Vous avez dit animaliste?

Deux ouvrages récents, Zoopolis de Will Kymlicka et Sue Donaldson et le Manifeste animaliste de Corinne Pelluchon rappellent l’urgence (et l’importance) de la cause animale et renouvellent les cadres théoriques pour penser cette question.

Deux ouvrages récents, proposés par une nouvelle maison d’édition, Alma éditeur, nous obligent à repenser la question de la cause animale. Le premier est la traduction de Zoopolis, Théorie politique des droits des animaux, de la canadienne Sue Donaldson et du canadien Will Kymlicka, paru en 2à11 et traduit l’année dernière, le second est un ouvrage de la philosophe française Corinne Pelluchon, Manifeste animaliste, Politiser la cause animale. Cette dernière a écrit la postface de l’ouvrage de Donaldson et Kymlicka.

Voir l’article de Robert Maggiori dans Libération, http://next.liberation.fr/livres/2016/10/26/zoopolis-la-bete-a-bon-droit_1524505

Prenant appui sur les avancées des scientifiques, éthologues, zoologistes, biologistes et sur une importante littérature (en grande partie anglo-saxonne), ces deux livres ont beaucoup de points communs, leur diagnostic et leur objectif en particulier. Leur diagnostic est terrible : ils estiment que la stratégie des différent courants qui défendent la cause animale a échoué ; malgré leur écho dans la population ils n’ont pas su inverser la tendance lourde de l’industrialisation de l’élevage et de la multiplication des pratiques maltraitantes envers les animaux. Bien sur, ici ou là, des dispositions législatives ou règlementaires ont permis des améliorations des conditions de vie et d’abattage des animaux, ont alourdi les peines des personnes convaincues de maltraitance envers les animaux. Mais il n’en reste pas moins que des centaines de milliards (oui de milliards) de bêtes sont abattues tous les ans pour notre consommation, que les pratiques de la tauromachie, de la chasse, du gavage des canards et des oies, à part quelques restrictions minimes perdurent.

Et ces auteurs partagent le même objectif, reflété par le titre de leur livre : il s’agit de faire de cette problématique une question politique à part entière. Donner un cadre théorique aux droits des animaux est pour les auteurs canadiens une condition essentielle à tous les combats et Corinne Pelluchon termine son ouvrage par l’évocation des mots d’ordre qui pourraient constituer la base d’un manifeste politique. Leur analyse en partie commune part de la considération des animaux « sentients » comme des sujets de plein exercice, ressentant le plaisir, la douleur, la souffrance en première personne, capables de faire des expériences ou de manifester des désirs individuels, des "êtres attachés à leur propre vie". Donaldson et Kymlicka vont jusqu’à estimer qu’ils doivent être considérés comme de quasi personnes.

Sur cette base là, les philosophes canadiens déploient le cadre théorique qui leur permet de prendre en compte non seulement les droits négatifs des animaux (ce dont on doit les protéger) mais aussi l’ensemble des droits positifs, nos obligations à faire pour eux. Le détail de leur démonstration est organisé autour de trois sortes d’animaux auxquelles ils appliquent des concepts politiques spécifiques et en déduisent des obligations différentes. Il faut lire le livre que je ne peux résumer, mais ce que je peux en dire rapidement est qu’ils distinguent les animaux domestiques à qui l’on doit proposer de construire une véritable co-citoyenneté (contrairement aux courants abolitionnistes qui veulent éliminer toute forme de domestication) ; les animaux sauvages dont on doit respecter la souveraineté sur les territoires qui sont les leurs, et avec qui nos relations sont comparables aux relations entre nations ; et enfin les animaux liminaires que l’histoire et leurs caractéristiques ont amené à vivre à côté des humains, sans être domesticables, ni capables de vivre sans les ressources qu’ils trouvent près de nous.

Dans ces trois domaines, la manière dont nous envisagerons nos relations avec les animaux entraînera des conséquences bien évidemment différentes mais qui dessinent l’ensemble des obligations positives concrètes que nous avons à leur égard.

L’ouvrage, moins technique, de la philosophe française a un intérêt particulier : elle considère que la question de nos rapports avec les animaux éclaire ce que nous sommes. La manière dont nous traitons les êtres les plus vulnérables manifeste la violence et le degré d’exploitation dont notre société est capable envers tous. Les conditions de l’élevage industriel ne sont que l’aboutissement des logiques financières et productivistes du capitalisme contemporain.

Inscrivant ses propositions dans une démarche ouverte, non sectaire, elle cherche les conditions d’un rassemblement large, incluant véganes et non-véganes, pour initier une véritable révolution sociale. Les dernières phrases de son livre : « Animalistes de tous les pays, de tous les partis, de toutes les confessions unissez-vous. La cause animale est universelle ; elle appartient à tous. En rendant justice aux animaux c’est notre âme que nous sauvons et notre avenir que nous assurons. Nous avons un monde à y gagner ».

(à suivre)

Corinne Pelluchon, Manifeste animaliste Politiser la cause animale, Alma, éditeur, Paris, 2017.

Sue Donaldson et Will Kymlicka, Zoopolis, A Political Theory of Animal Rights, Oxford University Press, 2011,  Zoopolis Une théorie politique des droits des animaux, Alma, éditeur, Paris, 2016, traduit de l’anglais par Pierre Madelin, relecture par Hicham-Stéphane Afeissa, postface Corinne Pelluchon.

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