Criminaliser tout mouvement citoyen d'opposition ?

Le pouvoir cherche à criminaliser la mobilisation d'associations qui refusent l'implantation d'éoliennes industrielles sur des territoires ruraux. Intimidations policières, chantages judiciaires au service des promoteurs visent à faire peur et à museler toute contestation. Samedi à Saint Affrique (Aveyron) rassemblement-tintamarre pour défendre nos convictions, nos territoires et nos vies.

Les habitants de Saint Victor et Malvieu dans l’Aveyron se battent depuis 2010 contre le projet d'un poste de 400 kV (dont 2 autotransformateurs 400/225 kV) décidé́ par RTE (Réseau de Transport d’Electricité́) pour évacuer la production des éoliennes industrielles qui se multiplient en Occitanie. Ce projet s’est fait sans concertation avec les populations locales. Il n’est qu’un des éléments du gigantesque chantier nécessaire pour adapter le réseau électrique à la prolifération des projets éoliens industriels. Le coût de ces chantiers pharaoniques devrait se rapprocher du milliard d’euros pour l’Occitanie, qui seront en grande partie payés par le contribuable, pour le plus grand profit des promoteurs et propriétaires de parcs éoliens.

Ils ont constitué une association locale, l’Amassada (assemblée en occitan), est un collectif d'opposition à la construction de ce transformateur et au développement des champs d'éoliennes industrielles (https://douze.noblogs.org). Ils ont multiplié les formes de lutte originales, achat en indivision par une centaine de personnes d’une parcelle nécessaire à la finalisation du projet, construction collective d’une cabane en bois sur les lieux du chantier qui sert de point de ralliement hebdomadaire pour faire le point et échanger les informations, et la sortie d’un film « Pas Res Nos Arresta » qui tourne depuis plus d’un an dans toute la région.

Leur détermination est forte, leur motivation claire : « L'aménagement du territoire c'est l'aménagement de nos vies. Le bétonnage à marche forcée au cœur de nos campagnes arrache les populations à leurs histoires communes, à leurs pratiques, les déracine de leurs terres, de leurs villages... C'est une logique qui tend à rentabiliser chaque espace, jusqu’à l'air qui nous entoure. »

Ils attendent aujourd’hui la décision du Préfet de l’Aveyron qui doit trancher après une enquête publique mouvementée, ponctuée de manifestations, du déploiement démesuré de la gendarmerie…

Depuis quelques semaines, ils tentent de bloquer l’installation de 6 éoliennes sur la commune de Crassous, sur les hauteurs de la ville de Saint Affrique ; elles seront visibles de toutes parts parasitant la vue sur le majestueux rocher de Caylus, les bords du Causse et le début de la forêt. Déjà le saccage à la pelle mécanique des magnifiques buissières et chênaies de ce plateau calcaire a commencé pour construire une route d’accès pour les engins. C’est une zone sensible qui, entre une enceinte gallo-romaine et le dolmen de Crassous, fourmille de vestiges archéologiques.

Mais les pouvoirs publics ont décidé de frapper fort pour intimider toute opposition. Dès la première semaine de janvier, onze personnes étaient convoquées à la Gendarmerie mais ont refusé de s’y rendre. Les blocages du chantier se sont poursuivis. Près d’une centaine de gendarmes verrouillent le site, certains en battle-dress quadrillent les bois. Les politiques et la justice s’en mêlent : arrêté de la mairie interdisant tout stationnement sur les routes qui entourent le chantier ; décision du TGI de Rodez qui interdit la pénétration d'un vaste périmètre (même pour les propriétaires des terrains). Ces mesures n’ont pas découragé les opposants qui ont multiplié les initiatives (tour de garde, ballades des familles autour du site, apéros festif …)

