au passage des engins pourtant autorisés par l'administration à circuler sur la chaussée concernée ».

Bien évidemment, depuis le début, nous sommes sur une propriété privée et, en aucune façon, sur la chaussée à moins que cette propriété ait été déclarée appartenant au domaine public... ce qui n'a jamais été le cas.

Si les engins ont été autorisés à circuler, ce n'est certainement pas sur une propriété privée....bien que le conseil départemental ait tenté l'élargissement et se soit arrêté après que nous ayons diligenté dans la demi journée un expert géomètre qui a déclaré illégal cet empiètement .

La compagnie a omis de dire qu'elle a été condamnée en mars au civil pour violation de propriété privé et que plaintes ont été déposées la semaine dernière à la gendarmerie pour violation de la propriété privée avec arrachage de clôture et pour agression sur personne, lors du passage en force effectué le mercredi 21 juin.

Depuis de nombreuses années les mensonges se perpétuent et se sentant acculée, la compagnie en profite pour argumenter d'un préjudice de ... 80000euros et réclamer une condamnation de 15000 euros ....

Vous pouvez comprendre notre émoi dans la situation de victimes et de défendeurs de nos droits dans laquelle nous sommes et qui se trouvent en position de délinquants. C'est d'une perversion dans laquelle nous espérons que la Cour ne rentrera pas ...Nous avons besoin de votre soutien et ceux qui peuvent se déplacer vendredi à 9h30 devant le tribunal de Carcassonne seront les bienvenus .....

« Ce pont devient emblématique. Ce sera celui d'un espoir démocratique, ou bien celui d'une honte républicaine », Agnès Roy.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.