Le 24 janvier nouvelles intimidations, dénoncées par l’Amassada : « Hier nous étions 13 à passer la journée en garde à vue. Pour certains réveillés, d'autre pris dans leur bergerie, d'autres menottés devant l'école où vont leurs enfants... Les gardes à vues se sont déroulées dans les différentes gendarmeries du nord Aveyron (Bozoul, Marcillac, Rodez, Laissac, Villefranche de Rouergue, Capdenac, Séverac, Salles-Curan,...), avec des conditions différentes selon les enquêteurs.
Une opération politique qui encore une fois ne fait preuve d'aucune mesure, avec jusqu'à quinze gendarmes pour une maison, dont certains casqués avec des gilets de protection, et un réveil des enfants à la lampe torche dans leur chambre. Parmi les gendarmes se trouvaient aussi des unités d'officiers de la Brigade de Recherche de Rodez qui ont plutôt l'habitude d'enquêter sur des crimes.
Jusqu'où vont-ils pousser le ridicule et la démesure pour empêcher la contestation de l'implantation catastrophique d'éoliennes en Occitanie ? »
«  Il apparait clairement que cette opération vise à effrayer ceux et celles qui pourraient nous rejoindre, à faire le spectacle de l'autorité après l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. »

Ce n’était que le début, car dans la soirée du 26 janvier, plusieurs personnes ont reçu la visite d'un huissier de justice qui leur a signifié leur comparution immédiate pour le lundi 29 janvier : il s’agit de leur interdire tout accès au site de Crassous sous peine d'astreinte. Théolia (Rebaptisée Futuren, c'est une entreprise de production d'électricité d' origine éolienne) demande ainsi à la « justice » d'interdire à nos camarades un espace comprenant routes et chemins de randonnée autour de Crassous pendant une durée de 14 mois, sous peine d'une amende de 2000 € par heure de présence.
Cette tentative, diligentée par des entreprises et des intérêts privés pour restreindre les libertés des uns et des autres est une atteinte grave aux droits fondamentaux, qui pourrait servir de jurisprudence aux aménageurs de toute sorte. »

Lundi, ils étaient plus de 50 à l’intérieur et à l’extérieur du tribunal de Rodez pour dénoncer l'absurdité des mesures souhaitées par Théolia et ses complices avocats "Green Law" (rire). Le prononcé du jugement sera rendu jeudi, le 1er février.

Contre toute tentative d’intimidation policière, nos amis de l’Aveyron appellent à un « rassemblement-tintamarre pour les libertés » à Saint-Affrique Samedi 3 Février 10H30.

Le collectif Toutes Nos Énergies-Occitanie Environnement (qui rassemble près de 160 associations occitanes) soutient activement cette lutte et dès le 26 janvier a publié un communiqué de presse « Contre la criminalisation des mouvements citoyens ».

J’en cite quelques extraits : « Parce que nous  sommes confrontés depuis quelques années et de façon de plus en plus forte à une répression et une criminalisation de nos mouvements de résistance citoyens nous nous demandons jusqu’à quand le pouvoir répondra aux citoyens inquiets par la seule intimidation et l’envoi des forces de l’ordre ?

« Nous ne cesserons jamais de nous indigner du déploiement d’une industrie énergétique dans des espaces ruraux qui refusent leur destruction systématique, du manque patent d’information des citoyens sur les projets d’aménagement, des consultations biaisées, organisées lorsque les projets sont prêts d’être approuvés, des réglementations, des dérogations et des autorisations accordées au détriment des riverains, de leur qualité de vie, et au détriment de la biodiversité. »

« L’opération de déploiement de plusieurs dizaines de gendarmes autour de St Affrique (Aveyron) pour procéder à l'arrestation de 16 personnes, semble répondre aux refus de plusieurs personnes de se rendre à une série de convocations distribuées peu après le court blocage, le 12 décembre 2017, d'un chantier éolien industriel à Crassous (Saint-Affrique). Aucun lien n'ayant été établi entre ce blocage et les personnes convoquées, les concernés avaient jugé peu pertinent d'obéir à ces injonctions, et avaient fait connaître leur décision publiquement par voie de presse. »

Il s'agit donc bien d'une intimidation orchestrée pour faire peur et décourager tout engagement citoyen.

« Nous en appelons à nouveau au dialogue : les citoyens ont besoin d’avoir confiance en l’Etat, seul rempart possible contre l’anarchie éolienne et le pouvoir de l’argent. Au fait, la transition écologique vraiment solidaire : c’est pour quand ? »

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